NIFFF : Swiss Shorts – but good

En attendant de découvrir les trois longs métrages helvétiques d'obédience fantastique promis par Nicolas Bideau, Gremlin en chef de l'OFC, place à une sélection de courts métrages suisses. L'édition 08 des Swiss Shorts, une tradition nifffienne désormais bien établie, est réjouissante: il y a deux ans, sur 10 films on comptait un taux de réussite de 28%. Cette année, la moyenne atteint sans problème 83%... Quant à l'âge moyen des spectateurs dans la salle, il doit avoisiner 24 ans  - s'il est aussi élevé, c'est que Freddy Landry et votre serviteur étaient là, tapis dans l'ombre moite de l'Apollo 2…

Cette ardeur, cette jeunesse, ce talent donnent raison au Gremlin en chef: le fantastique existe en suisse et il a un avenir. Ces dix courts métrages sélectionnés sur 1000, démontrent le vitalité et la diversité du genre, mais aussi la continuité: certains réalisateurs reviennent pour la deuxième, voire la troisième fois en compétition.

Dead bones

Le plus mauvais film du programme, c'est le dernier, Dead Bones, du Neuchâtelois Olivier Béguin, qui métisse western et gore. Un chasseur de prime arrivé dans un village sergioléonien se retrouve enchaîné dans le garde-manger avec la desperado qu'il pistait. Avant que le cuistot vienne se tailler une bavette, ils s'enfuient, tuant tous les cannibales dans leur fuite. Le sang est rouge comme il faut, les revolvers font un bruit ridicule de doigts claqués et toute l’entreprise ne semble n’avoir été conçu que pour trois effets spéciaux – une jambe sectionnée, une main arrachée, une tête coupée... Si le fantastique suisse mérite d’exister, il doit impérativement éviter d’aller chercher son inspiration dans les séries B les plus nases.

Vincent 1 Hormis ce faux-pas, le reste du programme, recourant à toutes les techniques pour tâter de tous les genres, s’avère réjouissant. Dessins animés, en couleur (Die Seilbahn, de Claudius Gentinetta & Frank Braun, qui rappelle de se munir d’un rouleau d’adhésif quand on prend le téléphérique) ou noir et blanc (Room 57, de Florian Birrer, situation science-fictive aussi brève que poignante). Pâte à modeler pour narrer les affres d’une écrivaine allergique au bruit (Il Davos Capetel, de Carla Hitz) ou la passage à l’âge adulte d’un petit garçon trépané (le formidable Sainte Barbe de Cédric Louis et Claude Barras). Trois courts métrages contiennent les germes d’une histoire qui pourrai être développée : Monsieur Sélavy, de Peter Volkart, suit les pérégrinations poétiques d’un quidam dans un univers rétro futuriste rappelant les mondes de Jean-Pierrre Jeunet; Rien ne va plus, de Gregory Bindchedler,  évoque un écrivain qui a le don de prémonition; Vincent le Magnifique, de Pascal Forney, se réclame de l’humour macabre d’un Tim Burton pour retracer la carrière navrante et splendide d’un prestidigitateur qui n’a pas tout à fait assimilé le truc de la fille qu’on scie en deux...

Dans la peau Mêlant animation et personnages réels, Dans la peau de Zoltan Horvath, est un petit chef-d’œuvre. Le scénario est élémentaire : dans un bar, deux tatoués se trouvent. Elle porte une sirène sur le sein, lui un superbe kraken dans le dos. Pendant l’accouplement, les tatouages prennent vie. Tout un bestiaire fantastique respire avec la peau, glisse sur l’onde des chairs qui se dilatent, se réfugie dans les recoins d’ombre qu’explorent la langue et les doigts. Le dragon crache le feu, le sagittaire décoche ses flèches, la manticore arque son dard, le paon fait de l’œil, le caméléon lance sa langue. Enfin, au moment suprême, la pieuvre est aspirée par le maelström de la jouissance et se répand glorieusement sur le corps de la femme en extase...

NIFFF: la vérité sort de la bouche des enfants

NIFFFF 1 Un adulte à l’écoute d’un enfant, ce n’est pas aussi fréquent que le pensent les bonnes âmes qui se réclament de Jean Piaget parce qu’elles lisent des magazines de psychologie. Le «passe ton bac d’abord», le «arrête de dire des bêtises» ou le «tu comprendras quand tu seras grand» prévalent encore et toujours sur le «schtroumpfons ensemble». Le Neuchâtel International Fantastic Film Festival est une entorse à la prépondérance du sérieux.

En l’an 2000, les autorités municipales et cantonales ont prêté l’oreille aux rêves d’une poignée de jeunes allumés, davantage attirés par les créatures qui rampent dans l‘ombre des Carpates et des pyramides que par les rigueurs de la péréquation. Elles leur ont fait confiance, le miracle à eu lieu: les «vampires qui clignent de l’oeil les bras tendus hors du cercueil» ont porté loin la renommée de Neuchâtel. La 8e édition du NIFFF propose 90 films venus de 25 pays, représentant la diversité du genre et le dégageant des clichés, et héberge des stars comme Joe «Gremlin» Dante (président du jury), George A. «Zombie» Romero ou Hideo «Dark Water» Nakata...

