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Soleure: Le petit théâtre de l'OFC

Bideau_jauslin C'est un des rendez-vous incontournables des Journées de Soleure: la conférence de presse de l'Office fédéral de la Culture. Les chiens de presse et les professionnels de la profession se sont retrouvés sur le coup de midi dans les velours rouges du Stadtthater pour applaudir Nicolas Bideau et Jean-Frédéric Jauslin dans Encouragement du cinéma 2008, drame en un acte pour deux personnages - scénographie d'Ursula Pfander.
Jauslin qui, l'avant-veille au soir, tenait le rôle de M. Loyal dans La Nuit des Quartz, tient la grande forme dans ce spectacle se réclamant d'avantage de l'absurde beckettien (ô minimalisme du décor!) que des Folies-Bergères. En grand professionnel, il communique avec le public, déplore la pénombre qui nuit au contact visuel avec l'audience et, friand de mise en abyme, désamorce d'emblée la tentation naturaliste en déclarant: «On a l'impression d'être au théâtre et de tenir un rôle»…
Le directeur de l'OFC révèle une stature qui force l'admiration. Il parle haut et clair de la politique culturelle que le Conseil fédéral entend mener. Il entend augmenter la visibilité du cinéma suiss et se préoccuper du jeune public, difficile, exigeant et prompt à déserter les salles obscures. Il insiste sur la nécessité de négocier les accords MEDIA indispensables pour permettre à la cinématographie helvétique d'exister sur la scène internationale...
Jauslin trouve les mots justes pour parler de la culture. Il rappelle que "l'ambiance au Parlement n'est pas tout à fait rose", qu'il y aura "beaucoup de pain sur la planche pour que le Parlement comprenne que la culture est un point central du développement de la société suisse, un pilier indispensable. La perception du rôle de la culture dans la société n'est pas encore effective au niveau politique". Le fonctionnaire se fait tribun. On le sent investi d'une mission et pas du genre à lâcher l'os. Il rayonne.
Et Bideau? Il fait la moue. Il n'est pas en forme, le directeur de la section Cinéma. Et bien discret depuis le début du festival. Il n'est pas monté sur scène lors de la soirée des Quartz. On ne le voit pas rigoler dans les coins, son verbe est moins coloré, son regard moins étincelant. En a-t-il marre que les chercheurs de poux lui reprochent un exercice 2007 moins flamboyant qu'en 2006? Le cafouillis qui vient de se produire dans la nomination du nouveau directeur la Cinémathèque suisse l'a-t-il ébranlé?  Est-il las des sempiternelles polémiquettes sur l'air du «populaire de qualité»? Les attaques dont il est l'objet incessant, comme celles de Samir, le producteur zurichois qui l'accuse quasiment de couler sa petite entreprise,  ont-elles fini par entamer sa carapace? Le Nicolas semble avoir perdu sa joie de vivre, son goût de la controverse. Il paraît fatigué de se justifier sans répit, à la télé, à la radio, dans les journaux, auprès des professionnels. Lâchez-moi les baskets (roses) semblent dire sa lippe boudeue et son regard assombri.
Lorsqu'il prend la parole sur la scène du Stadtthater, c'est avec lassitude. Il balance à toute berzingue et de façon monocorde une enfilade de bilans et perspectives, et de chiffres: en 2007, 13 641 967 francs ont été investis dans la fiction, pour  24 rélalisations (dont huit minoritaires) et 3 scénarios;  3 284 983 pour le documentaires, 626 400 pour les courts métrages. Oui, l'an dernier les parts de marché du cinéma suisse n'ont été que de 5, 6 % contre 9, 72 % en 2007 – mais 2, 57 en 1995!
Lorsqu'une personne dans l'assistance refait les calculs et arrive à un autre total, il commence par grommeler, râle qu'il n'a pas tous ces chiffres en tête, brasse sa paperasse et finit, excédé, par gronder qu'il en a marre d'être mis en doute, que ces calculs ont été refaits dix fois et que ce n'est pas le genre de dialogue qu'il attend. Sur le fond, Bideau n'a pas tout tort: l'Office fédéral de la culture emploie sans doute des comptables compétents. Sur la forme, c'est limite. Est-ce qu'on bouffe le nez des gens comme ça? Bien sûr, Nicolas Bideau a le pire job de Suisse, détesté quand il prend une décision, honni quand il n'en prend pas, incapable de satisfaire tous les solliciteurs d'aide fédérale. Mais, en deux ans d'exercice placés sous le signe du dynamisme et, qu'on le veuille ou non, couronnés d'un succès chiffrable, a-t-il déjà atteint les limites de la résistance humaine? Ce serait bien dommage que la mesquinerie, le chipotage et la grogne aient douché l'énergie du dynamiteur…

