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"Little Children": avertissement vain

Littlechildren "Afin de préserver le plaisir de ceux qui découvriront ce film, je vous serais infiniment reconnaissant de ne pas en dévoiler la fin. Par avance, je vous remercie de votre compréhension" demande Todd Field en exergue du dossier de presse de Little Children.

On la connaît cette vieille dialectique un peu vaine et dont il est permis de rire et de passer outre. Parce que, bien sûr, pour faire simple, on ne va pas donner le nom de l'assassin, ni révéler les prodigieux twist scénaristiques que M. Night Shyamalan imprime à ses œuvres (Sixième Sens, Le Village…). Ces indiscrétions gâcheraient effectivement le plaisir du spectateur innocent.

Mais, premier point, ces avertissements ont-ils une date de péremption? A quel moment le suspense tombe dans le domaine public? Quand sort Troy (2003), le critique a-t-il le droit de dire qu'Achille sort vainqueur du duel qui l'oppose à Hector? Il n'a pas besoin de le dire, tout le monde la sait depuis 2800 ans. Qui a frappé dans Le Mystère de la Chambre jaune? On connaissait la réponse bien avant que Bruno Podalydès adapte de façon inspirée le roman de Gaston Leroux...

A-t-il le droit de dire qu'à la fin du Seigneur des Anneaux, Frodo échoue dans sa quête: à la dernière minute, vaincu par l'anneau, le hobbit n'arrive à le détruire et le garde pour lui. L'intervention in fine de Gollum sauve le monde. Les lecteurs de Tolkien connaissent cette amère conclusion depuis 1954; les spectateurs de 2003 qui n'ont pas lu le livre sont des paresseux ou des analphabètes; ils ne doivent en aucun cas empêcher la critique de faire son boulot en comparant la litote de l'écrivain britannique et la boursouflure du réalisateur néo-zélandais au détriment du second.

Parce qu'enfin, l'ensemble d'une œuvre détermine sa conclusion. Occulter la morale finale, c'est abdiquer. Par ailleurs, révéler la chute d'une histoire ne prévient pas du plaisir qu'on peut tirer à apprécier son déroulement, à sa structure. Et porter un jugement sur la fin d'un récit est un exercice ambigu. Les Chansons d'amour, de Christophe Honoré, se terminent-elles bien? Oui, car le héros guérit du deuil et retrouve l'amour (critique gay). Non, car le garçon qui avait deux filles dans son lit au début n'a plus qu'un garçon à la fin (critique hétéro).

Second point: parfois, la mise en garde s'avère particulièrement grotesque. Exemple: dans Robin des Bois, Prince des Voleurs, tarterie de Kevin Reynolds avec Kevin Costner, prière de ne pas dévoiler le nom du comédien qui vient faire un rapide coucou sur la fin dans le rôle du roi Richard Cœur de Lion (une minute à l'écran). Il n'y avait aucune surprise possible: le seul acteur britannique suffisamment mûr et viril et bankable pour incarner le roi, c'était bien sûr Sean Connery. C'est son absence qu'il aurait fallu taire…

Pour en revenir à Little Children, ce Desperate Housewives sans l'humour, ce mille-feuilles sans crème … Quelle fin faut-il ne pas dévoiler? On a beau chercher, on ne voit pas. Il ne s'agit pas d'un film à suspense, pas d'une enquête policière, il n'y a pas de coup de théâtre renversant, ni de visite surprise (genre Paul Newman en directeur de la garderie…). Quel secret faut-il donc taire? Que la morale triomphe? Qu'il faut mettre un casque pour faire de la planche à roulettes? Que le salaud révèle sa fibre humaine? Ou tout simplement qu'il n'y a rien à dévoiler sauf que l'avertissement initial est juste un teaser rusé…

Sachez que Little Children se finit plutôt bien ou plutôt mal, selon qu'on est un zélateur de la cellule familiale ou un adepte de l'amour fou, et allez voir un film qui en vaut la peine.

