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Quand un papillon s'agite à Babel

Certains spectateurs sont friands de Babel. Ils trouvent que c'est un film grave, important, témoignant courageusement de l'état de la planète Terre en ce début de millénaire, un film qu'il il faut "défendre dès l'instant où il prône des valeurs qui, dans la société actuelle, manquent cruellement : la solidarité et la tolérance". Soit.

On peut aussi voir le film d'Alejandro Gonzales Inarritu comme un pensum bien pensant sur la condition humaine –américaine plus précisément. La démonstration est pesante, outrée, avec quelques éclats (les kids californiens élevés aux corn-flakes soudain confrontés à un poulet égorgé dans la poussière du Mexique, la force du hasard) et des longueurs rédhibitoires (la soirée en boîte de l'adolescente japonaise)…

Ce qui impressionne les gens dans cette tragédie, c'est le principe de causalité élevé à l'échelle planétaire, l'effet papillon au temps de la globalisation. Pour résumer l'argument: parce qu'un businessman japonais a donné un fusil à un guide marocain, une immigrée mexicaine est renvoyée dans son pays.

Ces marabout-de ficelle de la destinée ne sont pas nouveaux. Ils font même de chouettes chansons, qu'on se souvienne de Tout va très bien, Madame la Marquise, de Ray Ventura: c'est en se suicidant que M. le Marquis a renversé les chandelles qui ont mis le feu au château, l'incendie s'est propagé vers les écuries où a péri la jument grise…

Dans la première scène de Free Zone, magnifique, Amos Gitaï adopte ce principe pour remonter aux sources lointaines, absurdes, du conflit israélo-arabe. Dans une voiture aux vitres griffées de pluie, Natalie Portman pleure. La bande-son offre un chant magnifique dans lequel le maître a bastonné le chien qui a mordu le chat qui avait tué l'agneau, et les strophes de remonter les violences jusqu'aux maisons qui brûlent et aux rivières qui tarissent.

On peut s'amuser à traduire Babel selon ce modèle et sur l'air traditionnel de Maryvon elle a un pied mariton.

En avant la chanson!

- Pourquoi la Maria a été renvoyée dans son pays?

- La Maria a été renvoyée dans son pays parce qu'elle a failli perdre les enfants de son patron dans le désert…

- Pourquoi la Maria a-t-elle failli perdre les enfants de son patron dans le désert?

- La Maria a failli perdre les enfants de son patron dans le désert parce qu'elle revenait du Mexique dans une voiture conduite par son neveu bourré, qu'il y a eu du grabuge à la frontière et qu'il a pris la fuite…

- Pourquoi la Maria rentrait-elle du Mexique dans une voiture conduite par son neveu bourré?

- La Maria rentrait du Mexique dans une voiture conduite par son neveu bourré parce qu'elle avait emmené illégalement les enfants de son patron au mariage de sa fille…

- Pourquoi la Maria avait-elle emmené illégalement les enfants de son patron au mariage de sa fille?

- La Maria avait emmené illégalement les enfants de son patron au mariage de sa fille parce qu'elle n'avait personne à qui les confier quand elle a appris que son patron rentrerait plus tard de son voyage au Maroc…

- Pourquoi le patron de la Maria est-il rentré plus tard de son voyage au Maroc?

- Le patron de la Maria est rentré plus tard de son voyage au Maroc parce que sa femme a ramassé une balle perdue dans les dunes…

- Pourquoi la femme du patron de la Maria a-t-elle ramassé une balle perdue dans les dunes du Maroc?

- La femme du patron de la Maria a ramassé une balle perdue dans les dunes du Maroc parce que c'est la faute à pas de chance…

(Ah non! C'est trop simple! Allez, solo de flageolet et on reprend…)

- Pourquoi la femme du patron de la Maria a-t-elle ramassé une balle perdue dans les dunes du Maroc?

- La femme du patron de la Maria a ramassé une balle perdue dans les dunes du Maroc parce qu'un petit berger a tiré sur le bus…

- Pourquoi le petit berger a-t-il tiré sur le bus?

- Le petit berger a tiré sur le bus pour s'amuser…

(Drôle de jeu… la chanson s'arrête là? Ah non, il y a un solo de cromorne. On se retrouve juste après….)

- Pourquoi le petit berger a-t-il tiré sur le bus?

- Le petit berger a tiré sur le bus parce qu'il avait un fusil…

- Pourquoi le petit berger avait-il un fusil?

- Le petit berger avait un fusil parce que son papa le lui avait donné pour tirer sur les chacals…

- Pourquoi le petit berger devait-il tirer sur les chacaux?

- Le petit berger devait tirer sur les chacals pour qu'ils ne mangent pas les brebis…

- Pourquoi les chacaux ne doivent pas manger les brebis?

(Attention, on s'égare les gars. Gros break de tambour pour masquer une petite discontinuité causale. En avant la musique, tournez la manivelle des roues à vielle, tapez les sabots, et c'est reparti)

<Pataf pataf boum!>

- Comment le papa du petit berger avait-il acquis ce fusil?