Comme chaque année, on est surpris, touché, émerveillé d’assister à la jonction des adultes et des enfants, à la trève des comptables et des rêveurs, à l’entente des autorités et des gremlins. Nicolas Bideau se présente carrément comme le «gremlin en chef de la section cinéma de l’Office Fédéral de la culture et, tel Snaug comptant ses richesses, recense les «quatre trésors» du NIFFF : l’équipe du festival, le public, les cinéastes fantastiques et Neuchâtel qui a osé écouter les allumés. Il annonce la production de trois longs métrages helvétiques de nature fantastique, dont le premier thriller d'horreur alpin, signé Michael «Grounding» Steiner.

Ses cheveux de jais cascadant sur sa tunique d’une blancheur de nymphéa, Valérie Garbani est belle comme la fille du roi des elfes. La socialiste donne du «M. le zombie en chef» à Bideau, se marre et se réjouit de la richesse du programme concocté par la directrice artistique, Anaïs Emery, dit la femme au regard pointu.

Le film d’ouveture. The Substitute, d’Ole Bornedal, explore à sa façon les rapports faussés qu’entretiennent adultes et enfants. Une classe hérite d’une remplaçante énergique (incarnée par Paprika Steen, la comédienne danoise toujours prête à faire rire) qui ne ménage pas les cancres. Tandis que les parents, le directeur de l’école s’ébaubissent des méthodes pédagogiques de cette blonde volcanique ou succombent à ses appas, les gosses comprennent. Ulla est une extraterrestre infiltrée sur la planète Terre pour nous voler cette matière première dont son monde d’origine est dépourvu: l’amour. Les gosses triomphent in extremis, car au royaume des gens sérieux, seuls les rêveurs voient la vérité. Véhiculant les valeurs délectables de l’humour danois, The Substitute n’arrive toutefois pas au niveau d’Adam’s Apples, révélation du NIFFF en 2006. Peut-être espérait-on un peu plus de satire sociale.

A petits pas de flâneurs vespéraux, les spectateurs se dirigent sous un ciel au teint de pêche vers l’open air du quai Ostervald. Sous une tente, un dîner cocktailatoire est proposé. On grignote un frigouli, le goût du paprika ne cache pas celui du steen, le wienerli est très apprécié, à moins qu’il ne s’agisse des pis occipitaux caractéristiques des wublox de Fomalhaut. Mais la nuit tombe, il est temps de revoir Blade Runner, de Ridley Scott, version final cut, c’est à dire celle qui, au happy end de 1982 préfère une conclusion plus ambiguë. Une petite licorne d’origami suffit à suggérer un malaise ontologique infini: et si Deckard (Harrison Ford) était un réplicant lui-même ? Et si nous étions tous des réplicants, des ersatz génétiquement manufacturés ayant succédé à l'humanité de souche et vivant dans l'illusion de nos souvenirs synthétiques?

Rendez-vous de juillet

Bon, ben c'est pas le tout. Il faut encore penser à se mettre au vert en plongeant dans le grand bleu. On se retrouve en juillet, du côté du NIFFF?
A plus, donc...Poogo bain

"Un Conte de Noël": attention, chef-d'oeuvre

Prologue

Deux retraitées assises au dernier rang de la petite salle des Galeries du cinéma avant la première séance lausannoise d'Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin:

- J'espère que c'est un bon film.

- Ils en disent du bien.

- D'ailleurs, il y a du monde.

- Catherine Deneuve, elle ne tourne que dans des bons films.

- Et puis elle est agréable à regarder.

- Elle est piquante, intelligente.

- Mais on ne la voit plus beaucoup.

- On se demande pourquoi…

 Conte noel 3

Le film

Au commencement était le deuil. Le petit Joseph avait 6 ans lorsque la leucémie l’a emporté. Jamais son ombre ne s’est dissipée. Quarante ans plus tard, «cet enfant qui n’a fait que mourir» hante les survivants, car Junon (Catherine Deneuve), la mère, atteinte de myélodysplasie, a besoin d’une greffe osseuse pour survivre. Des trois enfants, Henri (Mathieu Amalric) , Elizabeth (Anne Consigny) et Ivan (Melvil Poupaud), seul le premier est donneur compatible. Pas de chance: ce fils mal-aimé, écorché vif et tête à baffes, est banni de la famille depuis six ans, sur décret d’Elisabeth... Vu les circonstances, le paria bénéficie d’une dérogation pour assister à un réveillon venimeux.

Quatre ans après le formidable Rois et reine, Arnaud Desplechin assène un nouveau magistral chapitre à sa Comédie humaine. A la fois cocasse et tragique, cinématographiquement éblouissant et philosophiquement vertigineux, Un Conte de Noël tisse des correspondances troublantes entre le dérèglement cellulaire qu’est le cancer et les turbulences de la cellule familiale. Le réalisateur a basé ce portrait de clan avec faille sur La Greffe, un livre co-écrit par un psychanalyste et un chirurgien, établissant que «la greffe de la moelle osseuse déclenche immédiatement de la psychose».