Cannes, festival français

Certes, nonobstant la sentence de Dylan selon laquelle "Le patriotisme est le dernier refuge des crapules" ("Patriotism is the last refuge To which a scoundrel clings", Sweetheart Like You), l'une veut accrocher des drapeaux tricolores à chaque fenêtre, l'autre tirer des fusées depuis le pâturage fondateur.
Ces cocoricos, ces "sur nos monts" tombent à plat dans la bouillie globalisante. Le cinéma n'est plus l'expression d'un génie national mais le produit de synergies internationales pour le meilleur (ouverture, échanges de savoir-faire…) et le pire (dilution linguistique, affadissement scénaristiques…). Le festival de Cannes a d'ailleurs renoncé à renseigner sur la nationalité des films qu'il présente, généralement issus de co-productions. Mais les mauvaises habitudes sont difficiles à perdre. Particulièrement du côté de la France – car le festival a lieu sur territoire français, ce qui habilite les médias à se croire les maîtres du monde et, toute vergogne bue, à chanter la geste de la cinématographie nationale.
Les Chansons d'Amour, de Christophe Honoré, a suscité un enthousiasme aussi délirant qu'excessif. Simili comédie musicale, ce Jules et Jim revisité par l'esprit de Jacques Demy nous renvoie aux heures joyeuses de la Nouvelle Vague, il y a plus de quarante ans, avec une touche moderne de Gazon maudit. Un charmant jeune Parisien vit avec deux charmantes filles. La blonde meurt brusquement. Resté seul avec la brune et son chagrin, il finit par se consoler entre les bras d'un lycéen. Le tout agrémenté de chansonnettes sub-gainsbouriennes, quelque part entre la pop de Daho et l'intimisme gnangnan de Delerm.
Catherine Breillat a bâti sa carrière sur le scandale et acquis la notoriété en filmant le pénis de Rocco Siffredi, bravo. Aujourd'hui, elle se tourne vers la littérature et adapte Une Vieille Maîtresse, de Barbey d'Aurevilly. Un jeune libertin rompt une brune torride pour épouser un tendron blond de noble ascendance, puis retombe dans le péché. Le romantisme de 1835 accuse un coup de vieux. D'autant plus que la Breillat s'avère incapable de diriger ses piètres acteurs (l'hystérie d'Asia Argento qui a passé son temps à Cannes à jouer les aguicheuses, tortillant son cul, léchant ses lèvres dès qu'une caméra s'approchait, ne relève pas de l'art dramatique mais de la névrose) et que les quatre scènes de copulation, l'image de marque de la réalisatrice, dégagent un profond ennui.
Cette Vieille Chose semble avoir été fait pour attiser la connivence de la critique parisienne - Les Cahiers du Cinéma se défoncent : "Pourtant ce réalisme se voit régulièrement affecté d'un coefficient d'irréalité onirique…" Lors de la projection cannoise, les spectateurs étrangers ont forcément ricané, ce qui a soulevé l'ire de quelques critiques parisiens ayant fait allégeance à la cinéaste de l'érotisme décomplexé.
Mais voilà. Du revivalisme nouvelle-vague chanté, du romantisme exacerbé, le jury international s'en fout. Pour eux, Paris n'est pas le centre du monde et Alain Delon un has-been fripé. Aux tribulations sentimentales des René de hier et d'aujourd'hui, les jurés préfèrent le réalisme roumain et attribuent la Palme d'or 2007 à 4 mois, 3 semaines et deux jours, de Christian Mungiu.
Et quand ils distinguent des produits made in France, ce ne sont pas les œuvres nombrilistes d'auteurs épris d'eux-mêmes, mais le travail éminemment pictural d'artistes venus d'ailleurs: le peintre new-yorkais Julian Schnabel reçoit le prix du jury pour Le Scaphandre et le Papillon, superbe adaptation du livre de Jean-Dominique Bauby. Et l'excellente Marjane Satrapi, dessinatrice d'origine iranienne, reçoit un Prix du jury pour Persepolis, adapté de sa bande dessinée avec Vincent Paronnaud.
Ainsi tourne la terre, sur un axe qui ne passe pas par le Boulevard Saint-Michel.

