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Ne dis à personne que Lady Chatterley…

La bonne nouvelle, c'est que Lady Chatterley sort grand vainqueur de la 32 e nuit des Césars, avec cinq récompenses – meilleure adaptation, meilleurs costumes, meilleure image, meilleure comédienne (Marina Hands), meilleur film. Or, parmi la masse des produits audiovisuels proposés, l'œuvre de Pascale Ferran est sans doute la seule à mériter l'appellation de film d'auteur. A ce titre, son sacre allume une petite flamme d’espoir dans le paysage sinistré du 7 art français.

Sinon, les nouvelles sont mauvaises. D'abord, si un film d'auteur témoigne d'un «désir de cinéma» (selon l'expression consacrée), il ne garantit pas la qualité. Le 6 décembre dernier nous bloguions céans comme on se gausse de ce Lady Chatterley impuissant à rendre le verbe de D.H. Lawrence avec ses comédiens expressifs comme des puddings – ô inconsistante Constance, ô placide Parkin – ses images de nature guère plus frémissantes que les accouplements de la belle et de la bête des bois, et surtout l'incapacité de l'esprit français à saisir l'esprit anglais (non, Southampton ne se prononce pas "sauce ametonne"… ). Au moins, Pascale Ferran, qui n'avait plus tourné depuis Petits arrangements avec les morts en 1995 est-elle allée jusqu'au bout d'un projet personnel en dépit des difficultés financières.

Et puis les nouvelles sont mauvaises, car l'autre gagnant de la soirée, c'est Ne le dis à personne. Il y a une chose formidable dans ce film, c'est le thriller de Harlan Coben dont il est tiré. Un livre palpitant, implacable. Malheureusement, adaptée par le gentil Guillaume Canet et transposée en France, cette formidable mécanique paranoïaque ressemble à une montre molle de Dali qui ressemble elle-même à un camembert bien fait.
Le jeune comédien promu réalisateur n'arrive pas à concentrer la matière très dense du roman en deux heures de spectacle. Il s'ensuit une longue course contre la montre, dont les enjeux échappent au spectateur, au cours de laquelle une flopée de stars viennent faire un caméo aussitôt oublié. Affolé par l'idée de faire un thriller à l'américaine, Canet se paie un carambolage sur le périphérique, mais n'évite pas la mièvrerie, s’avère incapable de brosser de vrais personnages et ne comprend pas que la France n'est pas assez vaste pour y faire jouer un drame américain impliquant les services secrets et des tueurs psychopathes. Choc des cultures que l'apprenti cinéaste ne maîtrise pas. Pourtant voilà Guillaume Canet césarisé meilleur cinéaste 2007! Devant Alain Resnais… Par pudeur, nous n'ajouterons pas de commentaire à ce contresens…
François Cluzet qui tient le rôle du citoyen pris dans une machination diabolique ramasse la statuette du meilleur comédien. "Canet n'a cessé de me valoriser! VALORISER! beugle-t-il comme s'il était en train de galvaniser des troupes avant le combat. Comment peut-on être aussi aveugle? Cluzet est un excellent comédien. L'année passée il le prouvait encore avec le rôle hilarant d'un pilote automobile pas trop futé dans Quatre étoiles. Cluzet est un excellent comédien, sauf dans Ne le dis à personne où, pressé par le temps, il se contente de serrer les mâchoires en débitant son texte à la mitraillette. Quant à Canet, il dit de son premier rôle: "J'ai rencontré un génie absolu!". Bon, si ces deux sont contents et si le médiocre film qu'ils ont fait ensemble a plu à deux millions de spectateurs, laissons-les à leur totale et entière satisfaction.

