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Locarno 10 – Ceux qui savent

Loc_martien_2 Ils ont de la chance, ceux qui savent. Ceux qui décrètent que le Festival est trop ci ou trop ça, que le cinéma suisse n’existe pas, que le film kirghize de la section Play Forward est celui qu’il ne fallait pas rater, que Bideau a tout faux, que la cuisine du restaurant Da Luigi n’est plus ce qu’elle était, surtout les tomates… Telle personne affirme que la sélection est excellente, surtout quand on connaît la politique offensive et la puissance financière de festivals comme celui de Rome ; telle autre assure que le jury est consterné par la qualité des films en concours...
Et toi, pauvre martien sous le soleil de la planète Tessin, tu te retrouves paumé au milieu de tous ces avis péremptoires. Tu te dis «moi aussi, j’aimerais savoir». Seulement voilà, tu sais que la seule certitude qui existe ici bas, c’est le doute. Alors tu te la coinces en attendant d’être grand pour enfin savoir.
En attendant la Cérémonie de remise des prix, sur la Piazza Grande, ce soir à 21 h 30, on se risque à quelques appréciations personnelles?

En compétition internationale, mes préférences vont à
:
La Maison jaune, d’Amor Hakkar (France/Algérie)
Fuori dalle Corde, de Fulvio Bernasconi (Suisse)
Sous les toits de Paris, de Hiner Saleem (France).
Trois films qui ont pour point commun l’élégance d’inscrire un drame dans un contexte social fort, sans négliger la dimension symbolique ou poétique, et qui témoignent d’un humanisme inquiet.

Satisfecit à :
Capitaine Achab, de Philippe Ramos (France): une biographie imaginaire du héros de Moby Dick, avant son affrontement ultime avec la baleine blanche. Un film qui a choisi la litote pour unique figure de style, mais manque de souffle.
Slipstream, d’Anthony Hopkins (Etats-Unis): glissements progressifs du réel, à la manière de David Lynch, et satire du cinéma hollywoodien. Un peu trop systématique pour convaincre pleinement.
Maintenant, si Früher oder Später, d’Ulrike von Ribbek, drame de la petite bourgeoisie allemande, gagne ne serait-ce qu’un schublig d’honneur, il y aura de quoi douter d e l’avenir du cinéma.

La phrase du jour: «Le seul privilège des poissons pilote est de renifler l’aisselle des baleines».
Emmanuel Cuénod, journaliste à La Tribune de Genève et philosophe devant une grappa au Paravento.

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