Entouré  de comédiens au sommet de leur art, Arnaud Desplechin s’est donné un rôle minuscule mais hautement symbolique: celui de l’enfant mort depuis longtemps. Il se base sur un scénario d’une luxuriante richesse, guilloché de références multiples (jazz, hip-hop. musique indienne, Monteverdi, Vivaldi, Otis Reding, Duke Ellington, Nietzsche, Shakespeare, Fred Astaire…), pour mettre du sel sur les plaies et dire l’ineffable: la haine maternelle.

Maîtrisant parfaitement la grammaire cinématographique, le cinéaste fait feu de tout bois. Au début, il recourt au théâtre d’ombres pour donner quelques indications pratiques. Quatre photographies suffisent à résumer le climat de Noël et l’humeur des convives entre la cérémonie aigrelette de la remise des cadeaux et l'épreuve du repas. Parfois, un personnage s’adresse à la caméra: Junon-Deneuve présente sa maison, Henri-Amalric plonge son regard fiévreux dans l'objectif pour dire à haute voix les mots de discorde qu'il a envoyées sous pli la lettre qu'il à sa sœur. A la façon d’un orchestre de jazz (Mingus et Cecil Taylor contribuent à la bande son), chacun à droit à son solo. Sylvia (Chiara Mastroianni), en retrait au début du film, s'avance sur le devant de la scène. Elle pleure derrière une vitre dégoulinant de pluie. Elle vient de découvrir qu’elle ne saura jamais rien de sa vie parce que ce n’est pas sa vie. Elle va aller vers ce cousin qui l'aime depuis toujours…

A l'heure où tant d'incompétents, de rigolos, de vedettes du petit écran, de comiques et même Dany Boon s'improvisent cinéastes, Arnaud Desplechin rappelle que le cinéma, c'est un métier, un art, un langage. Qu'il ne s'agit pas de filmer une série de sketches amusants et de les appondre pour se réclamer du 7e art. Le cinéma, c'est brasser de la pâte humaine, plier la temporalité à son désir, ménager des zones d'ombre,retrouver son âme d'enfant (l'"évasion" d'Henri bourré par la face hivernale de la maison…), "filmer la mort au travail" comme disait Cocteau, oser la violence psychologique extrême sans pour autant renoncer à l'humour, oser écrire des textes qui s'apparentent à la poésie, oser bousculer les clichés… Un Conte de Noël, c'est un film immense, à la fois limpide et touffu, cruel et apaisant, une de ces œuvres propres à nous réconcilier avec le cinéma.

Conte noel 2 Fils indigne promu fils prodigue, Henri s’interroge : «Nous sommes ici en plein mythe, mais je ne sais pas lequel». Egarés dans leurs élucubrations généalogiques, les protagonistes transgressent les interdits et défient le déterminisme. Le père survit au fils, les enfants donnent la vie aux parents. Le spectre de l’inceste rôde, s’exprime dans son acception la plus physiologique: «Je n’aimerais pas qu’on m’injecte dans le corps cette chose blanche qui sortirait de toi», frémit Junon face à son fils honni, son sauveur.

Petits Prométhée des faubourgs, les convives de ce Noël de la dernière chance s’essaient à déterminer les probabilités de survie de Junon et, par-delà, prouver l’existence de Dieu en alignant des chiffres sur un tableau noir. Henri et Junon jouent la vie et la mort à pile ou face. Dans leurs cadres de bois suspendus aux murs des salons ou posés sur l'acajou des buffets, les ancêtres sourient, immatériels, réconciliés, jeunes à jamais. Mais les chromosomes des dieux lares continuent de bouillonner dans les veines de leurs descendants. Tel celui de Phèdre, demie sœur du Minotaure, le sang d'Henri, d'Elizabeth, d'Ivan charrie d’antiques malédictions qui déclenchent leucémie ou schizophrénie. L’onomastique répercute les mythes fondateurs de notre civilisation et toute une théologie fantasque: la mère a le nom de la reine du ciel, épouse de Zeus; le père (Jean-Paul Roussillon) s’appelle Abel, comme la victime du premier fratricide. Les enfants portent le nom de rois très chrétiens, les belles-filles, Sylvia et Faunia (Emmanuelle Devos), renvoient aux dryades du paganisme, les cousins, les neveux (Paul, Baptiste, Simon) à la tradition judéo-chétienne.

Ce réveillon plein de venin et de ressentiment, s’apparente autant à une tragédie grecque et qu'à une guerre de religions – d'ailleurs Junon surnomme Henri le "petit Juif", parce qu'il est l'errant, mais parce que c'est aussi le petit nom du capuchon radial qui fait si mal quand on le cogne... Le sacré et le profane se bousculent. A la messe de minuit succèdent la tournée des bars et l’adultère. Quant au miracle de Noël, il ressortit de l’acte chirurgical.