Soleure: pinard et pédagogie

 Soleure_au_soleil_2 Vision méditerranéenne: le soleil brille sur l’Aar et les festivaliers ont tombé la veste pour déjeuner au bord de l’eau. C’est déjà un bout de Locarno qui flotte dans l’air. Marco Solari et Frédéric Maire, respectivement Président et Directeur de la manifestation tessinoise, paient le coup de merlot et dévoilent l’affiche de la prochaine édition, sur laquelle la courbe dorsale du pardo épouse celle des statuettes que reçoivent les cinéastes méritants en août (du 6 au 16, cette année).
Pendant la réception, quelques ombres verdâtres émergent des profondeurs de la nuit et s’échouent sur les berges du buffet campagnard. Ce sont les gens qui ont arrosé la cérémonie des Quartz jusqu’à l’aube. Livides, cernés, hagards, ils ne font plus les fiers, ces vaillants journalistes, ces puissants producteurs, ces brillants juristes… Nombre de femmes parmi ces épaves cultivant une approche dionysiaque de la cinéphilie. Jauslin prétendait hier soir que le quartz, selon les Grecs, protégeeait de l’ivresse ; Zeus n’a pas entendu cette invocation du directeur de l’OFC.Et tout à l'heure il faudra remettre ça au «bal de l'arrosoir», la soirée de l'OFC...
Soleuredbat_1_1 Quand on ne boit pas, on cause. Au Stadtthater, quelques professionnels débattent sur les thèmes de la «Nouvelle génération du cinéma» (Mathilda Tavelli, Vincent Adatte, Nicolas Bideau, Daniel Süss, Jiris Bischof) et de la  «Formation cinématographique» (Markus Heiniger, Lionel Baier, Nicolas Bideau, Michael Steiner, Tobias Nölle).
Il apparaît que le rapport que les enfants entretiennent avec la cinéma change. Ils sont soumis à un flux continuel d’images, ils en consomment plus sur téléphone ou sur Soleure_dbat_1 ordinateur que sur le poste de télé familial - la TSR a d’ailleurs cessé de produire des émissions pour adolescents.
Par ailleurs, les têtes blondes deviennent prescripteurs, explique Vincent Adatte de La Lanterne Magique, chiffres à l’appui: dans les années 70 et 80, il sortait chaque année trois au quatre films pour enfants; en 2006, sur 476 films distribués en Suisse, 50 étaient destinés aux kids. Cette abondance n’implique pas la cinéphilie, puisque Les Trois Brigands n’ont fait que 1700 entrées, et cette méganiaiserie d’Alvin and the Chipmunks 130 000.
Pour former le regard et développer l’esprit critique, il faudrait développer des outils pédagogiques. En se souvenant toutefois, comme le relève un spectateur, que le meilleur moyen de dégoûter les gens c’est de rendre le cinéma obligatoire. Et en n’oubliant pas non plus que les profs ne sont pas toujours familiarisés avec l’image, et même parfois complètement dépassés…
Quant à la Suisse, au cours des dix dernières années, elle n’a produit que trois films pour enfants: Mon Nom est Eugène, Globi et Max & Co...

