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A "Paris", "ça se soigne"

A_se_soigne_2 Le citoyen lambda vautré devant les téléjournaux français pourrait avoir l'impression que le cinéma français est sublime. Il n'en est évidemment rien, les films à l'affiche en assénant de nouvelles preuves cruelles.

Par exemple, Ça se soigne, de Laurent Chouchan, que des journalistes déguisés en marchand de soupe présentent comme une désopilante comédie. La première image (un boulevard parisien) est tellement laide, tellement grisâtre et floue, qu'on a envie de s'enfuir sur le champ. C'est quoi, ce machin? Un stock shot laissé tout un été au soleil? Comment est-il possible de proposer un plan aussi laid? Comme on a une conscience professionnelle irréprochable, on reste un bon quart d'heure au cours duquel on assiste, consterné, à l'effondrement nerveux de Thierry Lhermitte dans le rôle d'un grand chef d'orchestre. Le comédien joue affreusement mal, ses comparses aussi, l'antipsychiatrie primaire ne fait plus rire personne, les "gags", si on ose dire, tombent tous à plat, c'est épouvantable…

Paris_cinefrhd Trois jours après, c'est au tour de Fabrice Luchini de craquer, dans Paris, de Cédric Klapisch. La scène au moins est drôle: dans le rôle d'un historien attaché aux faits, le comédien volubile explique au psychanalyste le ridicule de sa démarche, nie l'Inconscient, pleure et peine à croire qu'il puisse y avoir un lien entre sa morosité et la mort récente de son père. Cette épidémie de dépressions est sans doute relative à la médiocrité actuelle du cinéma français…

Bon, soyons juste: hormis le numéro de Luchini chez le psychanalyste, Paris recèle un autre sketch amusant, c'est Karin Viard en boulangère aigre-douce, tout sucre tout miel avec les clients, odieuse avec les employées. Un type de commerçant très fréquent.

Sinon, Paris, affublé par surcroît de deux des pires têtes à baffes du cinéma français, M. Romain Duris et Mlle Juliette Binoche, fait peine à voir. Le film pourrait s'intituler Les uns et les autres, les hommes et les femmes, hasards ou coïncidences les jours et les lunes, la pluie et le beau temps, mode d'emploi tout ça pour ça… Car l'esprit de Lelouch est descendu sur Cédric Klapisch. L'auteur de L'auberge espagnole entrelace destins et clichés dans la Ville-Lumière, la capitale du monde: Paris! Paris Passion, Paris Emotion, comme on dit dans les dépliants touristiques. Paris, ville de contraste, où les super riches cohabitent avec les gueux, les bourgeois avec les artistes, les vieux avec les jeunes (trop fort).

Paris où il fait bon vivre, mais après le beau temps la pluie, le malheur guette et nul n'est à l'abri d'un accident de moto, d'une dépression ou d'une maladie cardiaque frappant un jeune danseur dans la force de l'âge, comme c'est injuste. Paris où la vie ne fait pas de cadeau, mais après la pluie le beau temps, il y a de l'amour à la terrasse des bistrots, à l'étal des maraîchers et dans le sourire d'un enfant. Beurk…

Klapisch touche au fond de l'infamie et activant le plus rance des clichés: en sortant d'un défilé de mode, quatre bourgeoises partent s'encanailler du côté de Rungis. Elles vident quelques coupes et vont jeter un coup d'œil aux prolos qui charrient fruits et légumes, comme on va voir les singes au zoo. Les grands primates sortent de leur cage, sympathise avec les bourges. Elles sont irrésistiblement attirées par ces grands mâles rugueux. L'une d'elle, au rayon boucherie est très excitée par les quartiers de bidoche, alors elle s'offre. Deux autres aussi succombent, elles sont toutes tremblantes, toutes mouillées les chéries. Mais si le maraîcher et le poissonnier sont de rudes gaillards, ils n'en sont pas moins des hommes d'honneur conscients de leur rang. Au lieu de culbuter les aventurières sur un sac de patates, les bêtes à couilles s'excusent sur l'air de "Nan merci, M'dame. Je sais que ça serait merveilleux, j'ai peur de c'qui est merveilleux". Au fond d'eux, ces rustres savent qu'il y a des femelles plus appropriées à leurs grosses mains calleuses. Beurk beurk beurk…

Nausée…

Dépression?

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Commentaires

J'en profite pour rendre hommage aux critiques, martyrs des temps modernes qui souffrent en voyant des navets pour nous éviter d'y aller à notre tour. Merci.

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