Jesse James, forever…
La fameuse M. dont il était question précédemment, celle qui diagnostiquait un taux trop élevé de testostérone dans L'assassinat de Jesse James…, a lu le blog dans lequel elle est citée et a envoyé un mail. Après les félicitations d'usage sur l'excellence des réflexions proposées céans aux internautes, elle écrit: "A part ça, plus le temps passe, plus j'aime ce film et plus j'y repense, et plus je trouve intéressant. ça fait longtemps que ça m'a pas fait ça!".
Cette rectification est tout à l'honneur de la jeune cinéphile. Et si elle n'implique pas l'adhésion tardive de la gent féminine au western, elle appelle un complément de réflexion. Par-delà les figures imposées du western (chevaux, revolvers, chapeaux…), le film d'Andrew Dominik exprime une densité humaine rare.
Ces bandits aux bottes crottées, ces pégreleux hasardés du mauvais côté de la loi, ces assassins frustes sont nos frères. Ils s'assoient autour d'une table. Ils boivent un coup, ils racontent une histoire drôle, ils se tordent les côtes. Et puis, ils meurent – souvent trop jeunes, souvent de manière violente, et l'on ressent la brutalité de l'absence et les mystères de l'anéantissement qu'éprouvent ces cow-boys qui avant nous vivaient. Jesse James ne meurt pas au ralenti, lançant son cheval dans un ultime baroud contre les forces de l'ordre; il ne meurt pas non plus, magnifié, dans un duel chorégraphié façon Sergio Leone. Il meurt peut-être les bottes aux pieds (il ne trouvait pas ses pantoufles), mais le plumeau à la main, époussetant une croûte équestre au mur de son salon…
Jesse James et ses frères d'armes ont vécu il y a cent cinquante ans. Le film les décrit avec une telle véracité, une telle sensibilité, qu'ils sont nos semblables, des contemporains qui auraient vécu plus tôt. Les gangsters du Deuxième souffle sont plus récents, puisqu'ils sont censés vivre au mitan des années 60. Pourtant ils paraissent autrement vieux. Leur langage, leurs cérémonials sont obsolètes. Parce qu'ils s'inscrivent dans l'imagerie codifiée du film noir, tandis que Jesse James s'affranchit des poncifs du western et se réclame de la vie.

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