Soleure à l’heure du Quartz

Soleure_quartz Le Prix du cinéma suisse ne cesse de faire peau neuve. L’an dernier, il avait opté pour le nœud pap’. L’an prochain, il quittera Soleure pour voler de ses propres ailes ailleurs, dans une grande ville et dans le cadre d’un grand show télévisé retransmis par les trois chaînes nationales. Cette année, il est sorti des remparts de la bourgade pour s’aventurer en banlieue, à la Cis Halle, une salle de tennis couvert transformée en salon preque digne d’une comédie musicale hollywoodienne: 65 tables de dix couverts (soit 650 convives), une scène clinquante plantée d’un énorme quartz, mauve comme un champignon vénéneux.Tout kitsch fût-il, le décor s’avère plus classe que l’an dernier.
A l’entrée, balisée par une double haie de flambeaux nurembergiens, ça cafouille la moindre. Les invités doivent battre la semelle dehors, dans le froid, pendant un bon quart d’heure avant de pouvoir franchir le rideau rouge. Cet étranglement initial retarde d’une demie heure le début de la cérémonie. Le temps d’observer une nette régression dans l’effort vestimentaire: chassez le pull de laine et il revient au galop. Très rares sont les artistes qui souscrivent à l’esthétique de la cravate.
Une blonde accorte et pétulante, Susanne Kunz, actrice et présentatrice de télévision, fait la maîtresse de cérémonie. Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l’Office fédéral de la culture, lui sert de faire valoir: il remet aux créateurs méritants leurs trophées, les fameux «quartz» qui tiennent désormais lieu d’oscar suisse. Pourquoi un quartz? Jauslin explique: «On a essayé Heidi, mais c’est une marque de yoghourt (et le quartz liquide, alors? ndr). On a essayé Helvetia, Tell, mais leur effigie figure déjà sur les pièces de monnaie. Hodler s’est déjà montré au niveau fédéral, nous n’y reviendrons pas…». Bref, ce sera le quartz qui, chez les Grecs, avait la réputation de protéger de l’ivresse. Les Suisses allemands, qui ne sont pas dépourvus d’ironie, l’ont déjà rebaptisé «quatsch», c’est à dire «bêtise». Paraphrasant Cyrano, Jauslin trouve un peu court le sarcasme et énumère les 1003 synonymes d’«ânerie» dans la langue de Gotthelf. Vertigineux! Foi de taborgno, de tabeu, de taguenets et de tadiers, on ignorait dans le sud du pays que nos concitoyens avaient autant de mots pour désigner ce genre de billevesées…
A quoi ressemble-t-il ce fameux quartz, sculpté, «magnifié» par Sylvie Fleury. Un quotidien suggérait récemment que l’objet était si phallique que la sculptrice genevoise avait dû l’amender, le gauchir, le raboter. Elle rit en regardant le mastodonte de cristal violet qui a poussé sur la scène, s’estime victime de sabotage. Tombe enfin le voile, se révèle l’artefact de tous les fantasmes. Le quotidien ci-dessus, excellant pourtant dans l’art de piner l’opinion publique, n’a pas une connaissance anatomique approfondie du phallus. Car le trophée évoque d’avantage le serment des 3 Suisses, voire la serre de Globi le perroquet peinte par Picasso que le mâle appendice qui fait rosir les jeunes filles et perturbe la presse populiste. En plus, rappelle le minéralogiste Jausslin, les modifications température n’altèrent pas la taille du quartz. Bref et pour clore le sujet, le trophée du cinéma suisse se présente sous la forme d’un gros cristal de roche à trois pointes, qu’un enduit doré opacifie sans rémission. Une kitscherie abominable, susceptible de faire gerber un vautour myope. Ça va faire du bruit dans les dévaloirs…
Assez de quatscherie contemporaine, place au palmarès.
Le «Meilleur espoir d’interprétation» va à Philippe Graber pour son rôle de gentil garçon grand mou en instance d’émancipation dans Der Freund, de Micha Lewinsky). Président du jury, Marthe Keller salue par-dessus l’Atlantique le courage des scénaristes en grève: «Leur victoire sera aussi celle de ceux qui, en Suisse, croient en l’avenir du cinéma».
«Prix spécial du jury» pour la musique de Stress et Mich Gerber dans Breakout.
Jean-Stéphane Bron annonce que le «Meilleur documentaire» est attribué à Stefan Schwietert pour Heimatklänge, formidable portrait de trois musiciens suisses qui perpétuent la tradition du chant primitif. L’explosion de joie à la table du réalisateur est forcément sonore, yodli-yo! on a gagné. Le jodel, c’est bien pour rameuter le troupeau sur la pente d’en face, mais pour communiquer la bonne nouvelle aux amis, les SMS c’est encore mieux: les surdouées de la glotte pianotent aussi le natel avec une belle dextérité.
«Meilleur court métrage» : Reto Caffi, pour Auf der Strecke
La «Meilleure interprétation féminine» requiert sur scène la présence d’un dream team, soit la réalisatrice Bettina Oberli (Die Herbstzeitlosen) et Stephanie Glaser, sa formidable vedette. Très chic dans son kimono gris  souris, la comédienne octogénaire prend la voix de Minnie Mouse pour prononcer les mots fatidiques: «and the winner is:»… Sabine Timoteo.
Comme la lauréate se trouve au Pérou, c’est le réalisateur de Nebenwirkungen qui vient ramasser le Quartz. Un commensal manifeste si fort son enthousiasme qu’il en a renverse son verre. Le Quartz flambant neuf posé dans la vinasse, c’est bien, c’est trash, c’est la vie qui reprend ses droits…. Presque aussi chouette que la cravate taillée dans un keffieh palestinien qu’arbore un homme de coeur.
Pas d’invité pour présenter le «Meilleur scénario». On a beau répéter que sans scénario il n’y a pas de film, on a beau saluer le courage des scénaristes américains, le scénario reste le parent pauvre des festivités. C’est Jeanne Waltz qui reçoit le Quartz pour Pas douce, un film cruel avec Isild Le Besco. La réalisatrice remercie en français – pour la première et la dernière fois de la soirée. Elle raconte que le matin, en prenant le train, elle a trouvé un cent américain sous le siège d’en face. Elle s’est dit que c’était un bon signe. Elle sort la pièce de son corsage, «Mais un porte-bonheur, ça ne marche qu’une fois. Donc il ne faut pas le garder». Joignant le geste à la parole, elle lance le cent dans la salle, tel un bouquet de mariée. C’est le moment le plus magique de la soirée. Vraie ou fausse, l’histoire de la pièce trouvée? Peu importe. Elle est belle… Jeanne Waltz a pleinement mérité son prix.
Grassouillet et truculent, Bruno Cathomas est intronisé «Meilleur interprétation masculine» pour Chicken mexicaine d'Armin Biehler. Il balance quelques gags salaces avec l’assurance d’un vieux pro du one-man-show et nous donne rendez-vous l’an prochain. A tout l’air d’un sacré loustic, celui-là, et copain comme cochon avec Armin Walpen qui plus est…
Pour finir, le «Meilleur film de fiction», présenté par le grand Fredi Murer, va à Micha Lewinsky pour Der Freund. Tant mieux pour lui, car ce premier long métrage, mêlant comédie et tragédie avec extrêmement de finesse, est remarquable. Tandis que les winners s’assemblent sur scène pour subir le feu des photographes, une pluie de lamelles dorées tombe du plafond et s’agglutine au cristal géant comme des mouches à un papier collant. On a l’impression de voir un cactus extraterrestre au crépuscule.
Soleuregd_final_2 Voilà. La première nuit des Quartz se termine. Le temps où les Romands faisaient main basse sur tous les prix semble révolu. Pierre-Yves Borgeaud, réalisateur du documentaire Retour à Gorée, Jacob Berger et Noémie Kocher, scénaristes de 1 journée sont repartis bredouilles, et pourtant le grand Quartz sait qu’ils sont bons… Dès l’année prochaine, la sélection des films n’est plus assurée par un collège d’experts mais par une académie de professionnels, au sein de laquelle les Alémaniques auront statistiquement l’avantage numérique, la Suisse romande va devoir ramer pour décrocher du quartz…