Un mot encore sur Canal +. La ci-devant chaîne du cinéma fait honte au 7e art. Disposant de moyens gigantesques, d'un créneau horaire fabuleux (une heure en prime time), d'un plateau magnifique au bord de la mer, Le Grand Journal à Cannes fait de la merde. Autour d'un Michel Denisot, regard éteint et rusé de vieux renard mité, dont la fatuité le dispute à la médiocrité intellectuelle, trois présentateurs d'une sottise magistrale (bon, le troisième, à savoir le publiciste romanceur Beigbeider à vite disparu, parti cultiver sa cirrhose dans les bars adjacents) rivalisent de platitude et de servilité. Une poignée de trublions assermentés viennent sporadiquement grimacer et lancer des serpentins.
Le cinéma est le cadet de leurs soucis. Ces minables sont là pour flatter les stars. Et quelles stars! Outre leurs copains, voire leurs collègues, comiques franchouillards épuisants, acteurs qui passaient par là comme Jean Reno et n'ont rien à dire, on peut citer quelques bimbos et puis, bien sûr, Alain Delon: le trésor national se pavane sur la Croisette, ivre de lui-même, bras levés au-dessus de la tête en signe de victoire personnelle perpétuelle. Mais plus personne ne connaît sa filmographie, à part Le Clan des Siciliens qui passe quatre fois par année à la télévision. Les nanars sont tombés dans un juste oubli, les grands films (Rocco et ses frères, Monsieur Klein, Le Cercle rouge…) sont victimes de l'inculture contemporaine dont Canal 1 est un des agents actifs.
Lécher le cul des invités est le seul but du Grand Journal. La distance critique est abolie. A Asia Argento qui se tortille comme une courtisane exhibitionniste, on dit que son père est un "très très grand cinéaste italien". Mais non, les très très grands cinéastes italiens s'appellent Visconti, Rossellini, Fellini… Dario Argento n'est qu'un faiseur de séries B, fantastique gore et porno soft, réservés aux amateurs de bizarreries.
Un soir, c'était fort rigolo, la fine équipe de Canal + a montré les tatouages qu'elle s'était soit disant faire au cours de la journée. Bon pas Denisot qui l'avait fait sur un endroit précis qu'on ne peut pas montrer à l'écran… Ouarf! Ouarf! Quelle marrade (gageons que sur cet appendice caché il n'y avait pas la place pour écrire Anticonstitutionnellement, d'ailleurs l'animateur n'y tenait pas car ce n'est pas son genre…).
Mais Laurent, le grand benêt à cheveux ras qui se présente comme spécialiste du cinéma, car c'est lui qui tend le micro à Angeline Jolie pour demander si elle est contente d'être là, a baissé son froc pour montrer le tatoo ornant son coccyx. Quel esprit! Vive la France!

"Pirates des Caraïbes 3" – jusqu'au fond de la coupe

Carabes_69_2 A l'origine de Pirates des Caraïbes, il y a une attraction de Disneyworld. La Mickey Inc. voulait faire vivre sur grand écran ses mannequins articulés. A la surprise générale, en une époque (2003) où plus personne n'aurait misé un doublon sur le film de pirates, le premier opus s'est avéré une réussite, réinventant de façon mariolle les motifs du genre et mettant en scène des personnages attachants, à commencer par le capitaine Jack Sparrow, un forban à dreadlocks, regard enkhôlé et manières suaves, composé par un Johnny Depp inspiré.

Quelque 1718 millions (1 milliard 718 millions…) de dollars de recettes mondiales plus tard, que reste-t-il de la fraîcheur initiale dans le troisième (et dernier?) volet de la licence gagnante? Pas grand-chose à vrai dire. Issu d'une attraction foraine, Pirates des Caraïbes a renoué avec ses origines. C'est un Grand Huit, une expérience sensorielle éprouvante bien davantage qu'une relecture décalée de L'Île au Trésor.

Pirates des Caraïbes – Jusqu'au bout du monde dure 2 heures et 50 minutes. Cette élongation de la durée participe du syndrome de surenchère dont souffrait déjà le numéro deux. Combien d'informations un esprit humain peut-il absorber en trois heures menées toutes voiles dehors? Ou, autrement dit, combien de kilos de pop corn un estomac humain peut-il ingurgiter en trois heures?

