Locarno 9 – Un jour sans (paroles)
Est-ce la fatigue qui brouille nos sens? Est-ce une incidence du temps morose sur la communication orale? Les films de ce jours gris sont laconiques.
La Vidas Posibles, de Sandra Gugliotta Argentine) nous emmène dans les mystères de la Patagonie. Une femme recherche son mari, géologue, qui a disparu quelque part entre la pampa et le Pôle sud. Elle croit le reconnaître en la personne d’un agent immobilier. Mais les personnages ne sont guère causant et il se ressemblent tous, bruns avec les yeux tristes (option barbe pour les hommes). Le film est court, mais la route est longue. Une musique pompeuse appuie les silences. Les paysages, superbes, parlent plus que le reste et valent à eux seuls le déplacement. Mais il est rare de rester aussi imperméable à un film.
Sous les ponts de Paris, de Hiner Saleem, vient nous rappeler utilement que la misère n’existe pas que sous les ponts de la Ville Lumière. Dans sa mansarde, torride l’été, glacial l’hiver, le vieux Marcel crève doucement de solitude. Son univers se rétrécit. Il va de son lit à la piscine, pour se laver, au bistrot du coin, aux toilettes sur l’étage. Et puis le copain pour la piscine s'en va, le bistrot ferme, et Marcel tordu de douleur rampe jusqu'au lavabo...
Sans misérabilisme, dans une optique naturaliste relevé d’une touche symboliste, le réalisateur raconte une histoire banale d’une porté universelle. Michel Piccoli habite de façon magistrale Marcel, qui ne parle pas beaucoup – il faut dire qu’il n’a pas grand monde avec qui communiquer, surtout pas son fils. C’est un taciturne, un vieil éléphant qui sait qu’il va mourir, et le cinéaste ne se croit pas obligé de sortir la quincaillerie psychologique. Marcel a sa vie derrière soi, il souffre, et voilà.
On parle un peu plus, dans Nuage, de Sébastien Betbeder, mais ce sont souvent des paroles somnambuliques. Dans un petit village des Pyrénées, la femme d’un photographe disparaît. Le jeune homme qui la croise en ville souffre de voiles noirs. Dans le brouillard épais qui nappe la campagne, les aveugles, les amnésiques et même les fantômes se retrouvent - après l’éclipse. Décalé, Nuage instille une ambiance de sereine étrangeté qui s’avère plus troublant que les bruyantes grandguignolades de 1408.
Vive le silence et les cinéastes qui s’y adonnent.
La sentence du jour: «Bergman, c’est mieux que Navaro»
Prononcée par une charmante cinéphile lausannoise et communiqués par SMS par une amie bien intentionnée.

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