Soleure: «Der Freund»

Soleure_pluie Ça cafouille à la Cinémathèque et les Bourses plongent. Drôle de lundi… En fait, le jour d’ouverture des Journées de Soleure coïncide toujours avec un (petit) psychodrame. L’an dernier, c’était Alain Tanner qui mettait une volée de bois vert à Nicolas Bideau dans les colonnes du Temps. Cette année, c’est Vinzenz Hediger qui crée l’événement. Sur le coup de midi, un communiqué de presse annonce que le nouveau directeur de la Cinémathèque, nommé le 24 octobre dernier pour succéder à Hervé Dumont qui prend sa retraite, renonce à son poste pour des raisons de santé. Branle-bas de combat! Pas de panique : vers 17 heures, nouveau communiqué de presse: Vinzenz Hediger s’est rétracté. Il a renoncé à renoncer à son mandat… Laisse aller, c’est une valse. Les rumeurs sur la santé du démissionnaire réintégré s’éteignent. Pas de cancer, juste les flopettes. Une crise de doute.
Il semblerait que le nouveau directeur avait jusqu’à dimanche pour confirmer sa venue; dimanche après-midi, juste avant le gong, il se serait décidé à venir, mais aurait oublié d’informer de sa décision  le président du conseil de fondation de la Cinémathéque. Il n’a appelé que lundi…
Bon. Philosophe, professeur de cinéma, Vinzenz Hediger es un garçon brillant. Mais l’homme providentiel supposé mettre la Cinémathèque sur orbite a raté son entrée. Dans les cafés soleurois, les gens s’inquiètent des absences de ce directeur fantomatique que nul n’a encore vu sur les berges lémaniques…