Arnaud Desplechin revendique l’influence de Saraband, le chant du cygne de Bergman. La maison familiale de Roubaix évoque aussi Malpertuis, havre ténébreux des anciens dieux qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Henri est peut-être un avatar lointain de Bellérophon, le héros grec qui finit estropié, solitaire et maudit après avoir dompté Pégase, le cheval ailé, et tué la Chimère, chèvre à tête de lion et queue de dragon.

Un Conte de Noël mentionne les deux créatures fabuleuses. La chimère désigne l’aberration génétique que peut entraîner une greffe ratée de la moelle. Et si les enfants mettent des plumes pour jouer aux Indiens, Paul, l’adolescent schizophrène, s’en colle deux dans le dos et dit «Je suis Pégase». Sa mère, la mélancolique, la vindicative Elisabeth, tire la conclusion: «Par peur de la mort, je demeurerai dans le pays inventé par mon fils. On peut toujours se dire qu’on n’a fait que dormir, et tout sera réparé»... Fondu au noir qui laisse le spectateur stupéfait, émerveillé…

Epilogue

Les deux vieilles dames se sont levées en ronchonnant un peu. Elles n'ont pas trop apprécié Un conte de Noël. Sans doute imaginaient-ils qu'elles allaient voir La Bûche 2. Or elles ont vu un chef-d'œuvre.

Rien

Et que se passe-t-il sur le front du cinéma?

Rien.

Ou si peu. Au festival de Cannes, Jack Black fait des grimaces, Angelina Jolie promène son gros ventre. Il n'y a plus de stars, juste des people, des portemanteaux, actrices de sitcom couvertes de bijoux aussi étincelants que leur orthodontie. Au Grand Journal de Canal +, étaient invités hier soir Gad Elmaleh, déguisé en Coco, et David Guetta, déguisé en lui même. Et aussi des danseurs avec une plume dans le cul et Jean-Claude Van Damme pour l'alibi intellectuel. Ah oui, il y a aussi eu Sabine Azéma venue promouvoir Le Voyage aux Pyrénées d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu où elle tient le rôle d'une nymphomane qui a vu l'ours. Sous-entendus grivois, rires gras, tout le monde s'accorde pour dire que cette comédie est d'une drôlerie suprême. A en croire les extraits et parce qu'on a vu en son temps Peindre ou faire l'amour des deux frangins, on sait déjà qu'il n'en est rien, que ce film terne et vulgaire sortira début juillet dans l'indifférence générale, mais la télévision n'a pas à faire de la critique juste de la promotion. Tout est bon! Toutest superdrôle et les femmes tiennent merveilleusement leur rôle de potiches. Vive la grande fête du cinéma (en attendant la grande fête du foot le mois prochain)! Rigolez! Consommez!

Pendant ce temps, ailleurs, il ne se passe rien. Aucun nouveau film. C'est le silence qui précède l'orage Indiana Jones. Profitons-en pour nous promener dans les bois.

Godard: Histoire(s) de désencombrement

Godard_histoires_1 Vive le consumérisme! Vive l'obsolescence programmée! "Nous sommes les champions de la production d'ordures" dit un TV addict avachi dans L'Incal de Moebius-Jodorowski.

Le magnétoscope a cessé de fonctionner il y a deux ans. Il était vieux, il ne servait plus guère, évincé par le lecteur de DVD de l'étagère du dessus. Et les cassettes VHS, plus anciennes encore, s'effaçaient tout doucement. Les films retournaient à l'ombre, au flou, à l'indifférencié. Mon Solaris de Tarkoski, acquis à prix d'or il y a quinze ans, était devenu verdâtre. Bon l'essentiel a été racheté en DVD – en attendant le blu-ray, le photoKub, la norme A-lien sup, le BL-ur P3, l'implant neuronal (prévu pour 2047, si nous ne sommes pas tous morts d'ici là…)

Bref. On désencombre. On fait tabula rasa. Aujourd'hui, c'était grand débarras dans ma rue. A la nuit tombante, j'ai sorti 20 m3 de trucs accummoncelés à la cave et au galetas depuis des années. Dont le vieux magnétoscope et trois cabas pleins de cassettes. Des dessins animés (Le Petit Dinosaure et la Vallée magique) qui faisaient les délices de neveux, de filleuls devenus grands sans un regard pour leur enfance, les ingrats, des raretés payées bonbon pour des besoins professionnels (La vengeance aux deux visages, de Marlon Brando), des films musicaux (The Yellow Shark du regretté Frank Zappa), des machins promotionnels encore sous cellophane ou jamais rembobinés…

La nuit est tombée. Brocanteurs et chiffonniers, qui sont à notre luxe ce que les rats sont à notre alimentation, des ombres effrayant les bourgeois mais sans lesquelles nous étoufferions sous les déchets, ont fait leur travail. Le vieux magnétoscope est parti avant même que j'aie fini d'empiler sur le trottoir un parasol troué, une machine a café court-circuitée, une tournebroche qui ne tourne plus rond, une desserte informatique bancale, un porte journaux déglingué, des pots cassés, des volumes de sagex...