- La papa du petit berger avait acheté ce fusil à un voisin…

- Pourquoi le voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert avait-il un fusil?

- Le voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert avait un fusil parce qu'un touriste japonais le lui avait donné longtemps auparavant…

- Pourquoi le touriste japonais avait-il donné un fusil au voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert?

- Le touriste japonais a donné un fusil au voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert parce qu'il trouvait que le voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert avait été un bon guide…

(Vous avez remarqué comme notre rigodon s'emballe. Allez, tous en choeur!)

- Pourquoi le touriste japonais qui a donné un fusil au voisin du papa du petit berger qui a tiré sur la femme du patron de la Maria qui a été renvoyée dans son pays parce qu'elle avait failli perdre les enfants dans le désert est-il allé chasser le dromadaire (ou tout autre gibier de la région) au Maroc?

Et bien ça, on en sait rien. Le film d'Inarritu n'explicite pas ce mystère des origines. Dommage… En creusant un peu, on pourrait découvrir que le touriste japonais allait chasser en Afrique parce qu'il n'y avait rien ce soir-là à la télévision, parce que le responsables des programmes s'était cassé le col du fémur en glissant sur l' ice-cream qu'un enfant avait laissé tomber dans la rue parce qu'il regardait un dirigeable qui passait dans le ciel de Tokyo pour faire de la publicité pour la chaînes de librairies Yumikoto qui est dans les chiffres rouges parce que les gens ne lisent plus assez de livres, préférant perdre leur temps à lire des bêtises sur l'internet et à remplir leur blogs d'âneries diverses…

Bref. Tout ça pour ça. Et avec un zeste de mauvaise foi, on peut conclure que tout est de la faute du touriste japonais. Donc que si l'économie américaine se porte mal, c'est à cause de l'économie japonaise. Tout est dans tout et Dieu reconnaîtra les siens…

Philippe Noiret

Depuis hier soir, les filles ont le cœur chiffonné et de l'eau plein les yeux. Elles exorcisent leur deuil tout nouveau à grands coups de SMS: "Y a Philippe Noiret qu'est mort. Je l'avais vu en janvier avec Anouck (sic) Aimée et il était encore très craquant", dit l'une. "Noiret est mort Snif", pleure une seconde. "J. se sent un peu veuve, comme moi", reprend la première. "Suis super triste pour noiret. C'est le père que j'ai toujours voulu avoir… snif", se désole encore une autre…

Les garçons sont plus calmes. Le père, ils l'ont tué il y a longtemps. Noiret était pour eux un oncle chez lequel ils aimaient bien aller en vacances quand ils étaient petits - séjours inoubliables dans la ferme d'Alexandre le bienheureux, week-end fabuleux chez la cousine Zazie. Ils l'aimaient pour sa haute silhouette, sa voix formidable, onctueuse, profonde comme un Château-Latour avec un dièse de cynisme éclairé, son intelligence, sa vaste culture, sa conscience de gauche (il avait commencé sur les planches du TNP aux côtés de Jean Vilar), son épicurisme, sa bouille de notaire qui trompait le monde. Car ce dandy rondouillard avait le diable en lui, comme en témoignent ses prestations dans Coup de Torchon, de l'ami Tavernier, ou La Grande Bouffe, brûlot anticonsumériste dans lequel il se défonce à mort en ingurgitant deux flans gélatineux moulés en forme de mamelles géantes.

Sacré Noiret! Prodigieusement juste chez Tavernier (Le Juge et l'Assassin, Que la Fête commence, La Vie et rien d'autre) ou Chabrol (Masques, dans lequel il campe une sorte de Jacques Martin dégoulinant de bonté vénéneuse…)

Malheureusement, Noiret a tourné 150 films et le pire finit par étouffer le meilleur. Citons-les ces nanars justement tombés dans l'oubli, Le Taxi mauve, Une femme à sa fenêtre, Fort Saganne, L'Africain, Le Quatrième pouvoir et autres machins de tâcherons franchouillards dans lesquels l'immense comédien cabotinait sans vergogne On aimerait aussi ne l'avoir jamais vu au dernier acte des Côtelettes, le plus mauvais film jamais tourné par Bertrand Blier, en pervers pépère, pinant la mort bajoues au vent…

On se souviendra de Noiret dans le rôle d'Hérode, l'Hercule de Capitaine Fracasse, fracassant le crâne des méchants à coups de massue ou en vieux galopin dans Mes chers amis. On regrettera toujours la Capitaine Haddock qui aurait pu faire – le meilleur possible selon Hergé. On regrettera sa force tranquille et son verbe fleuri parce qu'on sait que des comédiens de cet envergure, on n'en verra de moins en moins.