Monsieur Plus a participé au scénario. Plus de personnages, plus d'action, plus de bagarres, plus de trahisons, plus d'incohérences. Plus de déplacements, plus de rebondissements. Plus de cris: il faut toujours hurler quatre fois "Feu!" avant que les canonniers ne s'exécutent. Plus de bruits: cliquetis d'épées + coups de canon + rugissement des combattants et râle des mourants + traits d'esprits des héros impavides + tonnerre + grondement du maelström + musique symphonique tonitruante… Quel tohu-bohu! Un quart d'heure en auto tamponneuse est moins stressant…

Ajouter à tout ça une virée en mer de Chine, une croisière sur les bords du monde, là où la mer bascule dans l'au-delà, le réveil de Calypso déesse des 7 mers… Et yo-ho, une bouteille de rhum pour oublier qu'on ne comprend plus rien à rien et que cela n'a finalement aucune sorte d'importance…

Carabes1 Le capitaine Sparrow n'apparaît qu'après une demi-heure. Mais on en a pour son argent car Johnny Depp se démultiplie. Echoué dans la quatrième dimension, il tient le rôle de tous les membres d'équipage du Black Pearl. Un festival de cabotinage, car Johnny Depp, enivré par son succès, est en roue libre depuis le deuxième chapitre. Quant aux autres personnages, plus caricaturaux les uns que les autres, ils grimacent et braillent à qui mieux mieux. On est assurément au cœur du système Bruckheimer, le producteur qui a mis le marketing au cœur de Hollywood et auquel on doit de jolis films comme Armageddon, Pearl Harbor, Top Gun, Ennemi d'Etat ou Black Hawk Down. Soit de l'action musclée au service d'une idéologie qui ne l'est pas moins.

Relevons trois curiosités dans ce manifeste pour un cinéma à rentabilité immédiate.

L'humour. Il est sempiternel. Non pas le bon gag libérateur ou la touche nonsensique qui ravit les poètes, mais le ricanement de celui qui se sent supérieur, qui n'est pas dupe. Deux clowns, Pinkel (le grand borgne demeuré) et Ragetti (le gros chauve pas futé), assurent les intermèdes comiques, en Laurel et Hardy des Frères de la Côte. Mais chaque personnage est amené à participer à la dérision générale. Parfois, la touche comique s'emballe. Deux soldats anglais chargés de surveiller le Coffre Maudit se lancent dans une divagation sur l'équipage ichtyomorphe de Davy Jones que les Monty Python, grands amateurs d'absurde poissonnier, n'auraient pas renié. Cet interlude tombe comme un cheveu sur la bouillabaisse, mais c'est sans importance, on est déjà lessivé à ce moment.

Carabes_3La mort. Les héros de Pirates ne prennent rien au sérieux. Ils ont raison, car la mort n'existe pas. Le capitaine Barbossa, tué à la fin du premier chapitre? De retour et en pleine forme grâce à un tour de vaudou. Jack Sparrow, avalé par le kraken dans le numéro 2? On le retrouve de l'autre côté du miroir, échoué sur le banc de sable de l'au-delà et on le ramène chez les vivants. Will Turner, le jeune premier tué sur la fin du 3 d'un coup d'épée en plein cœur? En pleine forme quelques minutes après: lui garde une cicatrice pectorale et sa chérie garde son cœur dans le Coffre Maudit (si j'ai bien compris). Donc en principe, Will ne peut aller à terre tirer un coup que tous les dix ans, le reste de l'année, il doit repêcher les noyés…

Directement dérivée des jeux vidéo où l'on peut acheter des vies de réserve, cette négation du néant va de pair avec la dématérialisation du réel qu'implique le recours à l'image de synthèse. L'Endeavor essuie à babord, à tribord et à bout portant un feu nourri. Les canons du Black Pearl et du Hollandais Volant font du petit bois du vaisseau amiral. Le glacial Cutler Becket affronte son destin. Il marche tranquillement dans la tourmente. Les informaticiens ont incrustés autour de lui des milliers d'échardes tourbillonnant comme une tempête de neige. Ce ballet de pixels laisse le spectateur indifférent.