La 32 e Nuit des Césars a été fidèle à sa tradition: ennuyeuse. Et longue… Trois heures! Trois heures de larmes à l'œil, de banalités, d'esprit français. Même cette fine mouche de Valérie Lemercier, n'arrive pas à faire rire si longtemps.
Longiligne, fusiforme, nez pointu, humour pointu, la Lemercier n'a pas ménagé sa peine. Elle a déboulé en zoukant comme la bête. L'année dernière elle avait salué l'assemblée d'un mémorable "Bonsoir mes petits chatons! Bonsoir M. le Ministre! Quelle connerie la guerre Barbara!". En 2007, elle a ouvert la soirée d'un cordial "Bonsoir les DOM-TOM! Bonsoir la métropole! Bonsoir M. le Ministre! Bonsoir Jef – t'es pas tout seul!". Chabat se marre de bon cœur, Almodovar ouvre des yeux ronds.
La grande demoiselle brune énumère le objets trouvés de 2006 (les bons restau de Nathalie Baye, le slim fast vanille de Romain Duris, le poster Greystoke de Sophie Marceau)… Elle fait une scène de ménage à Michel Denisot, producteur de la soirée, sur le thème "T'as foutu le bordel dans ma salle de bain". L'animateur le plus bête de Canal + a du mal à percuter le second degré. A voir son regard et son sourire vides, on a l'impression qu'il se dit "Ce n'est pas moi qui ai mis des miettes de mimolette sur le tapis de Valérie… Mais alors c'est qui?".
Avec Thierry Lhermitte, "un homme bien dans son temps bien dans son slip", la Lemercier propose des pastiches du Mépris, de Basic Instinct, de La Gifle, de Flashdance, puis mène le ballet rabbinique endiablé concluant l'hommage à Gérard Oury – l’auteur de Rabbi Jacob, pour ceux qui n’auraient pas saisi... Cette synagogue en goguette met des larmes aux yeux de la fille (Danièle Thompson) et aux beaux yeux tu sais de la compagne (Michèle Morgan) du grand cinéaste disparu. C'est la séquence émotion, soulignée pas une standing ovation au cours de laquelle tous les professionnels rivalisent d'inventivité pour exprimer la ferveur et la compassion.

A force de se démener, Valérie Lemercier finit par décrocher le césar du meilleur second rôle féminin pour Fauteuils d'orchestre, comédie bourgeoise de Danièle Thompson justement, car tout est dans tout. Chouette moment d'inceste, quand l'académie des césars récompense la maîtresse de cérémonie des césars.
A propos d'émotion et de mise en abyme, la soirée à commencé par un hommage à Philippe Noiret. Le montage d’extraits de films se conclut sur une réplique tirée de Grosse Fatigue, de Michel Blanc: "Vous ne trouvez pas que ça ressemble à la soirée des Césars?". A propos de Michel Blanc, il vient lire le texte d'Isabelle Mergault, immobilisée par une dent de sagesse qui lui donne la tronche d'Elephant Woman. La fofolle ébouriffée avec un feveu fur la langue gagne le Févar du premier film pour Je vous trouve très beau. Logique: c'est de la bonne comédie pour prime time.

"A trois on s'embrasse tous!", enjoint Valérie Lemercier en début de soirée. Smuc! Smuc! La bibise collective! Ah la belle famille unie! Et, contrairement à 2006, ces salauds d'intermittents n'ont pas réussi à mettre le souk dans cette fête de l'autocongratulation
Pascal Ferran s'est courageusement fait le porte-parole des laissés-pour-compte de l'industrie du spectacle. Elle a lu un long texte didactique rappelant comment le MEDEF s'ingénie à transformer un système mutualisé en système capitalisé, trahissant ainsi l'héritage des plus grands cinéastes français. Elle conclu son appel sur cette phrase d'une justesse terrible: "Ne désespérons pas, il reste 55 jours aux candidats à l'élection présidentielle pour prononcer le mot "culture""…
Quelques minutes plus tard, cette dinde de Juliette Binoche venue annoncer Jude Law, a cru malin de mettre son grain de sel, alors que personne ne lui demandait rien. Elle a dit: "Je trouve que l'intervention de la dame n'était pas si mauvaise que ça"… Pauvre tarte! Ce commentaire ne trahit que le mépris de celles (ceux) qui font la une des magazines sur papier glacé à l'encontre de celles (ceux) qui font du cinéma. Entre eux, les pipoles s'appellent par leur prénom et s'embrassent. Mais Pascale Ferran avec ses cheveux gris et ses lunettes d'institutrice n'est pas de leur monde. Elle n'est pas assez glamour. Elle est "la dame". Comme on dit dame pipi…
Dieux des arts et des lettres, donnez-nous la force d’aimer encore ces minables avec leurs statuettes compressées et leurs ego en expansion, donnez-nous la force d’aller encore voir leurs comédies pour prime time, parce que là, franchement, It’s getting dark, too dark to see…

Une soirée avec Murer

Murer_ad Avant-première de Vitus en Suisse romande, aux Scala de Genève. En présence du réalisateur.