Robert Altman, jeune homme à jamais

Il avait l'œil bleu, et vif. Il s'étonnait d'être déjà si vieux. Bien sûr, son genou grinçait, mais son cœur était resté celui d'un jeune homme. Surtout quand il regardait les filles. "Vous savez, la vieillesse est un processus déconcertant", nous disait-il en 1999 à Paris. "Au fond de moi-même, j’ai toujours 32 ans. Je vois mes enfants, qui ont la quarantaine, voire la cinquantaine. Je me sens victime parfois d’ostracisme, de la part de mes proches ! Ils veulent que j’aille au lit, me reposer, ils me traitent comme un gamin qui ne pourrait pas suivre leurs conversations. Les personnes âgées sont ainsi isolées, parce que les plus jeunes ont décidé qu’elles ne pourraient pas s’intéresser à leurs activités…"

Le polisson chenu tirait avantage aussi de ses cheveux blancs: "L’autre soir, j’étais au restaurant. Une très jolie fille rentre, avec balconnet mignon et tutti quanti, elle promène son regard sur la salle. Moi, je peux mater car plus personne ne me prend au sérieux. Elle pense que je suis un charmant grand-papa. Mais pourtant, mes sentiments ne sont pas différents de ceux d’un jeune homme de 32 ans !".

Le vieil homme n'imaginait pas le retraite: " Je pense mourir en scène, comme ils disent. Quand je n’aurai plus de films à tourner, je pense que je m’ennuierai tellement que…". Robert Altman n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Son dernier film, A Prairie Home Companion (The Last Show en français…), sort en décembre en Europe. Si l'on compte les courts métrages et les émissions de télévision (dont de nombreux épisodes d'Alfred Hitchcock présente), le malicieux gentleman a signé quelque 87 titres. Dans tous les genres et avec des bonheurs inégaux. Robert Altman, à l'instar d'un Chabrol, fait partie de ces cinéastes capables de se ramasser sur un film et de rebondir brillamment l'année suivante – et de rire de soi même.

Robert Altman a connu la gloire en 1970 avec M.A.S.H., une satire féroce de la guerre du Vietnam – située pendant la guerre de Corée. Ensuite, il détourne les codes du western dans McCabe & Mrs. Miller et Buffalo Bill et les Indiens. La capitale de la musique country, Nashville, en prend pour son grade dans le film homonyme, premier d'une série de films choraux dans lesquels le cinéaste exerce sa vituosité narrative en déconstruisant le récit: Un Mariage, The Player, Short Cuts, Prêt-à-Porter

Il parodie l'enquête à l'Agatha Christie dans Gosford Park (2001), raconte sa ville natale par la jazz dans Kansas City (1996). Il étrenne les années 80 avec Popeye, une fantaisie hallucinée mettant en scène le jeune Robin Williams dans le rôle du marin borgne et Shelley Duvall, chaussée 58 fillettes, dans celui d'Olive Oyl. Et puis, le reste de la décennie, il aligne les films soporifiques tirés de pièces de théâtre.

On oubliera ces ratages pour redécouvrir des œuvres méconnues ou oubliés: 3 Femmes (1977), étrange triangle de femmes ayant dépassé depuis longtemps la crise de nerfs ou l'hermétique Quintet (1979) – Paul Newman et Vittorio Gassman se livrant à un jeu incompréhensible dans un futur âge de glace…

Enfin, chérissons à jamais Images (1972). Ce film automnal dont les sculptures sonores de Stomu Yamashta rehaussent l'effrayante étrangeté, met en scène une femme schizophrène qui se retire dans sa maison de campagne et dans ses mondes intérieurs, univers enfantins peuplés de tigres et de licornes. Du haut de la colline, en face de la maison, son double ne cesse de l'épier. Elle tente de se débarrasser des fantômes qui la hantent, sans se rendre compte que ces exécutions ont des répercussions sanglantes de ce côté-ci de la réalité…

Popeye et sa pipe, Sissy Spacek enfant sensuelle et fantomatique, Paul Newman affublé des moustaches de Buffalo Bill, les chassés croisés formidables de Short Cuts et son plan séquence d'ouverture excédant de quelques secondes celui, légendaire, de La Soif du Mal d'Orson Welles, l'humour terrible de M.A.S.H., toutes ces images contradictoires, complémentaires qui composent l'univers de Robert Altman, espiègle barbu à l'œil d'azur, électron libre dans le système hollywoodien, empêcheur de  penser en rond. Des cinéastes de cette trempe, self made man venu au cinéma par passion après avoir été pilote de bombardier dans le Pacifique, on n'en verra plus.

Heureux vivants, ayez une pensée pour lui la prochaine fois que vous verrez passer une jolie fille.

