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Soleure: «Der Freund»

Soleure_pluie Ça cafouille à la Cinémathèque et les Bourses plongent. Drôle de lundi… En fait, le jour d’ouverture des Journées de Soleure coïncide toujours avec un (petit) psychodrame. L’an dernier, c’était Alain Tanner qui mettait une volée de bois vert à Nicolas Bideau dans les colonnes du Temps. Cette année, c’est Vinzenz Hediger qui crée l’événement. Sur le coup de midi, un communiqué de presse annonce que le nouveau directeur de la Cinémathèque, nommé le 24 octobre dernier pour succéder à Hervé Dumont qui prend sa retraite, renonce à son poste pour des raisons de santé. Branle-bas de combat! Pas de panique : vers 17 heures, nouveau communiqué de presse: Vinzenz Hediger s’est rétracté. Il a renoncé à renoncer à son mandat… Laisse aller, c’est une valse. Les rumeurs sur la santé du démissionnaire réintégré s’éteignent. Pas de cancer, juste les flopettes. Une crise de doute.
Il semblerait que le nouveau directeur avait jusqu’à dimanche pour confirmer sa venue; dimanche après-midi, juste avant le gong, il se serait décidé à venir, mais aurait oublié d’informer de sa décision  le président du conseil de fondation de la Cinémathéque. Il n’a appelé que lundi…
Bon. Philosophe, professeur de cinéma, Vinzenz Hediger es un garçon brillant. Mais l’homme providentiel supposé mettre la Cinémathèque sur orbite a raté son entrée. Dans les cafés soleurois, les gens s’inquiètent des absences de ce directeur fantomatique que nul n’a encore vu sur les berges lémaniques…

A Soleure la pluie a chassé le brouillard. Dans le Landhaus, les sponsors ont chassé le Dschungelbar, cette buvette empanachée de palmiers et de toucans, gardées par des singes et des éléphants où depuis des années les girls de Suissimage versaient à boire aux explorateurs du continent cinéma. Elles ont trouvé refuge sur un bateau amarré devant le Landhaus. Les canards qui passent devant l’embarcation immobile nous donne l’impression de la vitesse.

Der_freundplakatbild Au premier étage du Landhaus, projection de Der Freund, le grand favori des Prix du Cinéma suisse, puisqu’il est nominé quatre fois: meilleure fiction, meilleure scénario, meilleur interprétation féminine (Johanna Bantzer), meilleur espoir d’interprétation (Philippe Graber). Le premier long métrage de Micha Lewinsky n’a pas usurpé ces distinctions: il est excellent. Emil Funk n’est guère funky. Gentil garçon, étudiant rangé, le fils à sa maman en pince pour Larrissa, la chanteuse étrange qui se produit au cabaret rock. Il tombe des nues lorsqu’elle l’aborde et lui propose d’être son ami – «Freund» en allemand.
Le lendemain, quand Emil appelle sa bien aimée, c’est Nora, sa sœur, qui répond: Larrissa est morte, électrocutée par sa guitare… Catastrophé par cette disparition, Emil se sent moralement obligé de tenir son rôle de boy friend auprès des parents endeuillés. Et d’inventer des souvenirs communs, et de parler de cette fille avec laquelle il n’a jamais échangé que cinq phrases, et de brosser un portrait en creux de Larrissa… Mêlant de façon convaincante la comédie de mœurs et la tragédie humaine, l’humour noir et la satire sociale, sensible et psychologiquement très juste, magnifiquement interprété, Der Freund est une formidable réussite.
Der Freund est un des premiers films produits, financés et réalisés depuis l’avènement de Nicolas Bideau à la tête du cinéma suisse. Il ne marque pas une rupture brutale, mais s’inscrit dans la continuité de films formidables comme Das Fräulein ou Nachbeben.

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