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"4 mois, 3 semaines, 2 jours". Et plus encore

4mois3semaines Au commencement, il n'y avait pas d'écoles de cinéma. Pas de théorie, pas de grammaire, pas de doctrine. Juste des machines et des hommes, des techniciens, des poètes, des margoulins, des clowns, des escrocs, des rigolos, des aventuriers, qui essayaient d'en faire quelque chose, qui inventaient le cinéma au fur et à mesure qu'ils enregistraient des images animées destinées à être diffusées dans des baraques de foire. Cet état d'innocence, cette virginité se sont longtemps perpétués: les réalisateurs étaient hommes de théâtre, comme Bergman, caricaturistes, comme Fellni, ou pilotes de bombardier, comme Altman avant d'être cinéastes.

Maintenant, des petits gars propres sur eux sortent des meilleurs écoles de cinéma, font trois clips et passent au long métrage. Ils maîtrisent parfaitement le montage, le bruitage et les effets spéciaux et l'on s'étonne que leurs images nous coulent dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Leurs personnages sont creux, leurs histoires vaines.

Alors quand débarque sur les écrans un film comme 4 mois, 3 semaines, 2 jours, on retrouve le vieux frisson d'excitation. Cristian Mungiu ne fait pas dans la dentelle chichiteuse. Il raconte l'histoire sombre et dure d'un avortement clandestin dans la Roumanie de Ceaucescu avec une économie de moyens qui n'empêche nullement l'excellence stylistique. Sa figure de prédilection, c'est le plan séquence. Ce parti pris requiert des comédiens exceptionnels, comme Anamaria Marinca. Livide, butée, regard fiévreux, elle traverse le film avec une énergie invraisemblable. Elle hante la nuit hostile, les dédales du communisme véreux, elle déplace les montagnes par la foi de l'amitié. Elle est comme une flamme brûlante. Elle est extraordinaire.

Pionnier d'un renouveau du cinéma roumain, Cristian Mungiu retrouve la grâce et l'efficacité des pionniers du 7 e art. Et nous rappelle ce truisme: sans comédiens, le cinéma n'est rien.

Encore faut-il les aimer, ces comédiens. Car pendant qu'on se brûle à la Palme d'or, la France agite un peu d'eau tiède. Par exemple, La vie d'artiste, comédie plan-plan sur la difficile condition d'intermittent du spectacle: un écrivain qui fait le prof en attendant le best-seller, une chanteuse qui distribue des prospectus déguisée en hippopotame en attendant d'enregistrer un disque (d'or), une comédienne qui double des dessins animés japonais en attendant de brûler les planches et monter les marches…Trois grands comédiens incarnent ces insatisfaits: Denis Podalydès, Emilie Dequenne et Sandine Kiberlain. Mais à l'impossible, nul n'est tenu… Comment donner vie à ces fantoches que le réalisateur considère avec condescendance et cynisme?

Alors que Cristian Mungiu est en empathie avec le personnage et stimule la comédienne. Il croit en elles, il les aime passionnément. Et il a une histoire nourrie de douleur à raconter…

Puisqu'il est question de comédiens français, nous allons bientôt nous intéresser à la Baudruche suprême, Gérard Depardieu, dont une biographie sort ces jours.

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Commentaires

Monsieur Duplan, je vous félicite de tout mon coeur pour cette excellente critique du film de Cristian Mungiu! En effet, ce n'est pas la ferveur nationaliste (je suis aussi de nationalité roumaine et j’avais partagé en quelque sorte le vécu des personnages du film) qui m'enthousiaste par rapport à vos propos et implicitement, au génial film roumain. Ce qui m'impressionne, c'est votre magnifique plume qui s’ondoie pertinemment autour d'un acte artistique d'une excellence rare. J'ai vu le film et je pourrais vous rassurer que celui-ci est le premier - je précise bien, le premier (!) - film réalisé en Roumanie post-ceausescu qui reproduit avec une fidélité presque ahurissante les sombres moments de l’histoire de ce pays. Comme vous l’avais très bien décrit, les acteurs jouent avec un naturel presque déconcertant, les plans, la lumière, les détails (dommage que la traduction en français n’est pas toujours très fidèle à l’original…) sont filmés avec une telle maîtrise, qu’après le spectacle on a du mal à replonger dans le quotidien, en ce qui me concerne, suisso-lémanique ! Bien plus, comme l’a écrit quelqu’un dont le nom je ne vais pas le citer ici, « l’histoire du film, à la fois si banale et si effrayante ne manque de matière pour un regard sociologique ».
Bref, je profite de cette occasion de féliciter le réalisateur du film ainsi que son équipe et, de vous féliciter encore une fois pour votre critique tout en espérant que votre belle plume glissera encore et encore afin de stimuler le bon sens du lecteur de l’Hebdo envers le septième art. Alors, moteur !

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