Deus ex portable

007 Dans Casino Royale, pour la première fois, James Bond ne rend pas sa visite  rituelle à Q. Pour la première fois, le Géo Trouvetou du MI6 ne lui fait pas l'article pour la montre qui émet un gaz soporifique, le fume-cigarette qui tire un missile, le briquet qui lance un grappin, les lunettes qui dégagent un faisceau laser, les boutons de manchettes susceptibles de déprotoniser les masses inertes, la bague à infrarouge, le bandage herniaire qui envoie des e-mails, l'œil de verre pour voir les filles nues et le fixe-chaussette intercepteur de satellites…

007 s'en va-t-à poil en mission. Pas un gadget en poche? Si, il en a un, comme tout un chacun: le téléphone portable, ce gadget universel qui a remplacé dans nos vies le couteau multilames naguère cher à McGyver. Le portable sert de mouchard, de détonateur, de balise GPS… Il remplace la loupe, le pistolet et le détecteur de mensonge. Aujourd'hui, nous sommes enfin tous des James Bond.

Les hasards de la programmation amènent sur les écrans Les Infiltrés, de Martin Scorsese en même temps que le nouveau James Bond. Ce film de gangsters raconte la trajectoire de deux jeunes policiers (Matt Damon et Leonardo Di Caprio). Le premier est un ripou stipendié par le parrain de la pègre (Jack Nicholson); le second s'est infiltré dans la garde rapprochée du bandit. Le téléphone portable est leur arme favorite.

Au moment où les forces de police lancent une opération coup de poing, le ripou, depuis le poste de commandement de la police, appelle son protecteur au portable et sort quelques phrases anodines, du genre "Salut papa. Je ne pourrais pas venir ce soir. Mais les copains sont quand même de la partie". Le truand averti a juste le temps de s'éclipser. Pendant ce temps, l'agent infiltré, qui détient deux portables, un pour le bien, un pour le mal, oublie de fermer le premier histoire que les satellites repèrent le hangar où la transaction doit avoir lieu…

Le ripou et l'infiltré ne se connaissent pas, ne se sont jamais vu – juste croisé une fois sans le savoir. Matt Damon et Leonardo di Caprio n'ont qu'une scène ensemble – l'avant dernière. Leur premier contact – et c'est peut-être le moment le plus intense du film – a lieu par téléphone. Le premier appelle le second depuis le portable du capitaine assassiné, en pressant la touche repeat. L'autre voit apparaître le numéro de son contact qu'il sait décédé. Après avoir hésité, il répond. Ecoute. Pendant quelques secondes, les ennemis mortels écoutent sans piper mot, chacun ignorant qui est son interlocuteur. L'exaspérant petit gadget inspire une dramaturgie époustouflante.

Le portable a changé la face du monde. Il est en train de changer celle du cinéma. Qu'elle semble déjà lointaine l'époque où Maigret entrait dans un troquet pour demander un jeton de téléphone. De manière rétroactive, on se refait l'histoire de la littérature selon Nokia… Ah? Les sms de Roméo et Juliette, "S al U et ou ro 6 gnol L". La sonnerie polyphonique du  portable de Gavroche, qui retentit, grotesque et funèbre, interminable: "L'enfant mourait devant la barricade; son téléphone sonnait encore", aurait écrit Hugo…  Et les trois longues heures qu'un berger de Derborence passe sous l'éboulis avant d'avoir un signal…

Rigolez… La mémoire est courte. Dans quelques années, on remakera Mort à Venise. Et Stalker, et Autant en emporte le vent en y rajoutant de la téléphonie mobile, et les spectateurs ne seront pas plus choqué par l'anachronisme qu nous lorsque nous voyons au cinéma Jules César manger des spaghetti pomodoro, oubliant que les pâtes ont été importées de Chine par Marco Polo et les tomates d'Amérique par Christophe Colomb…

Allez, vite, un western. Pour l'espace, mais aussi pour revenir à la simplicité rugueuse caractérisant les communications à l'époque. Du haut de son cheval, Brad lance à Lee: "On ce voit cet automne à Durango?". L'autre répond: "Yep" et, éperonnant son cheval part au galop. A la tête de 15 mille têtes de bétails chacun, il vont traverser la sierra, le désert, un fleuve en crue, essuyer le feu des Apaches, des bandits, avant d'arriver à destination. Et ils se retrouveront sans vaines efusions autour d'une bouteille de whisky.

Glamour toujours

Une récente crise d'allergie suscitée par l'obligation du glamour qui prévaut actuellement dans notre société de communication n'a pas laissé Julien indifférent. Sensible à ce plaidoyer, quelque chose me tarabuste toutefois: "Oui, le glamour est futile, oui, le glamour est inconsistant, oui, il est parfois un vernis qui fait reluire la surface mais provoque le pourrissement du cœur", écrit-il.

Et encore: "Et pourtant, le cinéma n'est pas un art comme les autres: il exige beaucoup de moyens et énormément de compromis, pour simplement exister. Pardon pour cet excès de matérialisme, mais la possibilité d'intéresser public et financiers à des oeuvres futures ne vaut-elle pas une soirée en smoking et quelques coupes de champagne?".

La reconnaissance du cinéma suisse vaut bien une coupe de champagne. Absolument.

