"Becoming Jane": c'est Austen qu'on bafoue
Jane Austen (1775-1817), dont l'oeuvre est tombée depuis longtemps dans le domaine public, est une aubaine pour les cinéastes anglophones désireux de s'essayer au film sentimental en costume: une quinzaine d'adaptations sont sorties depuis 1995. Pour le meilleur (Sense and Sensibility, d'Ang Lee avec Emma Thompson et Kate Winslet, en 1995) et pour le pire (Bride and Prejudice, bollywoodisation de Pride and Prejudice)
A peine s'est-on sorti de la torpeur engendrée par le Pride and Prejudice de Joe Wright (2005) que voici ce Becoming Jane, signé Julian Jarrold, qui nous tombe sur la paletot est appelle quelques remarques.
La première est d'ordre général. 1) adapter un roman de Jane Austen est une mauvaise idée. Le principal intérêt de son oeuvre réside dans l'acuité psychologique et la finesse de l'analyse sociale. Il faudrait des films de six heures pour transposer cette complexité piquée d'ironie. A défaut, les cinéastes se rabattent sur les robes à crinolines, les perruques poudrées, les clichés romantiques, les comédiens insipides, la musique ennuyeuse et la pittoresque campagne anglaise. Les romans si subtils sont condamnés à nourrir un académisme empesé. Il vaut mieux les relire plutôt que d'aller voir leurs soporifiques adaptations: mais on n'a plus le temps de lire et Jane Austen est inexorablement en train de sortir de nos esprits zappeurs.
2) Becoming Jane n'est pas l'adaptation d'un roman mais une extrapolation sur la vie de l'écrivain britannique. La jeune Jane Austen y tient le rôle de l'héroïne de Pride and Prejudice, ce n'est ni plus ni moins ennuyeux que les tribulations sentimentales de Lizzie Bennet dans le film de 2005. Le film adopte les principes développés dans Shakespeare in Love ou l'atroce Molière, selon lesquelles les artistes célèbres n'ont rien inventé, mais juste recopié la réalité: Molière est l'invité d'un bourgeois gentilhomme amoureux d'une précieuse ridicule dont le petit chat est mort, Shakespeare apprivoise une mégère pendant une nuit d'été (vous en voulez d'autres? Camus, en séjour à l'étranger pour étudier les mythes décisifs, s'éprend d'une petite peste et fait une mauvaise chute. Cherchant ses mots, Sartre fait le mur, mais la saleté de ses mains lui donne la nausée… A noter que dans les mots, Sartre analyse fort bien la mécanique de l'"illusion rétrospective" qui prévaut dans ces fantaisies biographiques).
Ce parti-pris témoigne d'une certaine haine des artistes, auquel on nie toute étincelle créatrice, pour les ravaler au rang du perroquet. "Son histoire d'amour fut sa plus grande source d'inspiration" proclame l'accroche de Becoming Jane. Autrement dit, Jane Austen n'a rien inventé, elle a juste ressenti. Normal, c'est une femme, elle est donc sentimentale. L'air de rien, on rejette son intelligence, son sens de l'observation, sa connaissance de l'âme humaine pour en faire une créature rassurante qui s'explique par un grand amour impossible. Beurk beurk beurk. .
3) Ambitieux mais fauché, Becoming Jane prête à rire de manière bien involontaire. Jane fait quelques pas avec un impossible fiancé et déclare: "Le jardin est tellement magnifique en cette saison…" Pas de chance, le tournage a eu lieu en hiver et en guise de magnificence, on n'a droit qu'à un sol boueux, une plate-bande pourrave où picorent deux palmipèdes.
4) Anne Hathaway qui tient le rôle de Jane est indéniablement jolie, mais cela ne suffit pas.

Combien de grands réalisateurs se sont-ils cassé les dents en tentant de mettre en scène le procéssus de la création littéraire? André Téchiné (les Sœurs Brontë), Ken Russell (Gothic) … les noms me manquent déjà… Si le génie des belles lettres pouvait être « expliqué » par le simple vécu, les grands écrivains, tout au long de l’histoire, se compteraient non pas par centaines, mais par centaines de milliers…
Rédigé par: Turmix | le 27 octobre 2007 à 11:42
je ne suis d'accord avec aucun des points de la critique ci-dessus. Les romans de Jane Austen sont magnifiques, et je trouve intéressant de les adapter au cinéma. Pride and prejudice de Joe wright est une adaptation splendide et envoutante du roman, malgré le retrait de nombreux détails. Becoming Jane qui retrace une partie de la vie de Jane austen, est un beau film romantique, très émouvant.
Rédigé par: Manon | le 03 novembre 2007 à 19:50
Je suis d'accord avec tous les points... Les livres sont bien meilleurs, de très très loin... et l'extrapolation des quelques faits connus de la vie de Jane Austen ne permettent d'en tirer les conclusions du film, je pense... C'est joli, sans plus. Et tiré en longueur.
Rédigé par: Marie-Thérèse | le 05 février 2008 à 10:36
il me manque le "pas": "ne permettent pas"
Rédigé par: Marie-Thérèse | le 05 février 2008 à 10:38
How blasé you are people!!!
Of course the film can NEVER be as superb as the book but HEY!!I think Pride and Prejudice from Joe Wright was excellent! even if not as unbelievable as the book, you can't say it is no use to make of this book a film! Jane Austen as "avant-garde" as she was would have I am sure been very delighted to see that her books touched somebody in such a way that they wanted to make a film with it!!!You have been wrong up to the very beginning!
Rédigé par: Claire-Marie | le 14 juin 2008 à 17:12
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toutes vos critiques. Pride and prejudice est un film magnifique même s'il est vrai qu'il est moins beau que le livre, je trouve assez intéressant et courageux d'adapter des chefs d'œuvres de la littérature tels que "pride and prejudice" ou même "raison et sentiments". Je suis par contre tout à fait d'accord avec le fait que d'une certaine manière le(s )réalisateur(s)font passer jane austen comme une femme inspirée par sa passion, cela peut laisser penser que sans cette aventure jamais elle n'aurait écrit de si beaux lires. Aussi, les incohérences que vous sitez sont présentes dans beaucoup d'autres films et ne valent pas la peine d'être mentionné.
Rédigé par: Elys | le 01 juillet 2008 à 11:04
Je ne crois pas qu'il y ait un quelconque rapport avec "le sentimentalisme féminin" et qu'on insulte les femmes en disant qu'il faut expérimenter pour mieux expliquer. Becoming Jane est un très bon film, émouvant, bien qu'il doive nécessairement y avoir un côté romancé et que la vie de Jane Austen n'était pas assez connue pour que toutes les précisions du film soient véritables. Mais ce n'est pas ce dont il est question ici ; je trouve ces critiques assez simplistes. Je serais fort étonnée que beaucoup se sentent insulter de savoir raconter, avec autant de style, de passion et de finesse, les aléas du coeur et de l'esprit, même si pour cela, il a fallu aimer soi-même. Jane Austen, ce n'est pas seulement "parler d'amour" - et donc, même si son histoire d'amour avec Mr Lefroy était vraie, l'entièreté de son talent ne serait même pas effleuré - c'est un style d'écriture, une précision dans les mots, un humour caustique, une description des règles de bienséance et une retenue dans les attitudes qui rendent impatient.
J'aurai, en réalité, beaucoup à dire encore, mais je crois que le paragraphe ci-dessus reprend plus ou moins ce que je ressens après avoir lu votre critique.
Bien à vous
Rédigé par: Cindy | le 30 juillet 2008 à 14:29