Carabes_2 La psychanalyse. Orphelins de mère, chacun des trois héros est en conflit avec le père. Will Turner joue double jeu (trop compliqué à expliquer comment, d'ailleurs j'ai déjà oublié) pour libérer son papa qu'un mauvais sort attache à Davy Jones. Affranchi de la tutelle de l'homme-pieuvre, Bill le Bottier peut se débarrasser de sa gangue de goémon et de palourdes. Elisabeth Swann s'est heurtée à son gouverneur de père pour des raisons sentimentales; assassiné par l'infect Cutler Beckett, il passe devant sa fille, flottant dans la barque du dernier voyage,fantômes parmi d'autres et elle a beau crier, il s'en va au fil de l'eau laissant la gamine à ses regrets éternel.

Quant à Jack Sparrow… Tous les pirates de la mer se sont retrouvés à Shipwreck Cove, un lagon au centre duquel se dresse un gratte-ciel d'épaves. Ils doivent unir leurs forces face à l'Armada de l'amiral Norrington. Incapables de s'entendre, ils doivent consulter le président du Tribunal de la Confrérie, le gardien de la Loi des outlaws, le mythique capitaine Teague. "Gasp", fait Jack Sparrow, qui n'a pas donné que des satisfactions à son vieux papa. Entrée (attendue) du meilleur d'entre les flibustiers: Keith Richards, droit dans ses bottes.

Sacré vieux Keith! On lui a rajouté quelques cheveux et cicatrices, on lui a collé une barbe noire, mais il a pu garder ses propres bagues à tête de mort. Il est le seul personnage du film à ne pas être atteint de l'agitation caractéristique des divertissements calibrés. Il parle lentement, d'une voix grave. Il ne se sépare pas de sa femme, enfin ce qu'il en reste: une tête réduite par les Jivaros (dans la vraie vie, le guitariste des Stones prétend avoir sniffé les cendres de son paternel, ô subtilité des sépultures primitives…) Il joue pour de vrai un peu de guitare. Il dit la seule phrase du film à être empreinte d'un rien de noblesse, d'une touche d'intelligence: "Le truc n'est pas de vivre, mais de rester en accord avec soi-même".

Au commencement, Johnny Depp s'est inspiré de la dégaine du guitariste des Rolling Stones pour composer Jack Sparrow et puis il s'est perdu dans l'auto parodie. L'original fait une apparition et montre en une minute ce qui sépare la classe de l'effervescence stérile.

Sarkozy dernière

Suite au tollé soulevé céans par la question de la taille du nouveau président des Français et de son influence sur l'avenir du monde, le blogophile Pierre P. nous adresse cette "question très simple et essentielle: doit on être de gauche pour aimer la culture?"

Il poursuit en ces termes: "Ce positionnement politique manifeste de gauche est une parfaite représentation de l'atmosphère ambiant des milieux du cinéma et de la culture qui voudraient nous faire croire que la culture ne peux être réduite au statuts de marchandise, mais qui en même temps passe son temps, années après années, à mendier des subventions aux contribuables, donc aux spectateurs potentiels des oeuvres d'art ... Ce texte ci-dessus (soit les innocentes turlupinades gilliamesques liant totalitarisme et rase-bitume, ndr) est à l'image du gauchiste pitoyable des cultureux qui n'ont comme seul activité que de cracher dans la soupe. Je suis de droite, je crois au mérite et au travail et cela ne m'empêche pas d'adorer tous les films d'auteurs et d'art et d'essais au détriment du cinéma commercial".

Non, il n'est pas besoin d'être de gauche pour aimer la culture. Mais force est de constater que, sauf exceptions, la culture est plutôt l'apanage des gens de gauche - il suffit de voir la garde culutrelle de Sarkozy, à savoir Mireille Mathieu, Enrico Macias, Johnny Hallyday, Bigard & cie., pour s'en convaincre. Ce doit être une question d'hémisphères cérébraux, ou de monopole du cœur. Je m'empresse de préciser que les gens de droite font en revanche de meilleurs militaires, de meilleurs capitaines d'entreprises et de meilleurs banquiers. Il en résulte peut-être cette image caricaturale de l'"artiste de gauche", du "cultureux" comme disent avec mépris les gens de droite, occupé à mendier des subsides. Il est vrai que l'homme de droite n'a pas ce souci: il lui suffit de puiser dans la caisse, de passer un coup de fil à son ami banquier, de s'octroyer un salaire à sept chiffres, de créer quelques emplois fictifs pour rentrer dans ses fonds. L'homme de droite a toujours un ami pour lui prêter un yacht de rêve.