A la fin de la projection, la première question n'en est pas une. C'est un cri du cœur que pousse une spectatrice du fond: "Merci". Elle résume bien le sentiment général: Vitus est un film qui transporte, un film qui rend heureux.

Fredi M. Murer ressemble à son film. Il est généreux, passionné, drôle, chaleureux. Il nous rappelle que les grands artistes ont une dimension supérieure – un supplément d'âme. Flanqué d'un interprète qui traduit comme d'autres chantent le funk, le cinéaste a commencé par mettre les choses au point en précisant "il ne s'agit pas de mon film, mais de votre film".

Et puis il a parlé de Teo Gheorgiu, le jeune pianiste génial qui tient le rôle de Vitus, le "cadeau du ciel" sans lequel le film n'aurait pas pu exister. Il a parlé de sa propre enfance, la période la plus lucide, la plus aventureuse, la plus dangereuse, la plus universelle de sa vie. L'enfance, c'est la période d'où tout découle: dyslexique, malheureux à l'école, le jeune Fredi s'évadait dès qu'il en sortait, pour inventer des histoires et des jeux extraordinaires. Puisque le film met en scène les exploits d'un raider juvénile à la Bourse on line, il a parlé d'économie: qu'on s'intéresse à la météo, soit, mais que les Suisses subissent quatre fois par jour les bulletins de santé de la Bourse à la radio et s'en inquiètent, laisse songeur l'humaniste contestataire. Il a encore évoqué le navigateur Vitus Behring, qui a donné son nom à un détroit et son prénom à un film. Vitus, c'est la vie, l'énergie, l'aventure, explique le cinéaste, qui s'était toujours promis d'appeler ainsi son fils… Mais il a eu deux filles. Alors il s'est inventé un petit-fils.

Fredi M. Murer dit encore qu'un cinéaste c'est un peu comme un magicien. Sur ce, il sort de sa poche un radis rouge comme un nez de clown et, hop! l'escamote… Ses yeux brillent, les nôtres aussi. Nous sommes soudain tous ses petits-enfants et Vitus est notre frère. Nous avons de la chance.

Clint Eastwood: retour à Iwo Jima

Clint_iwo_jima_c "Dans la plupart des films de guerre que j'ai vus au cours de ma jeunesse, il y avait les bons d'un côté, les méchants de l'autre. La vie n'est pas aussi simple, et la guerre non plus", laisse tomber Clint Eastwood (avec Ken Watanabe, qui tient le rôle du général Tadamichi Kuribayashi). Qui, à 77 ans, non content de pourfendre le manichéisme, accomplit un exploit unique: un film de guerre adoptant le point de vue des deux belligérants. Accessoirement, il est aussi le premier cinéaste américain à tourner un long métrage en japonais…

Après Mémoires de nos Pères, sorti l'automne dernier, voici Lettres d'Iwo Jima (www.lettresdiwojima-lefilm.com ). Après la guerre vue par les soldats américains prenant pied sur l'îlot, la guerre vue par les soldats japonais défendant jusqu'à la mort le caillou aride, la terre la plus australe de l'archipel.

