Amis du Réel, bonsoir. Voici en exclusivité mondiale le palmarès de la 14e éditions de Visions du Réel, assorti des laudatios émanant des différents jurys.
Composé de Claire Aguilar (productrice ITVS, USA), Séverine Barde (cheffe opératrice, Suisse), Hetty Naaijkens-Retel Helmrich (productrice, Pay-Bas), Andreas Horvath (réalisateur, photographe), le Jury international a décerné les prix suivants:
Grand Prix La Poste Suisse – Visions du Réel, CHF 20'000.- à:
THE LIE OF THE LAND
de Molly Dineen (Angleterre)
Ce film nous a emmenés dans un voyage inattendu dans la campagne anglaise
où la réalisatrice est partie de la polémique autour de la chasse au renard pour
une enquête plus large sur l’agriculture. Grâce à sa caméra et à son style
d’interview direct, nous avons rencontré des personnages touchants et
appréhendé la brutalité insensée de leur situation. A travers son regard, un lien
entre notre attitude consumériste et le futur de l’agriculture en Grande-Bretagne
devient évident.
Prix SRG SSR idée suisse, CHF 10'000.-:
NUIT DE CHINE
de Ju An-Qi (France/Italie/Chine)
Entre rêve et réalité, de magnifiques images entraînent le spectateur à travers
l’obscurité de Pékin et au-delà. 140 chats, des interviews directes et insolentes, des
apiculteurs dans une hutte en bois, des ballons sur un panneau, des préservatifs
«happy», des balayeurs de rue et des chauffeurs de taxi évoquent des émotions et
permettent de plonger dans la Chine contemporaine.
Le prix du public de la Ville de Nyon, CHF 10'000.- est attribué à l'unanimité à:
ENTRE OURS ET LOUP (24H DANS LA VILLE DE N.)
de Denis Sneguirev (France/Russie)
"Par ce prix, nous tenons à saluer le courage et l'engagement de Denis Sneguirev. Il
a suivi le procès de Stanislav Dmitrievsky, militant des droits humains, directeur de
l'Association pour l'amitié russo-tchètchène, accusé « d'incitation à la haine
ethnique » pour avoir publié des appels à la paix de leaders tchètchènes.
Le film suit les vingt-quatre heures qui précèdent le verdict. Malgré les contraintes matérielles et temporelles, le cinéaste fait preuve d'une grande maîtrise de la narration, à travers laquelle la pression exercée sur chacun des protagonistes est rendue palpable.
Par sa profondeur d'analyse, le film a le mérite de montrer la complexité des
enjeux liés à la liberté d'expression, à la responsabilité des médias et à
l'indépendance de la justice, valeurs essentielles de la démocratie.
Nous espérons que ce film trouvera grâce aux yeux des distributeurs et du public,
car le cinéma du réel est aussi un relais pour faire entendre des voix désormais
étouffées"
LE JURY INTERRELIGIEUX décerne le
Prix du jury interreligieux de CHF 5'000.- remis par l’Eglise catholique suisse et par la Conférence des Eglises protestantes de Romandie (CER) à:
THE EXISTENCE
de Marcin Koszalka (Pologne)
Ce film émouvant aborde avec pudeur un sujet tabou et délicat et questionne le
statut de l'être humain : est-il toujours un sujet et jusqu'a quand, ou devient-il un
objet mais alors a quel moment? Cette oeuvre n'interroge pas le pourquoi de la
mort, mais en quoi celle-ci peut être utile. Et si un tel projet stimule l'existence,n'offre-t-il pas un magnifique regard sur la vie?
et une mention spéciale au film:
ENTRE OURS ET LOUP (24H DANS LA VILLE DE N.)
de Denis Sneguirev (France/Russie)
sur un événement peu médiatisé entre Russie et Tchétchénie. Pour sa construction
originale rythmée en forme de compte a rebours et pour ses personnages qui, par
leur courage à résister et leur engagement pour les libertés - et en particulier la
liberté de penser - nous donnent des raisons d'espérer.