Voilà la réponse d'un homme de gauche, qui crois au mérite et au travail et qui ne boude pas son plaisir devant un grand divertissement hollywoodien mettant en scène quelques superhéros épris de valeurs patriotiques.

Si vous voulez rigoler la moindre du petit grand homme, filez sur le blog de Frantico http://www.zanorg.com/nicoshark/

"Jindabyne" donne à entendre la voix des morts

Laissons fourmiller les zélateurs du nouveau président des Français, laissons les s'égosiller et prenons de la hauteur. Tendons l'oreille vers d'autres voix, celles que donnent à entendre Jindabyne.

2006_jindabyne_004 Jindabyne, de Ray Lawrence (avec Gabriel Byrne) appartient à cette catégorie de films qui, sporadiquement, rendent le goût du cinéma à ceux qui ont ingurgité trop de navets.

Le réalisateur base son scénario sur So much water, so close to home, une très brève nouvelle de Raymond Carver que le regretté Robert Altman avait déjà été intégré à la trame de Short Cuts (1993), ce magistral essai polyphonique. Quatre copains partis pêcher trouvent dans la rivière le cadavre d'une femme. Cette découverte macabre ne les empêche pas de mener à terme leur week-end. Leur attitude, mélange d'indifférence, d'égoïsme, de cynisme et de goujaterie, leur attire l'opprobre général.

Ray Lawence transpose l'intrigue en Australie et lui confère une dimension supérieure. D'abord, c'est le corps d'une aborigène que les pêcheurs du dimanche découvrent. Leur beauferie s'aggrave de suspicions racistes. Cet acte méprisable mais non condamnable sert de révélateur à toutes sortes de malaises. Il cristallise les crises de couple, de culture, de civilisation. Les hommes blancs sont des étrangers sur la terre australienne dont le cinéaste montre l'immensité impressionnante. La peur sourd de partout. Des lignes à haute tension qui font entendre un bourdonnement de frelon. De la ville engloutie sous le lac artificiel d'où montent l'écho d'une cloche rouillée et des objets dérisoires, tel ce réveille-matin symbolisant le temps mécanique arrêté. Un tueur en série rôde à bord de sa camionnette jaune. Les enfants se risquent à des jeux interdits et des baignades dangereuses. Les mamans sont au bord de la crise de nerfs, les esprits hantent le bush, les aborigènes se livrent à des rituels magiques immémoriaux. Jindabyne donne à voir la réalité de l'invisible et la dérisoire petitesse de l'homme.

Le spectateur est surpris par le carton du générique de début avertissant les Aborigènes et les habitants des îles Torres que le film peut "contenir des images ou des voix de morts".

On connaissait les mises en garde selon lesquelles aucun animal n'a été blessé durant le tournage, que toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant vécu serait fortuit. On se souvient des vains efforts du Vatican pour rappeler au générique de Da Vinci Code qu'il s'agit d'une œuvre de fiction… Mais on n'avait encore jamais vu d'annonce empreinte d'animisme.

Un rien d'agacement succède à la curiosité initiale. Le politiquement correct est vraiment en marche – à l'heure qu'il est Hollywood étudie la possibilité de considérer la cigarette comme critère pour les âges d'admission, comme le sexe et la violence. Si ça continue, on pourra sauter le premier quart d'heure des films, au cours desquels il sera précisé qu'aucun sang n'a été versé, aucun enfant n'a été gavé de sucrerie, aucun cosmonaute n'a été abandonné dans l'espace, aucune cigarette n'a été fumée, qu'aucun figurant n'a été torturé pour de vrai, qu'aucun chien n'a été écrasé, qu'aucun bâtiment publique new-yorkais n'a été dynamité, qu'aucun bouc n'a été sodomisé, qu'aucun amant n'a été enfermé dans le placard, qu'aucun comédien n'a été piqué par une araignée génétiquement modifiée, qu'aucune chair humaine n'a été consommée sur le plateau, qu'aucun Noir n'a été enchaîné, qu'aucun dieu n'a été invoqué en vain, qu'aucun raton-laveur n'a été disséqué, que la crème garnissant la tarte projetée sur le visage du clown est garantie light et sans adjuvant chimique, et que bien entendu, tout ceci c'est de la fiction, de la fiction et rien que de la fiction……

