Brûlez "L'Auberge rouge"!
L'Auberge rouge, de Claude Autant-Lara (1951) est une comédie assez médiocre que la télévision diffuse parfois, certains dimanches après-midi de décembre et qu'on regarde avec un peu d'indulgence, car toute occasion de revoir Fernandel est bonne à prendre. Et voilà que Christian Clavier, poussé par l'appât du gain, ressort de la naphtaline ce fleuron de la qualité française et s'en inspire pour écrire une comédie de fin d'année d'une laideur et d'une bêtise rédhibitoires. On sait que l'histrion est un sarkozyste convaincu: son remake s'inscrit dans la logique culturelle du Président français qui prône la rupture et exhibe Mireille Mathieu à l'heure de son sacre. L'imbuvable médiocrité de cette Auberge rouge 2007 augure-t-elle d'une nouvelle ère du cinéma français, à l'heure du libéralisme économique et de la culture considérée comme une vache à lait? L'avenir le dira. Pour l'instant une seule certitude: l'humour du Splendid est fini, encéphalogramme plat.
"L'idée était de faire un film qui soit non seulement drôle mais beau. On a donc effectué un gros travail sur la lumière, le son, l'atmosphère, je dirais", estime Gérard Krawcyk, la pathétique réalisateur de Taxi 2, 3, 4, de Fanfan La Tulipe, de Wasabi…. Christian Clavier renchérit: "On a regardé du côté des Anglo-Saxons: l'univers de Tim Burton, le Bal des Vampires. Si on voulait éviter de s'enfermer dans quelque chose de crapoteux et de poussiéreux, il fallait être extrêmement inventif". Ils sont fous, ces deux? Fous d'arrogance. Avec du klough dans les yeux. Parce que pour un spectateur normal, L'Auberge rouge se situe exactement aux antipodes de ces déclarations. C'est un film ni drôle ni beau. En fait, "crapoteux" et "poussiéreux" seraient les deux adjectifs les plus appropriés pour qualifer ce produit hideux, ces costumes kitsch, ces décors minables. Sans parler des effets spéciaux: ô ces éclairs plaqué sur des paysages traités en nuit américaine… Ont-ils seulement regardé un film de Tim Burton? Comment ces crapauds impudents osent-ils se comparer au sublime gremlin gothique?
L'imbuvable Clavier tient le rôle d'un aubergiste qui trucide les clients. Josiane Balasko, effrayante de vulgarité, est sa femme. Gérard Jugnot joue le curé gourmand, dégoulinant de bonté, un rôle très chouette lorsqu'il s'agit de vanter un camembert, mais qui lasse au-delà de 30 secondes; il pousse aussi à l'envi son fameux couinement de cochon châtré. Autour de ce trio de cabotins élimés s'agite une foultitude de médiocres drapés dans de vieux rideaux qui s'agitent comme une basse-cour criarde. Le borborygme et l'onomatopée tendent à couvrir les mots d'auteur glapis dans le stress. Les gags sont nullissimes, grossiers, incohérents, éculés ou simplement désamorcés par des problèmes de rythme. La musique pompe celle des films de vampires.
A un moment, Christian Clavier se livre une fois de plus à une navrante imitation de Louis de Funès et demande: "ça te fait rire?". L'autre fait "non" de la tête (il est muet). Et tous les spectateurs fourvoyés dans la salle obscure confirment, ils crient "non" à l'unisson et du fond du cœur.
Tous sauf l'inénarrable Michel Drucker. Samedi soir, il animait en direct de Nantes un grand show consensuel, une fête de l'esprit français avec Laurent Gerra et Johnny. Ce raout marquait le coup d'envoi de la déferlante promotionnelle de L'Auberge rouge. Un film qui a fait hurler de rire l'animateur. Et comme il n'est pas du genre à chipoter sur les arguments de vente, il dit d'emblée qu'il retournera le voir. Il est con à ce point, le gentil Drucker? Non, il mène trop bien sa barque pour être suspecté de n'avoir qu'un caramel mou entre les oreilles. On le sait, qu'il n'ira jamais revoir ce navet fétide, pour autant qu'il l'ait vu, mais mentir est une seconde nature chez lui. C'est plus fort que lui, il doit en rajouter.
Entrée en scène des guignols avachis, Jugnot, Balasko, Clavier. Bla-bla, et que c'est la première fois que Josiane et Christian tiennent un rôle de couple à l'écran (qu'est-ce qu'on s'en fout?), et que le petit Jean-Baptiste Maunier des Choristes, il a bien grandi ce petit…
Mais, à l'extérieur de la grande verrière où se déroule l'émission, une rumeur enfle. Des cris se font entendre. Les invités suspendent le flux de leurs banalités… C'est quoi? Drucker a la réponse. Il nous la confie, comme un secret: c'est Johnny qui quitte la salle pour aller à son prochain rendez-vous avec le public et ses fans lui font un triomphe à la sortie des artistes… Bon Drucker aurait préféré qu'on croie que Johnny était toujours là, en coulisses, prêt à revenir chanter le vrai blues, mais ce grand professionnel est prêt à partager ses petits secrets de cuisine avec le public…
Seulement la meute des fans de Johnny a plutôt l'air en colère, et des détonations claquent. Il passe alors quelque chose d'hideux dans les yeux de Drucker: la peur. L'animateur a les flopettes. Il vient de comprendre qu'il s'agit d'une manifestation, que le principe de réalité vient de scandaleusement rattraper son univers de paillettes. Ce grand lisse vivant dans un monde qui a pour points cardinaux Pierre et Maritie Carpentier, Léon Zitrone, Bernadette Chirac et lui-même bredouille, bafouille, ricane un peu que Nantes est une ville estudiantine, s'insurge avec le sourire contre cette inadmissible irruption du chaos. Jugnot a les jetons aussi, Clavier crispé doit se dire qu'il va sur le champ passer un coup de fil à l'ami Sarko. Balasko semble plus détendue: c'est vrai qu'elle est sans doute capable de choper le chef des meneurs et de lui mettre une fessée, exploit dont les deux autres seraient bien incapables. Mais en ce moment précis, la comédienne, très active dans le mouvement des sans-logis, préfèrerait tout de même vendre sa soupe.
