Soleure dernière
La télévision n'a pas jugé bon retransmettre la cérémonie de Remise du Prix du Cinéma suisse. Dans Le Temps, Yves Ménestrier, directeur des programmes de la TSR, justifie ce choix en avançant l'argument suivant: les acteurs suisses ne sont pas assez "glamour".
Au-delà du flou sémantique entourant le mot "glamour" ("sort, enchantement" en anglais…), le raisonnement semble un rien spécieux. Si, décidant que la branche cinématographique suisse n'est pas "glamour" la télévision s'abstient le la montrer, il y a peu de chance qu'elle sorte jamais de l'ombre. Car, comme dit le proverbe, "c'est quand on le fourbit que le glamour luit" (NB: "fourbit", du verbe "fourbir", sans rapport avec Fourbi, film d'Alain Tanner avec Karin Viard). Autrement dit, on renoue avec la vieille problématique de la poule et de l'œuf: la télévision s'intéressera-t-elle au cinéma suisse lorsqu'il sera glamour ou le cinéma suisse sera-t-il glamour lorsque la télévision s'intéressera à lui?
Si la soirée soleuroise de mercredi n'a pas été véritablement enchanteresse – mais les Césars français l'ont-ils jamais été? – elle mérite mieux que le dédain du service public. D'autant plus que la liste des nominés de la 32 e Nuit des Césars (24 février) vient d'être publiée. Aïe aïe aïe…
Grand favori: Indigènes, de Rachid Bouchareb, piteux film de guerre, médiocre comme toute œuvre de propagande dont le seul et unique mérite est d'avoir rappelé au gouvernement français le mépris dans lequel il a tenu les combattants issus des colonies. Derrière on trouve Je vais bien ne t'en fais pas, de Philippe Lioret (pas vu), le pataud Lady Chatterley de Pascale Ferran, Ne le dis à personne, palpitant thriller de Harlan Coben laborieusement transposé en France par Guillaume Canet et encore le très surestimé Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli.
Les meilleures actrices sont Catherine Frot (La tourneuse de pages), Charlotte Gainsbourg (Prête-moi ta main), Marina Hands (Lady Chatterley), et puis la magnifique Cécile de France (Fauteuils d'orchestre et Quand j'étais chanteur) qui mérite hic et nunc toutes les récompenses de la terre.
Du côté des garçons, c'est pire: Michel Blanc, pégouse bougon dans Je vous trouve très beau, l'inconsistant François Cluzet dans Ne le dis à personne, deux rigolos issus de la télé, Alain Chabat (Prête-moi ta main) et Jean Dujardin (OSS 117), et l'Inévitable, l'Enorme, Sa Bouffissure Suprême, Gérard Depardieu (Quand j'étais chanteur)…
C'est pas pour dire, c'est pas par nationalisme, mais Jean-Luc Bideau a plus de classe que le gros Gégé, et Natacha Koutchoumov autant de verve et de malice que Cécile de France. Quant aux films suisses, c'est sans comparaison… Vitus plane à mille coudées au-dessus des cinq films français nominés et les quatre autres – Das Fräulein, Grounding, Mon Frère se marie, Comme des voleurs – leur sont aussi infiniment supérieurs.
Et le 24 février, on se retrouvera comme des veaux devant le petit écran, rageant et pestant pour la 32 e fois contre la médiocrité du spectacle proposé…