Et puis, on se dit que l'avertissement de Jindabyne est aussi terriblement accrocheur. De même que le carré blanc de jadis ou le "certaines scènes sont susceptibles de choquer la sensibilité des spectateurs" attirent les gosses friands de transgression, la "voix des morts" décrète  la "suspension de l'incrédulité", comme disait Coleridge, soit l'adhésion inconditionnelle au récit, et prévient les spectateurs de toutes les cultures que ce film est plein de fantômes, et les fantômes sont la matière première du vrai cinéma.

Un nain pacte fort

DwarvesHa ha! Ça chauffe! Les nains et les gens de droite s'insurgent! Pour les premiers, je ne sais pas, mais les seconds sont réputés pour leur manque d'humour et le démontrent brillamment.

Il est vrai que le nouveau président des Français a promis l'autorité, l'ordre et le respect, mais pas l'humour. Elles risquent d'être longues les cinq prochaines années… Bah, on se marrera entre nous, entre gens de bien, entre gens de gauche, avec Terry Gilliam et tous les nains de bonne volonté.

Sarko et les six nains

Bandits Six nains en quête de rapines qui voyagent à travers les dimensions du temps et de la fantaisie. C'est, grosso modo, l'argument de Bandits Bandits (1981), de Terry Gilliam. Entre Robin des Bois et Agamemnon, les petits voleurs vont faire un tour du côté de chez un autre nabot, Napoléon – interprété tout en finesse par Ian Holm (1m68). Le petit Caporal se tape sur les cuisses en assistant à une représentation de théâtre guignol. Il n'a jamais rien vu de plus drôle que ces pantins bagarreurs. Au diable la campagne d'Italie! Qu'ils attendent les plénipotentiaires venus négocier l'armistice! Qu'ils se taisent les aides de camp flagorneurs!

Lorsque le directeur du théâtre lui propose d'autres attractions, il se fâche tout rouge. Non! Non! Il ne veut pas de pitres montés sur échasses: ce sont des monstres comme tout ce qui fait plus d'1 mètre 60, glapit-il du haut de son mètre 53. Prenant d'assaut la scène, les six nains tombent à point nommé pour rendre le sourire à Napoléon. Il les nomme séance tenante maréchaux et les invite à sa table.

Complètement cuit parmi sa cour de gnomes, Napoléon ressasse les grands hommes courts sur pattes. Alexandre le Grand: 1 m 52! bavoche-t-il. Incroyable! Cromwell: pas grand du tout! Louis XIV: 1 m 52… Charlemagne: un petit gros qui m'arrivait là, un nabot!... Attila le Hun: 1 m 52… Cyrano: 1 m 58… Tamerlan: 1 m 49… et 3 millimètres, précise-t-il avant de s'assoupir.

L'Histoire ne se répète pas. La première fois, c'est une tragédie, la seconde une farce. La mauvaise farce serait qu'un nouveau gnome vienne compléter la litanie des dictateurs, despotes, conquérants, bretteurs et autres fléaux qu'ânonne le Napoléon de Gilliam: Nicolas Sarkozy, rase-bitume notoire dont la taille réelle (1m 63 selon certaines sources, 1 m 68 pour d'autres) est classée secret d'Etat. Il triche avec des talonnettes, des truquages photo qui l'exhaussent à la hauteur de George W. Bush ou simplement en se hissant sur la pointe des pieds pour la photo officielle du sommet franco-allemand…

Mais, comme Napoléon, comme les roquets qui aboient après les dobermans, le minus qui, en d'autres temps se serait cassé le nez sur la rotule du général de Gaulle, veut surtout compenser sa stature de garçonnet par le pouvoir, un pouvoir démesuré. Là, même Terry Gilliam ne rigole plus...