Ce matin, toutes les VHS avaient disparu. Les chineurs ont tout embarqué, les Disney flous, le Tarkovski verdâtre, le Bulles d'utopie rescapées du 700e, le programme du Montreux Jazz Festival (avec son bonus Le tour du Haut-Lac avec la CGN)…Tout sauf une cassette, qui trônait, glorieuse et dérisoire sur son lit de tessons et de chiffons dans la claire lumière du matin: Histoire(s) de cinéma, de Jean-Luc Godard, magistrale relecture d'un siècle d'images animées!

Le cinéaste disait des douaniers qu'ils connaissaient son nom mais n'aient jamais vu ses films. Il est fort à parier qu'il en va de même pour les chiffonniers. Ils n'ont pas vu Pierrot le fou, ni Le Mépris, ni Sauve qui peut (la vie), ni Je vous salue Marie, ni bien sûr au grand jamais Histoire(s) de cinéma, mais ils savent que Godard ne fait plus d'entrées en salle, qu'on "n'y comprend rien" comme revendiquent fièrement les incultes et donc qu'il ne vaut pas un rond au bric-à-brac de Skopje. Alors ils ont pris le superflu et laissé l'essentiel. Ce chef-d'œuvre boudé par les brocanteurs de la nuit, ce film prodigieux dont l'ultime échelon de la société de consommation ne veut pas proclame l'avènement inéluctable du crépuscule sur le cinéma.

"27 Dresses": du venin dans le marshmollow

27dresses Suprême de nunucherie romantique américaine dans lequel une jeune femme additionne les rôles de demoiselle d'honneur sans trouver à se marier, 27 Dresses est arrivé sur les écrans européens à la suite d'un contresens, d'un bug dans la distribution. L'écoeurement que ce navet hyperglycémique provoque sur le spectateur se dissipe vite. Mais une phrase reste.

A sa sœur cadette délurée qui, revenue d'un long séjour à Venise, drague le patron dont elle est amoureuse en secret depuis des années, l'héroïne en colère lance: "Ce n'est pas un de tes amis européens de merde, c'est une personne de qualité ("a good person")". La venimeuse remarque est une déclaration de guerre. Dans l'optique de cette bluette pour Barbie qu'est 27 Dresses, l'Europe s'avère un vaste bordel fréquenté par des païens carnivores et queutards alors que le patron de Jane, végétarien convaincu, est bon. Aux "amis européens de merde" de renvoyer vite fait à Hollywood cette sécrétion gluante…

"Iron Man": dur dehors, mou dedans

Ironman1td3Attention un superhéros peut en cacher un autre: on a eu les superstars, Superman, Batman et Spider-Man, et les viennent ensuite, X-Men, Daredevil, Fantastic 4. Le filon n'est pas près de s'épuiser. Voici Iron Man, autre fleuron des comics anticommunistes qui fleurissaient sur papier cheap au début des années 80.

Contrairement à ses collègues mutants, Tony Stark n'a pas de superpouvoirs. Sans son armure volante, il est comme un bernard-l'hermite arraché à sa coquille: tout mou et vulnérable. Il est aussi comme la politique de Bush: offensive à l'extérieur (Irak), invertébrée à l'intérieur (crise des subprimes)... Mais il est superintelligent et superiche. Fabriquant d'armes cynique et porté sur la boisson, il est enlevé par un génie du mal asiatique. Pour s'évader, il construit une armure hi-tech qu'il enfile ensuite pour combattre les vilains et les Rouges.

Le film de Jon Favreau recontextualise ce pitch dans notre joyeux 21e siècle. Tony Stark est enlevé par des taliban. Dans sa grotte de Bamyian, il se forge une armure avec des boîtes de conserve et s'échappe dans un délire pyrotechnique. De retour aux Etats-Unis, il crée une version améliorée de son exosquelette. Il met une pâtée aux barbus basanés. Et puis il prend conscience que vendre des armes, c'est pas bien. Il entre alors en conflit avec Obadiah Stane, son père adoptif (dont on se méfie depuis le début du film puisqu'il est chauve est barbu), dans un conflit oedipien qui se règle sur le mode bruyant des Transformers.

Iron_man_downey Ne boudons pas notre plaisir. Eu égard à certains désastres (Fantastic 4, X-Men…), ce produit tient la route. Sans atteindre aux sommets de Batman returns (Tim Burton) ou Batman begins (Christopher Nolan), il se situe au niveau honorable de Hulk ou de Spider-Man 2. L'humour rehausse un scénario classique, le patriotisme supporte une touche ironique (l'essence de l'Amérique tient dans un cheeseburger). Et puis, il y a surtout Robert Downey Jr. Comédien remarquable, il donne au héros une touche d'inquiétude et de cynisme très séduisante.

