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Vroum!

Cars1 Les animaux rigolos ayant fini de roter, le gosse derrière finissant de scrouncher ses nachos (voir ci-dessus), Cars démarre sur les chapeaux des roues. Vroum, c'est peut dire. C'est VROOOOAARRRRR! que les haut-parleurs nous rugissent dans les oreilles! Le rutilant Lightning McQueen (Ligntning comme l'éclair, McQueen comme Steve qui aimait tant les 24 Heures du Mans) se rue dans la course…

Un nouveau film de Pixar, c'est la fête! Mais, pour la première fois, la magie n'opère pas. Parce que, fût-elle anthropomorphisée, une voiture reste une voiture et, contrairement aux jouets (Toy Story), aux insectes (1001 Pattes), aux monstres (Monsters Inc.), aux poissons (Le Monde de Nemo), voire aux superhéros (Les Indestructibles), les voitures n'ont pas d'âme. John Lasseter a beau leur dessiner des yeux ronds sur le pare-brise, ça reste de la tôle. Le seul élément qui les humanise la moindre est le plus fantaisiste, à savoir la bouche qui leur fend le capot, voire la langue qui en sort. Sinon, la bagnole n'a pas la plasticité des créatures marines ou des coccinelles: elle ne marche pas, elle roule. Elle n'a pas de mains et personne ne saura comment elle fait pour jeter son chapeau en l'air. Et contrairement à ce que pensent les fous du volants, la voiture ne garantit pas la liberté: elle suit une trajectoire rectiligne, elle est prisonnière du bitume.

Bref, les personnages motorisés de Cars ne nous touchent pas. Des bagnoles, on en a assez dans nos villes. Et ces jours, qui plus est, elles sont pleines de supporters qui klaxonnent et vocifèrent. Alors aller les voir au cinéma, et chargées de rock FM, non merci.

Et puis l'histoire! Poisseuse de bons sentiments et de nostalgie rance! En route pour la gloire, McQueen s'égare dans la cambrousse. L'arrogant petit bolide méprise ces ploucs, teuf-teufs rouillés, et autres véhicules utilitaires. Et puis, lentement, il succombe aux charmes rétro de l'Ouest profond. Il comprend que l'amitié est une valeur supérieure, que la vitesse sans le cœur est dérisoire, que "courir n'est pas juste gagner", etc.

Il s'éprend de Lizzy, une séduisant Porsche. Comment vont-ils faire pour se reproduire? Va-t-il lui monter sur la malle arrière? Introduire son gros delco dans le pot d'échappement de la belle? Les bagnoles sont-elles ovipares ou vivipares? Ces questions d'un iconoclasme réjouissant, Lasseter les évite soigneusement…

Au-delà de la gaudriole elles indiquent les limites de l'exercice de transposition: pourquoi dans l'univers de Cars les mouches sont-elles en forme de VW ailées, les vaches en forme de tracteurs, les montagnes en formes de calandres mais les cactus en forme de cactus? Là, on sort de la route balisée du divertissement pour s'aventurer dans les terres sauvages de la métaphysique...

Burp

L'écran blanc était bleu, immense, panoramique. L'action était minime: de temps en temps un goéland passait, nonchalant. Et pourtant, on ne s'ennuyait jamais. C'était les vacances, trois semaines sans cinéma.

Et puis retour au turbin, retour au cinéma. On rentre dans la salle obscure avec l'émotion du mauvais paroissien qui retourne à l'église. La comparaison tient: le cinéma est aussi désert que les églises. Nous sommes quatre spectateurs.

Les bandes annonce nous vendent les prochains divertissements tous publics: Nos Voisins les Hommes, Garfield et encore, pour l'été 2007, Ratatouille

La tendance est aux animaux rigolos en image de synthèse: la petite faune des bois (tortue, écureuil, castor, putois…) qui se la joue Mission: Impossible pour aller fracturer le frigo des voisins bipèdes, le matou orange lasagnophage et un amusant rat bleu à truffe rose qui hante les cuisines d'une grand restaurant parisien…

Et ces créatures à poil doux, que font-elles? Elles rotent.

De façon péremptoire, gargantuesque pour le matou obèse; de manière plus fun pour un écureuil de Nos voisins qui profite de l'émission gazeuse pour vocaliser le début de l'alphabet (si ça peut donner des lettres aux kids, pourquoi pas…).

L'honnêteté nous oblige à préciser que Ratatouille ne rote pas dans le trailer. Mais, vu les french fromages, dûment verdâtres, exhalant de funestes vapeurs, d'aspect quasi radioactifs qu'il consomme, il est à parier qu'il sera sujet lui aussi à de désopilants borborygmes. Vive l'image de synthèse! Vive la révolution numérique!

Au dernier rang, le plus jeune des spectateurs bâfre ses nachos et ne moufte pas.

Déjà les voitures anthropomorphes de Cars pétaradent… (suite au prochain numéro)