Il ne s'agit pas exactement d'un contrechamp, puisque perspectives et voix narratives diffèrent. Dans le premier volet, Clint Eastwood mène une réflexion désabusée sur la notion d'héroïsme en suivant John Bradley, Rene Gagnon et Ira Hayes, soit trois des six soldats qui ont érigé la bannière étoilée au sommet de l'île, devant l'objectif de Joe Rosenthal. Outil de propagande, ce cliché est devenu une des images les plus célèbres de la planète. Dans Lettres…, contrechamp significatif, le drapeau emblématique apparaît une seule fois: pour les Japonais se repliant dans le nord de l'île, c'est un minuscule confetti planté sur le Mont Suribachi. Sinon, on ne verra pas les soldats de l'empereur rentrer chez eux. Sur 22000 hommes engagés, seuls 1083 ont survécu pour retourner dans un pays dévasté. Dans ce second volet, il n'est plus temps de s'interroger sur la posture de l'héroïsme et sur la travail de propagande, ni de retracer une difficile réintégration: il s'agit juste de ressusciter les morts à partir d'une sacoche pleine de lettres que l'on retrouve enfouie au fond d'une grotte d'Iwo Jima et de rappeler, que fils de l'Oncle Sam ou fils du Mikado, tous les soldats sont les mêmes victimes de la folie, que tous les jeunes gens tombés au champ d'horreur laissent des mères, et des femmes, et des enfants en pleurs.

Film grave, digne, tourné dans ces couleurs désaturées qui étaient déjà la marque d'Il faut sauver le soldat Ryan, de Spielberg (par ailleurs producteur), Lettres d'Iwo Jima force l'admiration et suscite la réflexion. On est toutefois libre de préférer d'autres oeuvres de Clint Eastwood. Cow-boy solitaire, anarchiste pessimiste, le réalisateur est plus convaincant dans la représentation de destins individuels (Unforgiven, Mystic River, Million Dollar Baby…) que dans le drame collectif.

La mort en ce jardin

La mort s'en vient, à tout petits pas, elle nous fait un bout de chemin. Certains cinéastes la filment parfois, juste avant de partir avec elle.

Robertaltmanslastradioshowwallpaper1800 Dans The Last Show (www.aprairiehomecompanionmovie.com), de Robert Altman, l'ange a les traits avenants d'une belle jeune femme blonde. Elle est morte un soir, au volant de sa voiture. Elle écoutait A Prairie Home Companion à la radio; un gag l'a fait rire si fort qu'elle a perdu le contrôle de son véhicule. Depuis, elle hante les coulisses de l'émission de radio. Elle vient chercher un vieux chanteur de country à moustache blanche. Elle les attend tous, ces cow-boys, ces amuseurs, ces bruiteurs, ces badernes, ces chanteuses en vestes à franges, ces compagnons radiophoniques rattrapés par l'âge, par l'avancée du monde moderne…

Robertaltmanslastradioshowwallpaper4800 C'est la dernière émission, ces voix d'un autre temps vont se taire. L'épilogue du film est empreint d'une profonde mélancolie: l'animateur vedette, les cow-boys salaces, les country girls sont réunis dans le diner's d'en face. L'ange passe; le diner's est vide à présent. Et c'est sur ce vide que Robert Altman s'est absenté.

Il est  impossible de voir The Last Show sans y relever des signes prémonitoires. C'est sa propre disparition que le dinosaure du 7e art met en scène. A travers la fin inéluctable d'une émission radiophonique et de voix familières, Robert Altman anticipe un dénouement personnel qu'il sait proche.

Il a été pilote de bombardier pendant la guerre, il a été un pionnier de la télévision et un des plus redoutables satiristes de l'Amérique. Il a tourné en dérision le western (Buffalo Bill & les Indiens), la country music (Nashville), la sainte institution du mariage (Un Mariage), Hollywood (The Player), la mode (Prêt-à-porter). Et puis, le vieux polisson à l'œil vif, a regardé le soir descendre et le silence venir.

Gens_de_dublin Le vieil homme et la mort est un thème qui hante d'autres films. Qu'on se souvienne des Gens de Dublin (1987), l'ultime long métrage de John  Huston (1906-1987). La vie du cinéaste américain s'est apparentée à un gigantesque western métaphysique. Il a été boxeur professionnel, cavalier émérite, il a combattu aux côtés de Pancho Villa, il a bourlingué, blasphémé et couru la gueuse, il s'est bagarré et pochetronné. Il tirait vanité de n'avoir joué au football, ce sport de lavettes, qu'une seule fois dans sa vie: c'était à Noël, dans son salon; plein comme un coing, il avait shooté dans une orange avec son vieux copain Humphrey Bogart.