Iron Man recèle une dimension symbolique troublante: pour empêcher que les éclats de grenade fichés dans sa poitrine ne lui crèvent le cœur, Tony Stark s'est installée sur le sternum un cercle d'iridium magnétique qui, si j'ai bien compris, lui donne aussi l'énergie que requiert la manipulation de l'exosquelette. En fait, ce pacemaker survolté se substitue à son cœur. Tony Stark, l'homme de fer, a un cœur métallique. Et pourtant, il a du cœur puisqu'il s'oppose au complexe militaro-industriel... Ce qui sous-entend qu'il y a de l'humanité dans la machine.

Au cours d'une scène qui devrait être classée X, la jolie assistante (Gwyneth Paltrow) de Tony Stark l'aide à changer les piles (là, je vulgarise) de sa pompe énergétique. Elle plonge sa main menue dans la poitrine de son boss pâmé, ô fascinante hybridation de poumon d'acier, de transplantation cardiaque et de fist fucking… Les films de superhéros réservent toujours d'étonnantes surprises.

Visions du Réel : dernières remarques

Quelles traces 160 films laissent-ils sur la conscience d’un spectateur dévoué ?

Des images. Un aigle qui vole dans un couloir de prison, mis en scène par les détenus sous l'objectid de Denise Gilliand (Article 43). Les cendres de Robert Mapplethorpe dans la paume de Patti Smith (Dream of Life).

Des mots. L’adage d’un vieux berger du désert iranien, entendu dans Nomad's Land: "La vie se mord l’oreille". Les commentaires d'un Marocain qui dit "Mon pays c’est la France d’en bas" et rappelle qu'on a "détruit le plus grand mur, celui de Berlin, ça a fait des petits" (D'un mur à l'autre).

Des histoires. Suivre un festival de cinéma, c'est comme de lancer un regard dans un salon éclairé, et de s'inventer une histoire, et de se souvenir que les livres qu'on voit dans la bibliothèque de cette pièce étrangère où l'on s'invite contiennent des histoires qui en contiennent d'autres…

Par exemple, Bingai (id.), la Chinoise contrainte d’avorter (à six mois!) pour ne pas payer l’amende punissant ceux qui enfreignent la loi de l'enfant unique, raconte son rêve: dans les herbes, des serpents cherchent à la mordre. Elle les reconnaît, ces reptiles vindicatifs: ce sont les enfants dont elle a avorté. Elle leur crie que ce n’est pas de sa faute, alors ils la laissent en paix.

Dans No London Today, Abraham, un Ethiopien échoué à Sangatte,Vdrno_london_abraham_2 demande: "Do you know Jan Val Jan? "., Il raconte que c'est l'histoire d’un type qui fait vingt ans de prison. Il s'évade, il se cache dans une église, puis dans la jungle. Il devient très riche et il règle ses comptes. "Moi, je suis le petit Jan Val Jan de Khartoum", conclut le sans-papier. Par quels cheminements, au gré de quelles séries B made in Bollywood, Jean Valjean, figure de la littérature française, a-t-il accédé à l'imaginaire africain et à la dignité de la poésie orale? Au hasard de quelle bande dessinés aux couleurs criardes s'est-il confondu avec Edmond Dantès, comte de Monte-Christo?

Voilà ce qu’il nous reste d'une semaine d'activité cinématographique intense. C’est peu. C’est beaucoup...

Visions du Réel: and the winner is...

Amis du Réel, bonsoir. Voici en exclusivité mondiale le palmarès de la 14e éditions de Visions du Réel, assorti des laudatios émanant des différents jurys.

Composé de Claire Aguilar (productrice ITVS, USA), Séverine Barde (cheffe opératrice, Suisse), Hetty Naaijkens-Retel Helmrich (productrice, Pay-Bas), Andreas Horvath (réalisateur, photographe), le Jury international a décerné les prix suivants:

Vdr_lie_of_land_2 Grand Prix La Poste Suisse – Visions du Réel, CHF 20'000.- à:

THE LIE OF THE LAND 

de Molly Dineen (Angleterre)

Ce film nous a emmenés dans un voyage inattendu dans la campagne anglaise

où la réalisatrice est partie de la polémique autour de la chasse au renard pour

une enquête plus large sur l’agriculture. Grâce à sa caméra et à son style

d’interview direct, nous avons rencontré des personnages touchants et

appréhendé la brutalité insensée de leur situation. A travers son regard, un lien

entre notre attitude consumériste et le futur de l’agriculture en Grande-Bretagne

devient évident.

Vdrnuits_de_2 Prix SRG SSR idée suisse, CHF 10'000.-:

NUIT DE CHINE 

de Ju An-Qi (France/Italie/Chine)

Entre rêve et réalité, de magnifiques images entraînent le spectateur à travers

l’obscurité de Pékin et au-delà. 140 chats, des interviews directes et insolentes, des

apiculteurs dans une hutte en bois, des ballons sur un panneau, des préservatifs

«happy», des balayeurs de rue et des chauffeurs de taxi évoquent des émotions et

permettent de plonger dans la Chine contemporaine.