C'était un beau moment de télévision. On a vu l'ancien ordre vaciller. On a senti, en off, émerger des forces vives qui n'ont rien à braire du nouveau disque de Johnny ou des pitreries désuètes du Splendid. On a senti se lever la vague qui, bientôt, va balayer les vieux saltimbanques cousus d'or.
En attendant le grand soir, le calme est revenu. Pierre Perret est venu chanter des chansons de corps de garde que le public a repris en cœur. Même la maire de Nantes y allait de bon cœur. La Digue du cul, tralalère, et les couilles du père Dupeuloup qui pendent par terre. Youp-la-boum! Vive la France!

Dans la catégorie "odieux remake de films avec Fernandel", je conseille vivement "Le Schpountz" avec Smaïn et Sabine Azema. C'était en 1999, et les jalons du futur cinéma français étaient déjà posés. Merci Gérard Oury!
A quand un "Don Camillo" avec Romain Duris dans le rôle du curé et Lorie dans le rôle de Peppone?
Rédigé par: Julien | le 26 novembre 2007 à 14:37
Dans la catégorie "odieux remake de films avec Fernandel", je conseille vivement "Le Schpountz" avec Smaïn et Sabine Azema. C'était en 1999, et les jalons du futur cinéma français étaient déjà posés. Merci Gérard Oury!
A quand un "Don Camillo" avec Romain Duris dans le rôle du curé et Lorie dans le rôle de Peppone?
Rédigé par: Julien | le 26 novembre 2007 à 14:39
Merci à Antoine Duplan pour ce démontage en règle et en finesse des insupportables "plans médias" qui accompagnent n'importe quelle niaiserie franchouillarde. On en soupire d'approbation émue.
Rédigé par: Christian | le 05 décembre 2007 à 15:54
C'est quoi ce journaliste sinistre et aigri. On s'en passerait !
Rédigé par: Vatraneau catherine | le 07 décembre 2007 à 11:45
C'est en lisant ce tas d'inepties que je me rends compte qu'être critique de cinéma, cela consiste à casser le travail que d'autres s'échinent à réaliser, faute de pouvoir en faire autant! Quoi qu'on en dise, ce film est divertissant et rencontre un vif succès, comme quoi la majorité du public ne joue pas les fines bouches (aigries de surcroît), à l'inverse de certains!
Rédigé par: the_gossip | le 12 décembre 2007 à 09:51
Bonjour tout le monde, je vois que le débat fait des siennes, Mr Le critique de cinema je me demande d'ailleurs comment peut exister ce métier car je pense que selon notre éducation, nos influences et notre personalité chaque individu possède ses propres goûts et couleurs comme on dit, je voudrais quand même rappeler que L'auberge rouge qui a été réalisé en 1951!!!et qui passe encore à la télévision en 2007 est un chef d'oeuvre. Il appartient à un genre qui n'existait pas en 1951 mais que Tim Burton connaît très bien (décors féériques univers sombre ambiance intime)... mais bien entendu pas pour tout le monde heureusement il faut de tout pour faire un monde... évidement quand je vois vos goûts dans les best films de 2007 euh...j'avouerai que j'ai un peu de mal à part vous qui d'autres les a vu? et pour quelles raisons vous ont ils plu parce qu'ils parlent des problèmes de société, des problèmes actuels c'est tellement ennuyeux! ou alors parce qu'ils ont été oscarisés des milliers de fois (pour exagérer la chose) tout le monde de nos jours sait que les films oscarisés (il y a quand même des exceptions) en France sont oscarisés pour être promus parce qu'ils sont tellement speciaux que c'est du grand Monsieur n'importe quoi qui s'est lâché... vous savez pourquoi il y a tant de déprimés en France parce que la télévision et le cinema français ne fait que nous faire pleurer il faut de temps en temps oublier la réalité et je pensais jusqu'alors que le cinema était fait pour ça malheureusement l'an 2000 n'est fait que pour nous rappeler nos malheurs de tous les jours c'est déprimant de regarder la télévision et le cinéma français, pourquoi ne faisons pas plus de films comme Jeux d'enfants ou Le dîner de con ou de films comme L'auberge rouge ce n'est pas le meilleur film de l'année mais je suis indulgente les comédies sont toujours bonnes à prendre, personnellement je n'irai pas voir la nouvelle version car j'adore l'ancienne et un remake ne m'intéresse pas, mais de là à la critiquer non, ce qui ne vous plait pas à vous plait à d'autres et vous qui êtes vous même si vous avez l'étiquette Critique de cinema des tas de gens n'ont pas fait d'études et auront plus de talents que vous pour critiquer un film...
Rédigé par: cinemacinematchitcha | le 22 décembre 2007 à 20:01