A Soleure la pluie a chassé le brouillard. Dans le Landhaus, les sponsors ont chassé le Dschungelbar, cette buvette empanachée de palmiers et de toucans, gardées par des singes et des éléphants où depuis des années les girls de Suissimage versaient à boire aux explorateurs du continent cinéma. Elles ont trouvé refuge sur un bateau amarré devant le Landhaus. Les canards qui passent devant l’embarcation immobile nous donne l’impression de la vitesse.

Der_freundplakatbild Au premier étage du Landhaus, projection de Der Freund, le grand favori des Prix du Cinéma suisse, puisqu’il est nominé quatre fois: meilleure fiction, meilleure scénario, meilleur interprétation féminine (Johanna Bantzer), meilleur espoir d’interprétation (Philippe Graber). Le premier long métrage de Micha Lewinsky n’a pas usurpé ces distinctions: il est excellent. Emil Funk n’est guère funky. Gentil garçon, étudiant rangé, le fils à sa maman en pince pour Larrissa, la chanteuse étrange qui se produit au cabaret rock. Il tombe des nues lorsqu’elle l’aborde et lui propose d’être son ami – «Freund» en allemand.
Le lendemain, quand Emil appelle sa bien aimée, c’est Nora, sa sœur, qui répond: Larrissa est morte, électrocutée par sa guitare… Catastrophé par cette disparition, Emil se sent moralement obligé de tenir son rôle de boy friend auprès des parents endeuillés. Et d’inventer des souvenirs communs, et de parler de cette fille avec laquelle il n’a jamais échangé que cinq phrases, et de brosser un portrait en creux de Larrissa… Mêlant de façon convaincante la comédie de mœurs et la tragédie humaine, l’humour noir et la satire sociale, sensible et psychologiquement très juste, magnifiquement interprété, Der Freund est une formidable réussite.
Der Freund est un des premiers films produits, financés et réalisés depuis l’avènement de Nicolas Bideau à la tête du cinéma suisse. Il ne marque pas une rupture brutale, mais s’inscrit dans la continuité de films formidables comme Das Fräulein ou Nachbeben.

Soleure n'a pas peur des mouches

Soleuremouches Lundi soir, le président Couchepin a terminé son discours d’introduction par cette mise en garde solennelle: «Gare aux mouches génétiquement modifiées!». Il a été entendu: dès le lendemain, à la devanture d’une humble échoppe de la vieille ville, on trouvait de très jolies tapettes à mouches de fabrication artisanale. Cet esprit civique honore Soleure!