Mais est-ce si simple? Nous voyons-nous dans les brouillards soleurois singer les cérémonies d'autocongratulation qui font florès sur les grands boulevards californiens et/ ou parisiens? Franchement, que Fredi M. Murer se déguise en pingouin et Stephanie Glaser en Castafiore , que Georges Schwizgebel s'habille chez Brachard et Andrea Staka chez Sprüngli ne va pas propulser le cinéma suisse dans le peloton des blockbusters.

Il faut reconnaître qu'à l'exception d'Emil peut-être, notre confédération manque de stars fédératrices. Avant de succomber aux délices du glam tel que le conçoivent les magazines sur papier glacé (froufrou sur bronzage), il faudrait apprendre à connaître les comédiens et les réalisateurs d'ici. Pour ça, un défilé de mode est inutile. Il faut manifester de la curiosité. Il faut voir leurs films, les écouter, leur donner la parole. La presse a naturellement un rôle capital à jouer. Plutôt que de s'ébaubir des paillettes chutés des césars, plutôt que de colporter les ragots people dont les journaux gratuits font les choux gras (quel est la cote des enfants à vendre selon l'indice Madonna? Brooke Shields s'est-elle réconciliée avec Tom Cruise?), les médias devraient prêter attention aux artistes proches, ceux qui tissent l'identité du pays.

Pris du cinéma suisse 2006 du meilleur film de fiction avec Mein Name ist Eugen, Michael Steiner observe que le vent colporte les histoires très vite et très loin dans les pays plats. Alors qu'en Suisse, elles prennent du temps pour passer d'une vallée à l'autre. C'est l'avantage de notre pays: il contient beaucoup plus d'histoires que les contrées sans relief. Il faut maintenant prendre le temps de les écouter et ne plus penser que quelques succédanés glamoureux nous guériront de nos complexes.

Pour qui sonne le glamour

En Français, le mot sonne particulièrement bien. Parce qu'unissant en un vocable le "glas" et l'"amour", il concentre en lui les deux principes fondamentaux, éros et thanathos. Glamour… Il se répand dans le baragouin contemporain comme la grippe aviaire dans les esprits pusillanimes, comme une mauvaise habitude, un tic de langage, une expression fourre-tout vidée de son sens premier.

En anglais, sa langue d'origine, "glamour" signifie "enchantement, charme". On va dire que la fée Morgane lance un glamour sur Merlin. Ou Marilyn sur le spectateur. Car, par glissement sémantique, le terme a pris le sens de "fascination, prestige; éclat". Les vedettes hollywodiennes exercent une fascination, elles sont prestigieuses, elles ont de l'éclat, elles charment et envoûtent les mortels. Ces enchanteresses sont donc "glamorous".

La dérive sémantique se poursuit. Le français adopte le terme, le détourne, en fait l'euphémisme froufroutant, le synonyme chic et toc de "bandant". La mode en use et en abuse: une greluche anorexique vêtue d'un souffle de tulle et d'une plume est glamour. La presse en est friande: "la cover doit être glam'", dit-on volontiers dans les rédactions – autrement dit, il serait judicieux d'afficher une fille nue en une. Entendu ce matin même: "Faut que ça pète! Faut que ça soit glam'!"

Quant au cinéma contemporain, confondant dans une même anglophilie sotte glamour et people, il fait ce qu'il peut, mais peut peu. Glamour les tarteries reliftées et les mijaurées enchnouffées qu'il nous fourgue à longueur de plans promo? Glamour les cérémonies d'autocongratulations que sont la Nuit des Césars ou la Cérémonie des Oscars?

Le gros Gégé  promenant sa bedaine et son tarbouif allumé de purée septembrale, écrasant de son ombre mahousse de Commandeur des Arts, Lettres et Beaujolpif sa fille, la frêle Julie, c'est glamour? Annie Girardot chialant de bonheur et de rancœur mêlés, c'est glamour?

Glamour, Hugh Grant, la fameux comédien britannique réputé pour l'étroitesse de son répertoire, recevant un césar d'honneur? Glamour, la foule des intermittents occultés par les caméras et la sourde oreille des ministres? Glamour les ricanements des vedettes de la télévision qui ont détourné la magie du 7e art au profit de leur petite gloire personnelle?

Glamour, ce beau mot naguère anglais, purgé de son sens, en vient à exprimer la naphtaline et le cynisme. Continuons sur cette lancée et, dans vingt ans, il signifiera "sépulcral" en français. Le glamour, c'était Ava Gardner, Ginger Rogers, Greta Garbo, Ingrid Bergman, Grace Kelly, Hedi Lamarr… En aucun cas Monica Bellucci, Catherine Deneuve ou Sophie Marceau…

Pourquoi cette crise contre l'abêtissement du langage et la trivialité actuelle du 7e art? Parce que le cinéma suisse, qui peine à exister dans l'imaginaire des gens, essaye de s'inventer un avenir. Il a lancé en 1998 les Prix du cinéma suisse, sur le modèle des Césars. Cette année, la cérémonie, qui aura lieu le 24 janvier,  sera repensée pour être, of course, plus "glamour". Car, ainsi que le relève Le Temps, "La remise des récompenses durant les Journées de Soleure ne respirait  pas le glamour". Ah bon? Ça se respire maintenant? Comme la poudre de fée et la poussière d'ange?

