"La Boussole d'or": des images inédites…
C'est vrai, parfois, au soir d'une rude journée de travail, on n'a plus le goût de relire Hölderlin. Alors, on se vautre devant la télé telle une vache devant un chemin de fer. Mais pas question pour autant de se laisser sucer l'intelligence par le petit écran. Tandis qu'une oreille lorgne du côté de Navarro, Julie Lescaut et autres lexomil cathodiques, la main et le cerveau ne restent pas inactifs: lecture de journaux, sudoku ou dessin.
Des formes émergent. Purement abstraites ou inspirées par les niaiseries qui ronronnent sur le petit écran ou alors traduisant des images intérieures. Parfois, un livre au puissant pouvoir d'évocation stimule des pages de croquis. Ce fut le cas d'A la Croisée des Mondes, la fabuleuse trilogie de Philippe Pullman.
De son côté, Hollywood se livrait à un travail identique – mais avec des moyens dépassant un crayon à papier. Résultats visibles sur tous les écrans du monde dès le 7 décembre avec la sortie de La Boussole d'Or, premier volet de l'œuvre(http://www.goldencompass.ch/).
Le distributeur essaime de premières images pour mettre l'eau à la bouche. Voilà la redoutable Mme Coulter (Nicole Kidman) et son daemon, l'affreux singe doré. Tiens? Ça rappelle quelque chose? Ressortir le cahier à dessin relié cuir, feuilleter ces pages qui se tournent aussi vite que le jours passent. Replonger à l'époque où les splendeurs du livre se reflétaient dans les crobards du soir.
Gasp! Ma Mme Coulter et sa sale bête ressemblent furieusement à celles générées par la puissante machinerie hollywoodienne. Misère! Suis-je un génie visionnaire ou ai-je juste illustré les archétypes défouis par Philip Pullman? Avis aux nababs qui se pressent sur ce blog: si vous voulez me faire un pont d'or pour que j'aille crayonner sous le soleil californien, je suis prêt à étudier vos propositions…
Bon, je reconnais que mon aléthiomètre est assez piteux par rapport au leur. Il est même la honte de la tradition horlogère suisse, mais bon le dessin technique n'est pas franchement ma spécialité.
Sinon, on observera avec intérêt les esquisses de quelques personnages.
En guise de cadeau, voici une page qui met en scène des éléments du Couteau subtil (sortie cinéma agendée pour 2009) et du Miroir d'ambre (sortie cinéma:??): on y voit le jeune Will Parry ouvrir une fenêtre à la croisée de deux mondes avec son couteau tellement affilé qu'il pourrait faire des tranches de particules élémentaires. On y voit aussi Will, Lyra (et Pantalaimon sous la forme d'un mustelidé indéfini) descendre dans les limbes que gardent les harpies…
Enfin, en bonus amusant, une scène de la vie quotidienne dans le monde de Lyra où chaque citoyen est accompagné de son daemon, soit l'incarnation de l'âme sous forme animale. Un des rares regrets que puisse laisser le livre de Pullman, c'est que l'auteur n'ait pas approfondi cette thématique. A un moment, il évoque un homme forcé de prendre la mer car il avait un dauphin pour daemon. Sinon, la plupart des daemons sont des animaux de compagnie de taille pratique: chats, chiens, furets, oiseaux, singes… N'y en a-t-il pas de plus pittoresques? De plus encombrants? Un fourmilier? Un anaconda? Un rhinocéros? Un calamar? Un cachalot? Peut-on avoir pour daemon un animal imaginaire (marsupilami, hippogriffe, licorne? )? Un animal ressortissant de la cryptozoologie (yéti, serpent de mer, Tatzelwurm)? Un représentant d'une espèce éteinte (mammouth, iguanodon, ptérodactyle, dodo)?
Et puis on peut imaginer des destins brisés, des unions malheureuses, de l'amertume, de la rancœur. Avoir le vertige et un daemon-chamois… Courir vite et être affublé d'un daemon-escargot… Vivre au Sahara avec son daemon-pingouin… Etre invité à la cour royale avec son daemon-pourceau… Travailler dans une parfumerie avec son daemon-putois… Etre groom avec un daemon-écureuil – ah non, ce couple-là existe: c'est Spirou et Spip!
Peut-on être pris au sérieux par une fille sous les fenêtres de laquelle on chante la sérénade lorsque votre damon-ornithorynque fait coin-coin en battant la mesure de sa queue plate? Et pourquoi Lord Beeblemooch mange-t-il avec les mains plutôt que dans une jolie vaisselle en porcelaine? Parce que son daemon est un éléphant…
Y a de quoi se marrer. On peut même imaginer quels daemons auraient les personnages historiques (le daemon Louis XIV? De Jésus? De Platon?) et les gens que nous côtoyons tous les jours…
- Mon amour, peux-tu demander à ton crapaud d'arrêter de baver sur mon chat angora?, demande la princesse à son rustaud de mari.
- Patron, je suis vraiment désolé, mais mon loup a sodomisé votre chihuahua, dit l'ouvrier confus en tournant entre ses grosses mains sa gapette de laine.
- Le directeur de l'asile? C'est celui qui a un fou de Bassan comme daemon, rigole un fou dans le parc de l'hôpital psychiatrique.
Ouarf, on se marre bien. Merci Philip Pullman!


Marrant de constater que vous avez vu Marisa Coulter en blonde (comme Nicole Kidman, donc), alors que si mes souvenirs sont bons, dans le livre, c'est une brune. Quelque chose dans ce personnage doit évoquer la blondeur...
Quant au roman, je l'ai trouvé un peu indigeste. Je préfère vos cachalots.
Rédigé par: Julien | le 28 novembre 2007 à 18:50
j'adore le film et le livre
Rédigé par: janet | le 11 décembre 2007 à 20:51