Soleure de plaire à Couchepin
On attendait Merz, ce fut Couchepin. Le président n’a pas laissé à son petit collègue, annoncé dans le programme, le privilège d’ouvrir les 43e Journées de Soleure. Il est trop content de venir se frotter à ces fichus artistes, ces rigolos qui ne le ménagent pas, qui n’ont pas nécessairement la même fibre politique, mais qu’il aime bien, parce que la vie marche à leurs côtés.
Tout réjoui, brillant d’excitation – les projecteurs allument des reflets sur son crâne, son nez, il déclare d’emblée son plaisir d’avoir «une nouvelle fois franchi la barrière du brouillard». Ce n’est pas une image, juste un constat météo.
Christine Beerli, présidente de la société suisse des Journées de Soleure, a beau eu, dans son allocution initiale relever cette «impression de premier petit rayon printanier» qu’elle ressent au moment d’ouvrir le festival, rien n'y fait: un brouillard à couper au couteau étouffe la petite ville. Il fait beau sur la Riviera lémanique, et sur la côte zurichoise et même, paraît-il, à Berne… Et pourtant Soleure est dans la ouate - voir cette très belle photo impressionniste, intitulée Landhaus dans le brouillard…
Après avoir ironisé sur les conditions météorologiques, le Président a rappelé qu’il aime Soleure, le cinéma et les critiques rituelles que Ivo Kummer, directeur de la manifestation, adresse au Conseil fédéral dans son laïus inaugural. Il est ravi de rappeler que le crédit demandé par le Conseil fédéral pour le cinéma a été approuvé par le peuple, mais conscient des menaces que ressentent les professionnels de la branche. Certes, après le fabuleux exercice 2006, quand le cinéma suisse a atteint 10 % des parts de marché, l’année 2007 n’a fait que 5 % - mais c’est encore formidable après les années de vache maigre.
Le président Couchepin a la conviction que «nos cinéastes ont les moyens, à l’instar de nos architectes et nos designers, de se faire connaître sur la marché international». Il salue l’esprit d’entreprise des producteurs qui ont mené à bien la fabuleuse entreprise de Max & Co, premier long métrage d’animation produit par notre pays. «Je suis impressionné par cette espèce de folie : investir autant dans un film en pâte à modeler situé dans une usine de tapettes à mouches». Plus d’un président américain a dû se référer à Mickey, Donald & Co; mais c’est bien la première fois que la plus haute autorité de notre pays parle d’animaux fantaisistes devant une assemblée de notables politiques et culturels. Le monde change, comme les habitudes des les nouvelles générations de spectateurs, plus attirées par la consommation d’image sur ordinateur que sur grand écran.
Le président reste toutefois convaincu que «notre fascination pour les histoires racontées en images persistera. Notre pays a besoin d’histoire, de storytelling. De bonnes histoires comme celle de Guillaume Tell, de la soupe de Kappel, mais aussi de l’aventure industrielle, des chemins de fer ou du vote des femmes. Le cinéma suisse a donc de belles années devant lui».
Pour Couchepin, Max & Co, de Frédéric et Samuel Guillaume, est une «marque de notre génie propre, c’est à dire la capacité de lier l’esprit d’entreprise et la diversité culturelle»- En guise de péroraison il lance: «Place aux images et gares aux mouches génétiquement modifiées». Il s’efface pour laisser Max le renardeau en pull rayé jouer du bigoud, retrouver son père et démantibuler un complot biologique ourdi par le directeur sans scrupule d’une usine de tapettes à mouches dans les chiffres rouges. Un film léger, drôle, tendre, truffé d’inventions visuelles et langagières, un film qui se démarque élégamment des modèles anglo-saxons et augure d’une ère nouvelle.
Quand nous sommes sortis de la salle pour longer l’allée balisée de flambeaux menant à la Konzertsaal où un buffet était servi, le brouillard s’était dissipé.

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