Interrogeons-nous. Est-ce de "glamour", dans on acception contemporaine, dont ont besoin la Suisse et son cinéma suisse? De poudre aux yeux? De décolletés vertigineux? De remerciements chevrotants au réalisateur-qui-comprend-les-acteurs, à l'équipe-technique sans-laquelle-je-ne-serais-pas-là-ce-soir, et aux enfants du chef électricien jusqu'à la septième génération? Un spectacle TV plein de clinquant avec Jean-Marc Richard dans le rôle d'Edouard Baer et Lolita Morena et ses lunettes neuves dans celui de Valérie Lemercier?

Ne peut-on imaginer une voie propre qui ne consiste pas à dévoyer davantage encore le concept de glamour mais à s'intéresser de façon adulte aux créateurs et à leurs œuvres? Aux artistes plutôt qu'à leur toilette, aux œuvres plutôt qu'aux mœurs, à l'être plutôt qu'au paraître?

Natacha Koutchoumov s'habille-t-elle en Prada? Quelle importance… On aime chez elle son intensité dramatique et sa verve comique susceptibles d'illuminer Comme des Voleurs (à l'est) de Lionel Baier comme Marilou, sit-com de la TSR ou Pas de Panique, comédie de Denis Rabaglia? Jean-Luc Bideau a-t-il plongé nu dans la piscine d'Eddy Barclay? On s'en fout. De Retour d'Afrique à La Grande Peur dans la Montagne, ce grand escogriffe symbolise les mutations du cinéma suisse. Stephanie Glaser est-elle sortie en boîte avec Elton John? On s'en fout. Vieille dame indigne, elle pétille dans Herbszeitlosen, elle est la mémoire de l'art dramatique en Suisse – le public l'a d'ailleurs portée en triomphe sur la Piazza Grande à Locarno l'été dernier. Hans-Peter Muller Drossart a-t-il été chassé la grouse sur les terres du Duc d'Edinburgh? On s'en fout. Il nous intrigue ce comédien rondouillard, l'air faussement endormi, qui hante le cinéma suisse: il incarne Mario Corti dans Grounding, il joue dans Jeune Homme, Cannabis et d'autres.

Ces quatre comédiens nominés, et d'autres, tissent ces rêves qui constituent l'identité culturelle suisse. Ils méritent d'être vus, écoutés, connus – pas de se parader sur un podium sous l'étiquette réductrice de "glamour".

No future pour les cow-boys

La science-fiction a eu du mal à s'inscrire dans le passé, nous l'avons vu.

Et le western? Est-il capable d'émettre des conjectures futuristes? Autrement dit: le western est-il soluble dans la science-fiction?

Yves était un ami d'enfance. Donc nous nous tuions une centaine de fois chacun le mercredi après-midi en rejouant la conquête de l'Ouest sur un carré de gazon mité. Nous avions des revolvers en plastique chromé dans lesquels nous insérions en guise de munitions un serpentin de papier ponctué de "capsules" de poudre noire que le percuteur faisait exploser avec un bruit proche du claquement de doigts. A chaque détonation, le bande de papier sortait d'un cran; j'arrachais immédiatement ce confetti rose nuisant au vérisme vers lequel je tendais. Yves en revanche laissait pendouiller comme un tentacule ridicule la comptabilité des cartouches grillées. Je m'insurgeais contre ce laisser-aller indigne d'un pistolero sans foi ni loi; il argumentait: "Ça fait pistolet électrique. Comme ça, il tire plus loin". Je désapprouvais avec véhémence cette invraisemblance anachronique. J'avais peut-être tort. Car, je devais l'apprendre plus tard, la fantaisie, la science-fiction ne sont pas étrangères au western, comme en témoigne Les mystères de l'Ouest, cette série d'obédience steampunk avant l'heure.

Plus tard, tous genres confondus, on a vu Mondwest, de Michael "Jurassic Park" Crichton dans lequel Yul Brinner incarne un gunfighter cybernétique déréglé, et Robert Redford vêtu d'un habit clignotant qui chevauche un cheval d'arçon électrique à Las Vegas dans Electric Horseman de Sydney Pollack et encore Retour vers le futur 3 quand, perdu en 1885, le Dr. Emmet Brown chauffe à blanc la chaudière d'une locomotive à vapeur convertie en machine temporelle…

Davantage que n'importe quel autre genre, le western change avec le temps et avec le regard que les générations successives portent sur l'histoire. Regardez la nuque des cow-boys, comme elle était bien rasée dans les années 50; regardez leurs cheveux longs dans les années 70. Les cow-boys d'opérette à la Tom Mix, les conquérants au menton carré tels John Wayne ont cédé la place aux antihéros du western spaghetti et aux fantômes du western crépusculaire. La gloire du "Go west young man" a sombré dans la nuit profonde d'Unforgiven de Clint Eastwood.

