"Heimatklänge": rencontre avec Erika Stucky
Avant-première de Heimatklänge, ce formidable documentaire de Stefan Schwietert qui dévoile l'âme profonde de la Suisse à travers trois figures du jodel progressistes, Christian Zehnder, Noldi Alder et Erika Stucky, au Scala, à Genève. Il y a du beau monde dans la salle, la volcanique Bérangère Mastrangelo, la cinéaste Patricia Plattner, Franz Treichler, le chanteur des Young Gods…
Erika Stucky, aussi chaleureuse que talentueuse, est venue présenter le film. Après la projection, un spectateur tire un parallèle entre le jodel, les chant des pygmées et le chant des baleines. Erika opine. Ces chansons si différentes procèdent d'une même énergie. Comprend-elle le chant des baleines? Oui, dit-elle après une fracion d'hésitation – "Mais je ne pourrais pas le traduire en mot". On la croit. Si une personne au monde est capable d'interpréter la modulation qu'émettent les cétacés en leurs abysses, c'est bien elle, cette mutante, cette sorcière. Dans Heimatklänge, on la voit allumer des bougies dans le cimetière de Mörel, sous la neige, descendre dans la crypte, sous l'église, où s'empilent les crânes des ancêtres sous le terrible memento mori: «Ce que nous sommes vous le deviendrez». Erika parle des «trucs archaïques qui bouillonnent», donne à entendre la voix des morts qui résonne dans le blues suisse. Son chant puise son énergie au paléolithique. La femme qui traduit en musique l'âme de la pierre, l'ombre des gouffres et le souffle de ceux qui ne sont plus s'impose naturellement comme ambassadrice humaine auprès des baleines.
Pendant le film, nous sommes allées manger à la pizzeria d'en face. Nous avons parlé de Rambo, pauvres garçons que nous sommes, pauvres galapiats évoquant le soldat au gros calibre alors que nous partageons la table d'une pythie, d'une femme généreuse comme le ventre d'une baleine. Pour conclure la soiré, Erka Stucky a pris son accordéon. Nos divagations machistes lui ont inspiré une ironique chanson de cow-boy qui s'est muée en "Zaüerli" du Muotathal d'une poignante mélancolie. Très loin, très profond, une baleine a joint sa voix à celle d'Erika…

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