Son cinéma était juteux comme un steak de bison, fort comme une rasade de whisky de contrebande. Il brûlait de la fièvre de l'or (Le trésor de la sierra Madre, L'Homme qui voulut être roi), il se grisait de quête prométhéenne (Moby Dick). La virilité de ses héros (ah Bogart dans La Faucon maltais ou dans African Queen) ne le cédait qu'à la volupté du naufrage: fatalité, déchéance, ivrognerie céleste (Au-dessous du volcan)…

Juste avant de fumer un dernier havane sur son lit de mort (sic), Huston le titan a adapté Les Morts, la dernière des nouvelles de James Joyce réunies dans Les Gens de Dublin. Le blasphémateur hardi, buveur impénitent, bagarreur sans peur s'offrait une dernière promenade avec l'amour et la mort. Il mettait en scène une méditation douce-amère sur la vie, la mort, le vieillissement. Plus de grands espaces brûlants, mais un huis clos hivernal, une salle à manger, une chambre d'hôtel. Plus de bourrepifs et de cavalcades, mais une chanson qui ravive un deuil ancien et révèle les gouffres séparant les êtres qui se croient proches. Et, au générique de fin, en off, les mots de Joyce, avec la neige qui tombe en chaque point du cimetière. "(…) elle s'amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement, tandis qu'il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l'univers, et, telle la descente de leur fin dernière, tomber, évanescente, sur tous les vivants et les morts". Repose en paix, John Huston, titan abattu…

Kyoko_kagawa1 Et Akira Kurosawa (1910-1998), était-il conscient de l'approche de la mort? Lui qui a mis en scène tant de samouraïs, tant de combats épiques (Les 7 samouraïs, Le Château de l'Araignée, Yojimbo, Ran, Kagemusha…) a consacré son dernier film, Madadayo (1993), à une réunion d'anciens élèves autour de leur ancien professeur. Au cours de cette soirée se passée en libations et prestations diverses, les étudiants demandent au maître "Pas maintenant?'" pour l'entendre répondre: "Non, pas maintenant!" ("Madada yo!" en vo). C'est l'heure du dernier soupir qu'ils évoquent et ce rituel de conjuration prend une résonance personnelle dans ce film testament.

Voce_della_luna Et Fellini, cet immense bavard, ce jouisseur gourmand qui dédie La Voce della Luna à "la gloire du silence" se sntait-il comme son Casanova, dansant sur les canaux gelés d'une Venise pétrifiée par l'hiver de la vie? 

Sans doute, au soir de leur existence, ces grands cinéastes ont-ils pressenti l'avènement proche des ténèbres, Mais il faut se méfier des clichés, car tous les oiseaux ne se cachent pas pour mourir, et des analyses rétrospectives. Robert Altman aurait dû commencer ces jours le tournage d'un nouveau film. Et d'autres rient jusqu'à leur dernier souffle. Par exemple, un an avant de mourir en 1983, Louis de Funès faisait Le Gendarme et les Gendarmettes, un dernier film rigoureusement dépourvu de la moindre ombre prémonitoire.

Gendarmette

David Lynch cause un lapin

Inland_empire_02_1 Juste comme ça, un dernier quiz en passant: qui tient le rôle de l'un de ces trois lapins, héros d'une sit com terrifiante dénichée par David Lynch dans les sous-sols les plus ombreux de l'inconscient?

Naomi Watts… Oui, la jolie blonde de Mulholland Drive, comédienne exceptionnelle qui ne manque pas d'humour.