Chaque époque revisite le western et y introduit les aménagements et les anachronismes qui lui conviennent. Pour les baby boomers ci-blog-dessus mentionnés qui se pâment en entendant King Crimson dans Children of Men, le plus beaux de tous les westerns reste Pat Garrett & Billy the Kid, de Sam Peckinpah. Parce qu'il est somptueusement crépusculaire, parce que Kris Kristofferson y tient le rôle du Kid, parce que Bob Dylan y joue un second rôle (Alias, le coutelier énigmatique), et parce qu'il a composé la bande-son…

Ah là là! Quelle merveille! Des complaintes de mariachi pour accompagner l'errance des héros déchus, une valse débridée pour la chasse aux dindons et surtout, ô thrène sublime, Knockin' on Heaven's Door. La litanie s'insinue après un règlement de comptes. Mortellement blessé, le vieux shérif rampe vers la rivière, la rivière sur laquelle il voulait lancer son bateau, à l'heure prochaine de la retraite. Le soleil couchant ensanglante l'eau. Sa femme pleure. Et Dylan chante: "Mama, take this badge off of me I can't use it anymore It's gettin' dark, too dark for me to see I feel like I'm knockin' on heaven's door. Knock, knock, knockin' on heaven's door (Maman enlève-moi cet insigne Je ne peux plus m'en servir Il fait sombre trop sombre pour voir Je sens que je frappe à la porte du ciel Frappe frappe frappe à la porte du ciel...")

Peckinpah et Dylan chantent moins la fin de l'Ouest, le vrai,que l'avénement du soir sur les utopies libertaires. Pat Garrett & Billy the Kid est récemment ressorti en DVD: il faut se ruer dessus.

Mais nous nous égarons sur les méandres de la nostalgie. Revenons à nos moutons (que les éleveurs de vaches n'aiment pas!).

Le western intègre les signes de modernité comme pour hâter sa chute et attiser les regrets du bon vieux temps: l'automobile du général Mapache dans La Horde sauvage sert à traîner le corps du misérable Angel autour du pueblo; dans Un nommé Cable Hogue, le vieux prospecteur finit sous les roues d'une automobile. En plein trip science-fictif, le vétéran de la Horde évoque des avions; les autres ne le croient pas. Ils ont tort. Ils finissent tous déchiqueté autour d'une mitralleuse, anticipant les Poilus que la Guerre de 14 va transformer en chair à pâté… Le monde industriel est en marche, il invalide à jamais le vieil ouest.

Le western prend alors d'autres formes. La dimension verticale se substitue à la dimension horizontale, l'espace remplace la Californie, car tant que l'homme sera ce qu'il est, il ira voir derrière l'horizon si l'herbe de la Prairie y est plus verte et les étoiles plus brillantes. En suivant les durs à cuire qui troquent le pommeau de la selle contre le manche à balai des premiers jets puis s'élancent vers les étoiles, L'Etoffe des Héros (1983), de Philip Kauffman, fait le lien entre conquête de l'Ouest et conquête de l'espace - "De Chuck Yeager découvrant le X-1 du haut de son cheval au cosmonaute affranchi de l'attraction terrestre, du troquet rustique où se retrouvent les pilotes d'essai à l'immatérielle beauté des astres, de Howard Hawk à Stanley Kubrick", écrivions-nous dans L'Hebdo en mai 1984.

Sort prochainement Fast Food Nation, un fiction documentaire sur la malbouffe aux Etats-Unis. Les troupeaux de bêtes à cornes que John Wayne menait à Abilene dans Rivière rouge sont désormais parqués dans des enclos débordant de fumier. Ensuite, les ruminants avachis sont conduits à l'abattoir, électrocutée, égorgées, dépecées, débitées à la chaîne, par des machines sans âmes et des immigrés sans protectzon sociale pour finir hachées menu dans les hamburgers que des gosses obèses s'enfilent histoire de tromper leur ennui existentiel.

Bruce Willis, toujours crédible en cow boy, tire la morale: "Ce n'est plus les bons contre les méchants. C'est la machine qui dirige ce pays". Welcome to the machine", chantait Pink Floyd sur Wish You Were Here (1975). La réalité a rattrapé la science-fiction.

Le passé du futur

Autrefois, les sociétés futures n'avaient pas de culture, juste des pyjamas.

Explicitons cette proposition joyeuse et légèrement surréaliste. Prenons par exemple n'importe quel épisode de Star Trek, ou alors le toujours réjouissant Planète interdite de Fred M. Wilcox (1956). On y voit des cosmonautes hanter les profondeurs infinies du cosmos à bord de vaisseaux sur lesquels il ne manque aucune manette, aucun clignotant. Les réacteurs sont puissamment chromés, les canons moléculaires dûment effilés. Les intrépides officiers se laissent pousser les oreilles en pointe, se fritent avec les Klingon ou avec l'émanation spectrale d'une civilisation disparue depuis des millénaires. Et ils portent le pyjama réglementaire.