LE JURY DU JEUNE PUBLIC attribue le
Prix de la DDC de CHF 5'000.- à
D’UN MUR L’AUTRE – DE BERLIN A CEUTA
de Patric Jean (Belgique/France)
Nous allons remettre un prix financé par la DDC ayant pour thème le
développement durable. Nous avons décidé de décerner de prix à un film qui
nous a particulièrement touché : «D’un mur l’autre» de Patrick Jean.
Nous avons été séduit par la sensibilité du réalisateur face à ces personnages.
Patrick Jean a réussi à montrer beaucoup avec peu. De Berlin à Ceuta, d’une
femme tzigane vivant sous un pont parisien à un promoteur immobilier marseillais
en mal d’arguments, les images nous ont faits voyager à travers l’Europe pour
soulever une problématique bien plus globale. L’immigration bien souvent
banalisée par les mass médias amène une insensibilité générale à ce sujet. Ici,
l’humanité est rendue à tous ces gens et à leur parcours de vie.
Prix du jeune public de la Société des Hôteliers de la Côte de CHF 2'500.- à
THE EXISTENCE
de Marcin Koszalka (Pologne)
Nous attribuons le prix du Jury du jeune public à un film qui a laissé une marque
indélébile dans nos esprits : «The Existence» de Marcin Koszalka. Un sujet sensible
servi par des images obscures et magnétiques. Une atmosphère pesante et intense
s’impose par l’harmonie de la trame sonore et celle de la photographie ; allant
jusqu’à provoquer chez nous la sensation d’une odeur envahissant la salle. Le film
se termine sur une métaphore, et atteint son apothéose avec ce plan magnifique
et inoubliable de l’homme planant dans l’eau de la piscine.
REGARDS NEUFS:
LE JURY REGARDS NEUFS remet le
Prix de l'Etat de Vaud de CHF 5'000.- chacun à
LES HOMMES DE LA FORET 21
de Julien Samani (France)
Comment est-il possible de raconter une histoire, sans juger le conditionnement
d’un mode de vie ? A un moment du film l’un des personnages dit : « Rien ne peut
arriver car je prie tous les matins. Je prie aussi pour toi, alors toi aussi tu es protégé.
Et si jamais un jour quelque chose t’arrivait, ce ne serait qu’un accident.»
Les hommes de la forêt semblent traverser un monde dans lequel on ne peut pas
remettre en question leur mode de vie. Le regard du réalisateur ouvre un espace
inquiétant grâce auquel il est possible d’apprécier les personnages dans leur lutte
pour exister.
Le montage discontinu des situations oblige le spectateur à rester dans un état
actif et le temps est alors perçu de manière non linéaire. Cette atmosphère
transforme la forêt en un lieu moins clairement défini : les grands arbres qui
tombent sont une métaphore de notre propre vie.
NO LONDON TODAY
de Delphine Deloget (France)
Avec rien qu’une petite caméra au poing, s’exposer pleinement à une situation.
Attendre que l’action se passe. Partager cette attente avec des centaines de
ressortissants des pays les plus pauvres du monde qui tentent ici, dans le port de
Calais, de rejoindre l’Angleterre. Faire la connaissance de cinq d’entre eux, se
tapir avec eux sous un camion. S’enfuir avec eux devant la police – ou aller avec
eux à l’hôpital puisque l’un entre eux s’est fait arracher le pouce.
C’est à ces aventures que la cinéaste Délphine Deloget nous fait participer de
manière singulière – directe, rigoureuse et radicale. En convainquant toujours par
une sincérité éclairante qui, à travers la forme du film, donne un aperçu des
conditions de production. En décrivant les liens fragiles entre la cinéaste et les
clandestins, elle vit, à la place du spectateur, tout l’éventail des relations
humaines, de la solidarité jusqu’à la trahison, en passant par la peur, la
camaraderie et la confiance.