Fait-elle la voix du rongeur qui demande "Quelle heure est-il?", provoquant un rugissement de rires préenregistrés. Et il y a de quoi rire…

Quelle heure est-il? Y a-t-il question plus dérisoire dont la réponse est plus vaine, plus tragique? Quelle heure est-il? Il est toujours plus tard que tu ne penses, chaque heure blesse, la dernière tue… Quelle heure est-il? L'heure de passer à la casserole, petit lapin, l'heure de faire chauffer la moutarde… Quelle heure est-il? Déjà la dernière moins une… Ha ha ha… (grand rire douloureux de l'homme mortel)…

Lewis Carroll qui s'y connaissait en lapins était horloger à ses moments perdus. Il avait inventé la montre de papier dont les aiguilles peintes, deux fois par jour, pendant une fraction d'éternité, donnaient l'heure exacte…

Arf! Dernière

Mais oui, le chapeau conique surmonté d'une hélice, vous l'avez vu chez la chanteuse Dorothy Vallens – Deep River Appartments, 7e étage, appt D 710 - Lincoln Street – Lumberton (North Carolina). Il appartient à son fils, Donny, qui a été enlevé par Frank Booth.

Dans Blue Velvet, le cône est en fait noir et orné de croches blanches.

C'est Isabella Rossellini qui tient le rôle de Dorothy Vallens.

Merci aux milliers de participants, et plus particulièrement à Massouma qui aime tant les roses bleues, au Springou qui est un homme de goût, à David pour son inspiration, ses encouragements et ses conseils, et naturellement à Julien pour l'excellence de ses interventions.

Inland_empire_03 On retrouve David Lynch dès mercredi dans les salles obscures avec INLAND EMPIRE.

Et on se retrouve très bientôt sur ce blog  avec la Mort en personne!

Arf arf bye bye

Dog_bye_bye

Bon, les meilleures choses ont une fin, les strips les plus courts sont les meilleurs, il arrive toujours un moment où les enfants vont au lit et les chiens retournent à la niche.

Dans trois jours INLAND EMPIRE sort sur les écrans suisses et on aura plus besoin de tromper l'attente avec des histoires mettant la colère dans l'écuelle des chiens. Exit donc le clébard le plus en colère du monde. Mais son souvenir ne s'efface pas, et le gazon miteux de son backyard porte encore l'empreinte de sa fureur et son grondement résonne encore quand la nuit descend sur Missoula (Montana).

Une dernière question pour la route, peut-être: ami lecteur, où as-tu déjà vu le chapeau du gosse?

Réponse au concours d'hier

C'est Rosie Straight, de Laurens (Iowa) qui a construit la cabane à oiseaux et l'a peinte en bleu. Elle est a fille "un peu lente" d'Alvin Straight, le vieil homme qui part retrouver son frère Lyle, juché sur une tondeuse à gazon dans The Straight Story, le plus lent et le plus beau des road movies.

And the winner is...

On arrive à la saison des Césoscars, Voici revenus ces grands moments d’émotion au cours desquels la Meryl Streep pousse son cri plaintif (Fine… Fine…), les réalisateurs remercient l’équipe sans qui rien n’eût été possible, les comédiens congratulent le réalisateur qui «comprend les acteurs»…
Cette année, la récompense du meilleur commentateur de blog va à… Julien!
Et oui, vous, blogophiles flamboyants, cinéphiles insatiables, lecteurs transis de L’Hebdo, oisifs magnifiques qui hantez la blogosphère, oui vous les millions de fans qui vous pressez dans Le Coin de l’Ecran, lisez ce que Julien a répondu à la question du jour et tremblez:

«C'est très simple.
La cabane à oiseau est la porte entre le monde réel (celui du chien) et un monde rêvé par le chien (notre monde). L'obscurité qu'on aperçoit dans le trou rond qui sert à accéder à l'intérieur de la cabane à oiseau représente le voile du sommeil, à travers lequel il faut passer pour accéder au rêve.
L'ironie est que toute communication entre les deux mondes est en réalité impossible: le chien est attaché, trop petit pour sauter jusqu'à la cabane à oiseau, il ne grimpe pas aux arbres, et son état d'excitation perpétuelle lui ferme à jamais les portes du rêve.
D'autres éléments servent de mise en garde pour tous ceux qui seraient tentés d'emprunter le chemin de la cabane pour rejoindre le monde du chien en colère. L'os, tout d'abord, qui symbolise la mort: le sort qui attend les voyageurs oniriques imprudents. Le canard, visiblement trop grand pour passer à travers le trou, qui démontre que pour se transfigurer, il est indispensable d'abandonner toutes ses possessions matérielles derrière soi. L'écuelle enfin, désespérément vide et en forme d'auréole, vient compléter ce triptyque et symboliser l'ataraxie.
Par leurs références à Carl Barks, les habitants de la villa nous font penser à l'Oncle Picsou, dont le sou fétiche est jalousement gardé dans un bâtiment en forme de coffre, dont seul le propriétaire (Picsou) possède la clé.
Or, qui est propriétaire du monde réel (le monde du chien), si ce n'est celui qui l'a créé? Il en découle donc que la personne qui a créé cette cabane à oiseau est Antoine Duplan, et son adresse est antoine.duplan@hebdo.ch
D'autres interprétations sont possibles.»

