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Best of 2007: les films qu'il faut aimer

L'autre jour, à propos de quelques remarques anodines sur L'Auberge rouge, une lectrice se fâchait de la même couleur et lançait ce missile: "C'est en lisant ce tas d'inepties que je me rends compte qu'être critique de cinéma, cela consiste à casser le travail que d'autres s'échinent à réaliser, faute de pouvoir en faire autant! Quoi qu'on en dise, ce film est divertissant et rencontre un vif succès, comme quoi la majorité du public ne joue pas les fines bouches (aigries de surcroît), à l'inverse de certains!".

Ben oui, être critique ça consiste à casser le travail des autres. On nous l'apprend dans des cérémonies occultes. Nous avons des réunions secrètes sur le thème "Qu'est-ce qu'on va casser?", "Qu'est-ce qu'il y a de beau et de pur qu'on pourrait abîmer comme ça, juste pour faire le mal, et parce qu'on est aigris…"

Parce que, aigris, on l'est, indéniablement. On aimerait faire 1 m 60, comme Clavier, et avoir son sourire carnassier et Sarkozy comme ami, et on aimerait aussi avoir la coupe de cheveux de Jugnot… Alors, on se venge. On souille ce qui est grand. On compisse les marbres éternels. On foule au pied les plus beaux lys des plus nobles plates-bandes…

Bon, un peu de sérieux. Etre critique de cinéma, c'est d'abord aimer le cinéma. C'est s'enfiler des kilomètres d'images dans l'espoir de trouver une merveille, de repérer un talent. Dans cette quête, les bouses comme L'Auberge rouge nous tombent parfois dessus. Que pouvons-nous y faire? Comment opposer nos pauvres mots aux millions du système promotionnel et à la compromission des chaînes de télévision?

Alors L'Auberge rouge a rameuté 325 209 spectateurs en France lors de sa première semaine d'exploitation et l'on sait déjà qu'ils seront moins nombreux la prochaine, et encore moins la suivante. Admettons qu'il s'agisse d'un "vif succès" pour rassurer les gogos qui s'y sont fait prendre et qui ne jouent pas les fines bouches aigries, eux… Il faut se souvenir avec Victor Hugo que le succès n'a rien à voir avec le mérite, mais comme il est interdit de dire que le public n'a pas de goût ou que la foule a tort, n'écoutez pas les vilains critiques, les gâcheurs de bonheur, les casseurs de belle ouvrage et allez rire aux éclats avec la fine équipe du Splendid au pinacle du meilleur du top de sa forme.

Quat au critique, ce casseur amoral, il regarde le soleil descendre à l'horizon de 2007 et se souvient des dix films qu'il a le moins cassés au cours des douze derniers mois. Voire ceux qu'il a aimés plus que tout:

Assasination_jesse_james L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, d'Andrew Dominik

Hivernal, crépusculaire, élégiaque, un western comme on n’en rêvait plus: porté par des comédiens en état de grâce, hanté d’innombrables fantômes, avec une attaque de train qu'on dirait filmée par Murnau ... Telle est la geste désenchantée d’une bande de desperados qui nous ressemblent comme des frères. Jesse James (Brad Pitt), outlaw au bout du rouleau, réchauffe en son sein un serpent, le jeune Robert Ford (Casey Affleck), son plus grand fan, son assassin. Il marche au sacrifice. Là où s’interrompt le destin du héros commence la gloire du lâche. Et sa malédiction aussi. Avec une bande-son de Nick Cave, un chant funèbre pour se souvenir que les figures de l’Ouest ne sont jamais plus grandes que lorsque descend le soir.

Vitus Vitus, de Fredi M. Murer

Tendre, drôle et subversif, ce film "célèbre l'esprit d'enfance à tous les âges" à travers le destin d'un petit Mozart qui préfère les chemins de traverse du rêve et du jeu à la voie royale du succès.  La perfection de la mise en scène et du scénario témoigne de l'excellence de Fredi M. Murer (Höhenfeuer), le plus grand des cinéastes suisses en activité. Mais aussi parce que, prônant la réussite émotionnelle plutôt que professionnelle, ce chant ose parler du bonheur, un thème dont le cinéma se méfie. On sort ébloui, la tête dans les nuages.

Inllland INLAND EMPIRE, de David Lynch

"Une histoire de mystère. Au coeur de ce mystère, une femme en pleine tourmente". Soit Laura Dern perdue dans le labyrinthe du film le plus radical, le plus énigmatique et le plus inquiétant qu'ait signé le génial visionnaire.

Jindabyne Jindabyne, de Ray Lawrence

L'Australie est une terre très ancienne, pleine de fantômes et de mystères. Malheur à ceux qui dérangent l'âme des lieux, comme ces quatre pêcheurs qui on fait passer leur plaisir avant le repos d'une morte. Le monde du rêve se rappelle aux colons blancs dans ce film qui donne à voir la réalité de l'invisible.

4_mois Quatre mois, trois semaines, deux jours, de Cristian Mungiu, Roumanie

Un avortement clandestin dans la Roumanie de Ceaucescu. Porté par une comédienne prodigieuse, Anamaria Marinca, un film qui regarde la réalité en face et qui, sec comme un coup de trique, rend au cinéma son honneur perdu.

Valley_of_elah Dans la vallée d'Elah, de Paul Haggis

Un ancien soldat (incarné avec une bouleversante sobriété par le fabuleux Tommy Lee Jones) enquête sur son fils assassiné à son retour d'Irak. Il découvre que l'Amérique qu'il servit avec fierté est devenue un monstre qui engendre des monstres.

Eastern_promises_poster Les Promesses de l'Ombre, de David Cronenberg

Plongée dans les codes hyperviolents de la mafia russe avec un Viggo Mortensen d'une intensité exceptionnelle.

Prairie_home The Last Show, de Robert Altman

L'ultime film du grand satiriste américain met en scène le crépuscule d'une émission radiophonique et les fantômes du Far-West. Il y a même la mort qui tient un second rôle. L'humour participe de près à ce dernier tour de piste.

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I'm not there, de Todd Haynes

Un portrait fractal de Bob Dylan, ménestrel schizophrène.

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La face cachée, de Bernard Campan

Le plus subtil des Inconnus signe son premier film. Une œuvre d'une troublante gravité sur la difficulté d'être.

Quant au plus mauvais film de l'année, il est forcément français. Notre cœur balance entre Sa Majesté Minor, délire coprophile d'un Jean-Jacques Annaud atteint de démence sénile, Ensemble c'est tout, mélodrame optimiste d'un Claude Berri déliquescent ou n'importe quel film mettant en scène le simiesque Romain Duris (Molière, L'Age d'Homme)… En fin de compte, c'est tout de même L'Auberge rouge qui remporte la palme 2007 du pire.

Bonne année 2008...

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