Soleure de plaire à Couchepin

Soleure_nebel On attendait Merz, ce fut Couchepin. Le président n’a pas laissé à son petit collègue, annoncé dans le programme, le privilège d’ouvrir les 43e Journées de Soleure. Il est trop content de venir se frotter à ces fichus artistes, ces rigolos qui ne le ménagent pas, qui n’ont pas nécessairement la même fibre politique, mais qu’il aime bien, parce que la vie marche à leurs côtés.
Tout réjoui, brillant d’excitation – les projecteurs allument des reflets sur son crâne, son nez, il déclare d’emblée son plaisir d’avoir  «une nouvelle fois franchi la barrière du brouillard». Ce n’est pas une image, juste un constat météo.
Christine Beerli, présidente de la société suisse des Journées de Soleure, a beau eu, dans son allocution initiale relever cette «impression de premier petit rayon printanier» qu’elle ressent au moment d’ouvrir le festival, rien n'y fait: un brouillard à couper au couteau étouffe la petite ville. Il fait beau sur la Riviera lémanique, et sur la côte zurichoise et même, paraît-il, à Berne… Et pourtant Soleure est dans la ouate - voir cette très belle photo impressionniste, intitulée Landhaus dans le brouillard
Après avoir ironisé sur les conditions météorologiques, le Président a rappelé qu’il aime Soleure, le cinéma et les critiques rituelles que Ivo Kummer, directeur de la manifestation, adresse au Conseil fédéral dans son laïus inaugural. Il est ravi de rappeler que le crédit demandé par le Conseil fédéral pour le cinéma a été approuvé par le peuple, mais conscient des menaces que ressentent les professionnels de la branche. Certes, après le fabuleux exercice 2006,  quand le cinéma suisse a atteint 10 % des parts de marché, l’année 2007 n’a fait que 5 % - mais c’est encore formidable après les années de vache maigre.
Le président Couchepin a la conviction que «nos cinéastes ont les moyens, à l’instar de nos architectes et nos designers, de se faire connaître sur la marché international». Il salue l’esprit d’entreprise des producteurs qui ont mené à bien la fabuleuse entreprise de Max & Co, premier long métrage d’animation produit par notre pays. «Je suis impressionné par cette espèce de folie : investir autant dans un film en pâte à modeler situé dans une usine de tapettes à mouches». Plus d’un président américain a dû se référer à Mickey, Donald & Co; mais c’est bien la première fois que la plus haute autorité de notre pays parle d’animaux fantaisistes devant une assemblée de notables politiques et culturels. Le monde change, comme les habitudes des les nouvelles  générations de spectateurs, plus attirées par la consommation d’image sur ordinateur que sur grand écran.
Le président reste toutefois convaincu que «notre fascination pour les histoires racontées en images persistera. Notre pays a besoin d’histoire, de storytelling. De bonnes histoires comme celle de Guillaume Tell, de la soupe de Kappel, mais aussi de l’aventure industrielle, des chemins de fer ou du vote des femmes. Le cinéma suisse a donc de belles années devant lui».
Pour Couchepin, Max & Co, de Frédéric et Samuel Guillaume, est une «marque de notre génie propre, c’est à dire la capacité de lier l’esprit d’entreprise et la diversité culturelle»- En guise de péroraison il lance: «Place aux images et gares aux mouches génétiquement modifiées». Il s’efface pour laisser Max le renardeau en pull rayé jouer du bigoud, retrouver son père et démantibuler un complot biologique ourdi par le directeur sans scrupule d’une usine de tapettes à mouches dans les chiffres rouges. Un film léger, drôle, tendre, truffé d’inventions visuelles et langagières, un film qui se démarque élégamment des modèles anglo-saxons et augure d’une ère nouvelle.
Quand nous sommes sortis de la salle pour longer l’allée balisée de flambeaux menant à la Konzertsaal où un buffet était servi, le brouillard s’était dissipé.

Poelvoorde à Soleure?

Poelvoorde Astérix aux Jeux olympiques qui sort la semaine prochaine est une infâme tambouille. Mais, dans le rôle de Brutus, fils de César, Benoît Poelvoorde évite au film le naufrage absolu. Capable, à l'instar de son maître Louis de Funès, de sauver les pires navets, l'exubérant comédien belge est un des grands génies comiques de notre siècle. L'autre jour, à Paris, il rencontrait la presse. Moment de franche rigolade et de chaleur humaine dont voici ci-contre un écho sonore. Evidemment, il faudrait voir les sourcils qui froncent et les yeux qui roulent comme des billes pour savourer pleinement cette "anecdote superdrôle", mais c'est déjà épatant. Pour en savoir plus, bande de coquins, il vous faudra acheter L'Hebdo jeudi (en vente dans tous les kiosques).

Sur ce, en avant vers de nouveaux éclats de rire! On part à Soleure où se tiennent les Journées cinématographiques, ô gué ô gué (www.solothurnerfilmtage.ch).

Euh... pas sûr que Poelvoorde y soit. C'était juste pour faire un titre racoleur...

"Alien vs. Predator": attention danger!

Alien_prd1 "Bonjour les petits crapauds… Et les petites grenouilles aussi!" (Clint Eastwood dans Bronco Billy)

L'année commence bien: les Aliens et les Predators se foutent sur la gueule!

Pas question de critiquer l'exercice (pas vu le film). Mais l'occasion de donner un conseil utile: si vous voyez un Alien et un Predator se battre, n'intervenez en aucun cas, n'essayez pas de les séparer: vous prendriez un mauvais coup!

Bonne année!