Ça vous laisse cois, hein, bande de nummulites! C’est pas de l’herméneutique surchoix, de la glose first quality ça? Julien décrypte les symboles comme un vieux magicien babylonien. Il est cultivé. Il parle anglais. Il sait que Carl Barks et le dessinateur de Donald, le créateur de Picsou, de Géo Trouvetou, de Fifi, Riri et Loulou… Un des maîtres à penser de Zep!
Julien gagne un magnifique objet d’art… Enfin un objet d’art… Un objet quoi… Qu’il reste à déterminer.
En fait, Julien se place hors catégorie. L’excellence de sa réponse laisse le jury sans voix. Oui, Antoine Duplan est d’une certaine façon le créateur de la cabane à oiseaux Et pourtant, il n’est peut-être qu’un songe du chien rêvé par David Lynch. Or, dans le Lynchland, une femme a construit et peint la maisonnette. Cette réponse sera donnée demain matin…
On attend que David Lynch intervienne.

Arf arf quack quack

Dog_barks

Arf! Arf! Quack quack! (sous-titre: Ouah ! Ouah! Coin-coin!)

Quel vacarme! Vos gueules les bestiaux! On ne s'entend plus réfléchir! Et on a justement besoin de se concentrer sérieusement sur le strip du jour, car les choses se compliquent.

Le gag, d'abord. Rigoureusement intraduisible, il pose l'hypothèse (recevable) que le chien de Lynch s'appelle Carl, puis joue sur la polysémie pour produire cette délectable polyphonie de cris d'animaux. Accessoirement, il demande un peu de culture générale. En cas de gros blocage, on peut aller se détendre sur le site tout nouveau tout beau de Zep et peut-être y trouver la solution (http://www.zeporama.com)

Les lecteurs les plus attentifs observeront que Carl a un nouveau jouet. Ce canard en plastique jaune qui permet au chien de passer sa colère et de se faire les dents rappelle aussi ce principe que David Lynch pose en clé de toute création artistique: il faut chercher "l'œil du canard", soit le "joyau" brillant qui donne son sens à un tout dissymétrique.

Mais l'intérêt réside ailleurs, à deux mètres du sol. L'épreuve du jour est simple: nom et adresse de la personne qui a construit cette cabane à oiseaux…

Réponse au concours de hier

L'objet qui détonne est la rose bleue sur la fenêtre.

Mais je n'ai pas le droit de dire ce qu'elle signifie…

Arf! The dog rose to fame

Dog_rose

Hé dites? La Môme se dit The Rose en anglais?

Un peu de sérieux, voyons. Concentrons-nous sur l'histoire immobile du jour et cherchons l'élément inhabituel qui introduit une note étrange dans la quiétude de ce strip supercanin.

Réponse au concours de hier

Le motif intrigant du strip précédent, c'est naturellement la figure du clown dans la première case. Drôle de couleur? Il s'agit du "clown couleur caramel qu'ils appellent le marchand de sable" ("A candy-coloured clown they call the sandman") que chante Roy Orbison dans In Deams, la chanson fétiche de Frank Booth (Dennis Hopper), le psychopathe hyperventilé de Blue Velvet.

Personne n'ayant donné de réponse, on garde les caramels mous et on se les bâfre en lisant une page bien sablonneuse de Dune...