Tous en pyjama et vogue l'Enterprise! Il n'y a pas de couturiers dans les films futuristes de jadis. Pas plus qu'il n'y a de poussière sur les meubles hi-tec ou les réflecteurs latéraux. L'avenir, tel que le cinéma le voyait dans les années 50, était sans passé, c'est-à-dire sans culture. Il n'y avait pas de tableaux, pas de photos accrochés dans les coursives des navires stellaires. Parfois juste une improbable sculpture moderne d'une laideur à faire pâlir un bulbruche d'Altaïr.

On croyait tellement à l'avenir qu'on le dessinait en faisant table rase de ses fondations. Pourtant, il n'y a aucune raison que M. Spock n'ait punaisé une petite reproduction de la Joconde dans la cambuse ou que le Commander John J. Adams ne s'écoute pas un petit Hotel California quand le soir descend sur le cosmos.

Aujourd'hui, peut-être parce que l'avenir ne semble plus aussi radieux, la science-fiction n'a plus peur de la crasse et des cabosses. C'est venu dès 1977 avec Star Wars et le Millenium Falcon déglingué de Han Solo. Et puis il y a eu Alien, les soutes humides et rouillées du Nostromo, son équipage de prolos… Dans Star Trek 4 (1986), lorsque l'amiral Kirk et la capitaine Spock remontent le temps jusqu'en 1986, ce sont eux, les émissaires du futur, qui ont l'air vieilles choses dans leurs pyjamas ringards. Les punks qui les croisent ont bien raison de se gausser des badernes – bon, depuis les punks ont eux aussi leur avenir derrière eux, mais ceci est une autre histoire…

Aujourd'hui, toute œuvre de science-fiction digne de ce nom intègre l'héritage culturel du passé. Parce que la tendance est à la nostalgie et au sampling démagogique, bien sûr, mais surtout parce que plus personne n'oserait imaginer un homme du futur flottant dans une bulle d'atemporalité. Au contraire, le regard, peut-être biaisé, que l'avenir portera sur les œuvres du passé participe activement du dépaysement science-fictif.

A ce titre, l'excellent Children of Men d'Alfonso Cuaron s'avère très intéressant. Parce qu'il replace avec une touche d'ironie l'art d'aujourd'hui dans un contexte futuriste. Et parce que ses références culturelles visent un destinataire précis, le baby boomer.

Celui-ci sera aux anges lorsqu'il découvre qu'un collectionneur de 2027 a parmi ses pièces un fleuron de la culture pop: l'usine qui fait la pochette d'Animals (Pink Floyd, 1977), y compris son cochon baudruche flottant entre les cheminées. La bande-son le ravit aussi, puisqu'on y entend entre autre Ruby Tuesday des Rolling Stones et, inopiné, grandiose, tout empanaché de mellotron et de flûte, le flamboyant In the Court of the Crimson King, de King Crimson, la chanson fondatrice du prog rock.

A tout seigneur, tout honneur, au générique de fin, c'est John Lennon qui chante Bring on the Lucie (Freeda People), et c'est comme une note d'espoir à la fin d'un film où règne le no future: Freda People… Free the people… Libérez le peuple…

Dans le rôle d'un vieux marginal fumeur de pétards, Michael Caine s'est fait la tête que Lennon aurait pu avoir s'il n'était pas mort à 40 ans: lunettes rondes, longs cheveux gris, humour britiche grinçant... Lennon aurait eu 66 ans en 2006 (et 87 en 2027); Michael Caine en a 73 aujourd'hui (et il en aura 94 en 2027). Ces nœuds dans la pelote des âges marque la limite des projections futuristes d'Alfonso Cuaron (né en 1961): King Crimson, John Lennon et les Stones parlent à ceux qui auront entre 60 et 80 ans en 2027, à savoir le public cible d'un film adulte. Les autres se soucieront des oripeaux des glorieuses sixties comme ils se soucient aujourd'hui se soucient de La vie en rose d'Edith Piaf par exemple.

Nous nous interrogerons prochainement sur la compatibilité du western et de la science-fiction.

Pas si petit que ça

Le fidèle Julien a raison. Avant même qu'il n'émette son commentaire, le doute, puis le remords m'ont taraudé. Surtout lorsque par hasard, mes yeux se sont posés sur Abzalon et Orchéron, de Piere Bordage, qui traite , et avec quelle puissance visionnaire! quelle fureur stylistique! du thème de l'arche stellaire. Et il est vrai que dans le registre dickien, Jean-Philippe est réussi.

Bon, je regrette d'avoir dit que la France est un petit pays. Je nuance: la France est un pays plus petit que l'Amérique qui recèle néanmoins quelques belles profondeurs insoupçonnées.

Mais Ne le dis à personne et Le Papillon des Etoiles restent de très petites choses...