Vdrentre_ours_3 Le prix du public de la Ville de Nyon, CHF 10'000.- est attribué à l'unanimité à:

ENTRE OURS ET LOUP (24H DANS LA VILLE DE N.) 

de Denis Sneguirev (France/Russie)

"Par ce prix, nous tenons à saluer le courage et l'engagement de Denis Sneguirev. Il

a suivi le procès de Stanislav Dmitrievsky, militant des droits humains, directeur de

l'Association pour l'amitié russo-tchètchène, accusé « d'incitation à la haine

ethnique » pour avoir publié des appels à la paix de leaders tchètchènes.

Le film suit les vingt-quatre heures qui précèdent le verdict. Malgré les contraintes matérielles et temporelles, le cinéaste fait preuve d'une grande maîtrise de la narration, à travers laquelle la pression exercée sur chacun des protagonistes est rendue palpable.

Par sa profondeur d'analyse, le film a le mérite de montrer la complexité des

enjeux liés à la liberté d'expression, à la responsabilité des médias et à

l'indépendance de la justice, valeurs essentielles de la démocratie.

Nous espérons que ce film trouvera grâce aux yeux des distributeurs et du public,

car le cinéma du réel est aussi un relais pour faire entendre des voix désormais

étouffées"

LE JURY INTERRELIGIEUX décerne le

Prix du jury interreligieux de CHF 5'000.- remis par l’Eglise catholique suisse et par la Conférence des Eglises protestantes de Romandie (CER) à:

Vdrexistence_2 THE EXISTENCE 

de Marcin Koszalka (Pologne)

Ce film émouvant aborde avec pudeur un sujet tabou et délicat et questionne le

statut de l'être humain : est-il toujours un sujet et jusqu'a quand, ou devient-il un

objet mais alors a quel moment? Cette oeuvre n'interroge pas le pourquoi de la

mort, mais en quoi celle-ci peut être utile. Et si un tel projet stimule l'existence,n'offre-t-il pas un magnifique regard sur la vie?

et une mention spéciale au film:

ENTRE OURS ET LOUP (24H DANS LA VILLE DE N.) 

de Denis Sneguirev (France/Russie)

sur un événement peu médiatisé entre Russie et Tchétchénie. Pour sa construction

originale rythmée en forme de compte a rebours et pour ses personnages qui, par

leur courage à résister et leur engagement pour les libertés - et en particulier la

liberté de penser - nous donnent des raisons d'espérer.

LE JURY DU JEUNE PUBLIC attribue le

Prix de la DDC de CHF 5'000.- à

D’UN MUR L’AUTRE – DE BERLIN A CEUTA 

de Patric Jean (Belgique/France)

Nous allons remettre un prix financé par la DDC ayant pour thème le

développement durable. Nous avons décidé de décerner de prix à un film qui

nous a particulièrement touché : «D’un mur l’autre» de Patrick Jean.

Nous avons été séduit par la sensibilité du réalisateur face à ces personnages.

Patrick Jean a réussi à montrer beaucoup avec peu. De Berlin à Ceuta, d’une

femme tzigane vivant sous un pont parisien à un promoteur immobilier marseillais

en mal d’arguments, les images nous ont faits voyager à travers l’Europe pour

soulever une problématique bien plus globale. L’immigration bien souvent

banalisée par les mass médias amène une insensibilité générale à ce sujet. Ici,

l’humanité est rendue à tous ces gens et à leur parcours de vie.

Prix du jeune public de la Société des Hôteliers de la Côte de CHF 2'500.- à

THE EXISTENCE 

de Marcin Koszalka (Pologne)

Nous attribuons le prix du Jury du jeune public à un film qui a laissé une marque

indélébile dans nos esprits : «The Existence» de Marcin Koszalka. Un sujet sensible

servi par des images obscures et magnétiques. Une atmosphère pesante et intense

s’impose par l’harmonie de la trame sonore et celle de la photographie ; allant

jusqu’à provoquer chez nous la sensation d’une odeur envahissant la salle. Le film

se termine sur une métaphore, et atteint son apothéose avec ce plan magnifique

et inoubliable de l’homme planant dans l’eau de la piscine.

REGARDS NEUFS:

LE JURY REGARDS NEUFS remet le

Prix de l'Etat de Vaud de CHF 5'000.- chacun à

LES HOMMES DE LA FORET 21 

de Julien Samani (France)

Comment est-il possible de raconter une histoire, sans juger le conditionnement

d’un mode de vie ? A un moment du film l’un des personnages dit : « Rien ne peut

arriver car je prie tous les matins. Je prie aussi pour toi, alors toi aussi tu es protégé.

Et si jamais un jour quelque chose t’arrivait, ce ne serait qu’un accident.»

Les hommes de la forêt semblent traverser un monde dans lequel on ne peut pas

remettre en question leur mode de vie. Le regard du réalisateur ouvre un espace

inquiétant grâce auquel il est possible d’apprécier les personnages dans leur lutte

pour exister.

Le montage discontinu des situations oblige le spectateur à rester dans un état

actif et le temps est alors perçu de manière non linéaire. Cette atmosphère

transforme la forêt en un lieu moins clairement défini : les grands arbres qui

tombent sont une métaphore de notre propre vie.