No London Today donne un visage à ces invisibles, à leurs soucis et à leurs espoirs –
et à nous, il nous donne un brin de complicité avec une partie de notre monde
que nous tentons d’ignorer.
et une mention spéciale au film
SOLLBRUCHSTELLE
de Eva Stotz (Allemagne)
Dans ce film vaste, bien recherché, même l’attente banale à un feu rouge prend
une signification profonde et soulève des questions que la cinéaste Eva Stotz nous
pose à l’aide de protagonistes soigneusement choisis: quelle sera la définition que
les êtres humains donneront d’eux-mêmes dans un avenir où l’automatisation et la
haute technologie ne permettront plus qu’à une minorité d’accéder à des
rapports de travail classiques ? Quelle sera notre valeur quand il n’y aura plus
d’emplois?
Un film remarquable avec des images d’une grande force suggestive dans un
montage raffiné qui réunit les éléments anecdotiques en un tout, emploie un
dessin sonore et une composition réussis pour créer une oeuvre d’une ambiance
dense et d’une poésie impressionnante dont le langage formel se situe à la limite
du fictionnel.
Sollbruchstelle montre la société et l’économie occidentales dans leur morosité et
leur dépression profondes.
CINEMA SUISSE:
LE JURY CINEMA SUISSE décerne le
Prix George Foundation du Meilleur Film Newcomer CHF 10'000.- à
LA MÈRE
d'Antoine Cattin et Pavel Kostomarov (Suisse/France/Russie)
Le jury du cinéma suisse a décidé de l’unanimité de décerner le Prix « newcomer »
(jeunes talents) de la George Foundation au film « La Mère » d’Antoine Cattin et
Pavel Kostomarov. Par petites touches d’humour et de tendresse, ce film brosse le
formidable portrait d’une mère qui défie toutes les misères russes pour préserver sa
famille, ses nombreux enfants et d’autres protégés encore. Son amour maternel
semble être une source inépuisable d’énergie de force et de courage. Et après
avoir annoncé sa prochaine mort de fatigue, elle court encore sur un quai de gare
pour retrouver un fils perdu.
Ce film d’un classicisme certain et d’une grande maîtrise respire l’humanisme. Il a
demandé aux cinéastes une incroyable patience et trois ans de mise en
confiance. Ils n’ont jamais cédé au voyeurisme. Le montage de leur film est simple
et réussi malgré un énorme matériel. Le respect dont ils ont fait preuve fait grandir
encore le personnage de «la Mère ».
le Prix Suissimage/Société suisse des auteurs SSA, CHF 10'000.- à
TEMOIN INDESIRABLE
de Juan Lozano (Suisse)
Le jury cinéma suisse a décidé à l’unanimité de décerner le Prix « création » de la
Société Suisse des Auteurs SSA/Suissimage de Visions du réel 2008 au film « Témoin
indésirable » de Juan Lozano.
Ce film d’une actualité brûlante est un document d’une grande richesse
informative sur la Colombie dont il éclaire la situation politique et sociale avec un
regard neuf et critique. En mettant des situations de reportages au coeur du
documentaire, le film brosse le portrait d’un journaliste partagé entre son
engagement en terrain dangereux, ses convictions et sa situation personnelle. Le
cinéaste évite le piège consistant à faire du journaliste un héros. Il montre au
contraire un homme de presse luttant pour la vérité, mais en proie à tous les doutes
face aux risques de représailles pour sa femme et ses enfants. Nous voulons aussi
par ce prix souligner l’engagement du réalisateur qui s’est exposé à ces mêmes
dangers.
La morale de cette histoire: donner la parole aux victimes est un crime de lèsemajesté
pour tout système autoritaire. Ce film en dit long sur l’importance du
journalisme pratiqué en toute liberté et dans l’intérêt général pour la démocratie
et le respect des droits de l’homme.
Le jury du cinéma suisse a décidé à l’unanimité de décerner
une mention spéciale au film
THE BEAST WITHIN