NO LONDON TODAY 

de Delphine Deloget (France)

Avec rien qu’une petite caméra au poing, s’exposer pleinement à une situation.

Attendre que l’action se passe. Partager cette attente avec des centaines de

ressortissants des pays les plus pauvres du monde qui tentent ici, dans le port de

Calais, de rejoindre l’Angleterre. Faire la connaissance de cinq d’entre eux, se

tapir avec eux sous un camion. S’enfuir avec eux devant la police – ou aller avec

eux à l’hôpital puisque l’un entre eux s’est fait arracher le pouce.

C’est à ces aventures que la cinéaste Délphine Deloget nous fait participer de

manière singulière – directe, rigoureuse et radicale. En convainquant toujours par

une sincérité éclairante qui, à travers la forme du film, donne un aperçu des

conditions de production. En décrivant les liens fragiles entre la cinéaste et les

clandestins, elle vit, à la place du spectateur, tout l’éventail des relations

humaines, de la solidarité jusqu’à la trahison, en passant par la peur, la

camaraderie et la confiance.

No London Today donne un visage à ces invisibles, à leurs soucis et à leurs espoirs –

et à nous, il nous donne un brin de complicité avec une partie de notre monde

que nous tentons d’ignorer.

et une mention spéciale au film

SOLLBRUCHSTELLE 

de Eva Stotz (Allemagne)

Dans ce film vaste, bien recherché, même l’attente banale à un feu rouge prend

une signification profonde et soulève des questions que la cinéaste Eva Stotz nous

pose à l’aide de protagonistes soigneusement choisis: quelle sera la définition que

les êtres humains donneront d’eux-mêmes dans un avenir où l’automatisation et la

haute technologie ne permettront plus qu’à une minorité d’accéder à des

rapports de travail classiques ? Quelle sera notre valeur quand il n’y aura plus

d’emplois?

Un film remarquable avec des images d’une grande force suggestive dans un

montage raffiné qui réunit les éléments anecdotiques en un tout, emploie un

dessin sonore et une composition réussis pour créer une oeuvre d’une ambiance

dense et d’une poésie impressionnante dont le langage formel se situe à la limite

du fictionnel.

Sollbruchstelle montre la société et l’économie occidentales dans leur morosité et

leur dépression profondes.

CINEMA SUISSE:

LE JURY CINEMA SUISSE décerne le

Prix George Foundation du Meilleur Film Newcomer CHF 10'000.- à

Vdr_mre_2 LA MÈRE 

d'Antoine Cattin et Pavel Kostomarov (Suisse/France/Russie)

Le jury du cinéma suisse a décidé de l’unanimité de décerner le Prix « newcomer »

(jeunes talents) de la George Foundation au film « La Mère » d’Antoine Cattin et

Pavel Kostomarov. Par petites touches d’humour et de tendresse, ce film brosse le

formidable portrait d’une mère qui défie toutes les misères russes pour préserver sa

famille, ses nombreux enfants et d’autres protégés encore. Son amour maternel

semble être une source inépuisable d’énergie de force et de courage. Et après

avoir annoncé sa prochaine mort de fatigue, elle court encore sur un quai de gare

pour retrouver un fils perdu.

Ce film d’un classicisme certain et d’une grande maîtrise respire l’humanisme. Il a

demandé aux cinéastes une incroyable patience et trois ans de mise en

confiance. Ils n’ont jamais cédé au voyeurisme. Le montage de leur film est simple

et réussi malgré un énorme matériel. Le respect dont ils ont fait preuve fait grandir

encore le personnage de «la Mère ».

le Prix Suissimage/Société suisse des auteurs SSA, CHF 10'000.- à

TEMOIN INDESIRABLE 

de Juan Lozano (Suisse)

Le jury cinéma suisse a décidé à l’unanimité de décerner le Prix « création » de la

Société Suisse des Auteurs SSA/Suissimage de Visions du réel 2008 au film « Témoin

indésirable » de Juan Lozano.

Ce film d’une actualité brûlante est un document d’une grande richesse

informative sur la Colombie dont il éclaire la situation politique et sociale avec un

regard neuf et critique. En mettant des situations de reportages au coeur du

documentaire, le film brosse le portrait d’un journaliste partagé entre son

engagement en terrain dangereux, ses convictions et sa situation personnelle. Le

cinéaste évite le piège consistant à faire du journaliste un héros. Il montre au

contraire un homme de presse luttant pour la vérité, mais en proie à tous les doutes

face aux risques de représailles pour sa femme et ses enfants. Nous voulons aussi

par ce prix souligner l’engagement du réalisateur qui s’est exposé à ces mêmes

dangers.

La morale de cette histoire: donner la parole aux victimes est un crime de lèsemajesté

pour tout système autoritaire. Ce film en dit long sur l’importance du

journalisme pratiqué en toute liberté et dans l’intérêt général pour la démocratie

et le respect des droits de l’homme.

Le jury du cinéma suisse a décidé à l’unanimité de décerner

une mention spéciale au film

THE BEAST WITHIN