"Max & Co" ou les ambiguïtés du succès
"Quelle drôle de chose le succès. "Soit dit en passant, c'est une chose assez hideuse que le succès. Sa fausse ressemblance avec le mérite trompe les hommes". Il faut dire et redire l'adage de Victor Hugo. Le graver en lettres de marbre au fronton des théâtrs des cinémas, des librairies. Il faut l'imprimer en exergue des journaux, il faut qu'elle clignote sur les ordinateurs…
Max & Co, l'admirable long métrage d'animation des frères Guillaume, n'a pas trouvé son public. Les analystes se perdent en conjectures sur les raisons de l'insuccès: mauvaise communication? Concurrence déloyale d'Astérix aux Jeux Olympiques? Persistance du complexe suisse? On peut aussi risquer une thèse scandaleuse, dire que le public est un peu con, qui préfère perdre son temps et son argent dans une opération de racket para-cinématographique (Astérix, donc), plutôt que de voir de vrais films…
Le plus grave dans l'affaire Max & Co, ce n'est ni la désaffectation du public, ni les pertes financières, mais le verdict d'indignité dont sont frappés Sam et Fred Guillaume. Presse et radios helvétiques consacrent au "l'échec" plus de temps et d'espace qu'ils n'en ont consacré à analyser le film avant sa sortie. Ils ont du mal à dissimuler leur "Schadenfreude", les chiens, ils se gargarisent du mot "flop". Il y a de la jouissance secrète à stigmatiser ceux qui ont cru à leur rêve. Ils brandissent effarés des chiffres qui les dépassent de toutes façons, oubliant qu'il vaut mieux investir à perte dans une œuvre d'art que de sa faire du lard en spéculant sur la misère. Les discours bien intentionnés sur Max & Co témoignent de l'éternelle revanche du bourgeois sur l'artiste.
Seuls les médiocres tirent satisfaction de l'insuccès public de Max & Co. Parce que si les entrées ne sont pas à la hauteur légitime des espérances, les frères Guillaume ont prouvé que la foi ébranle les montagnes, même en Suisse, même en matière de cinéma suisse, et qui plus est en matière de film d'animation suisse. Ils ont ouvert la voie. Ils se sont donné les moyens de concrétiser leur rêve. Ils ont bâti un (petit) empire. Ils ont développé des logiciels d'animation et des partenariats avec les sphères de la recherche et de l'industrie, sauvé Romont de la morosité économique (départ de Tetrapak) et psychologique (bière au cyanure, sadique), mis sur pied une structure de production travaille déjà sur Autobiographie d'une courgette, le long métrage de Claude Barras…
Dans cinq ans, dans dix ans, peut-être que Cinémagination, à Fribourg, rivalisera avec Pixar et Aardman. C'est avec une certaine volupté que nous irons rechercher dans les archives les articles fielleux des êtres grisâtres qui s'enivrent de l'insuccès des rêveurs.
C'est quand même une drôle de chose, le succès. On aimerait qu'il couronne les artistes méritants et que les autres sombres dans l'oubli. Mais ce n'est pas si simple. Première publie les Tops & Flops du cinéma français en 2007. Les 10, 61 millions d'euros de bénéfice engrangés par La Môme n'étonnent personne. Pas plus que les pertes (29, 60 M) enregistrées par Sa Majesté Minor. Allons donc! Le public n'est pas si con. I sait séparer le bon grain de l'ivraie. Le film de Jean-Jacques Annaud, avec ses hommes-cochons et ses satyres sodomites, est irrémédiablement raté. Moche, grossier, sot. Indéfendable, nul. Le public ne s'y est pas trompé. La plantée de L'Auberge rouge (- 16, 69 M euros) est rassurante aussi: ce film est si laid, si vulgaire, si plat que les plus éhontées des campagnes publicitaires s'avère impuissante à intéresser les spectateurs.
Mais les choses ne sont pas aussi simples. Car juste derrière La Môme, dans le Top 5 des succès économiques, il y a… Taxi 4 (10, 06 M), le sommet universel de la connerie sur quatre roues. Puis Ensemble c'est tout (1,64 M), flan de nunucherie sentimentale excrété par un Claude Berri à bout de force, Le Renard et l'Enfant (1,19 M), bien gentille petite fable, et Le Cœur des Hommes 2 (681 000), une comédie concentrant tous les clichés sur la France éternelle et les quadragénaires qui l'habitent et la bitent… Tout ces chiffres (français) tendant à prouver que le public (français) est quand même à moitié con.

Je trouve pour ma part très décevant que, dans le débat sur l'échec commercial de Max & Co, on n'évoque jamais le fait qu'après une semaine seulement à l'affiche, il était virtuellement impossible d'aller voir le film.
Je ne l'ai pas encore vu, non parce qu'il ne m'intéresse pas, mais parce qu'il n'est diffusé qu'une seule fois par jour à Lausanne, à 13h30, dans les petites grottes des Galeries du Cinéma hantées par les pauvres cinéphiles abandonnés depuis déjà trop longtemps. Quel qu'aient pu être les entrées de la première semaine, de tels horaires anorexiques permettront de s'assurer que le film décède brièvement sans risquer une quelconque popularité au bouche à oreille. Le procédé n'est par ailleurs pas réservé aux échecs éclairs puisque le nouveau Michel Gondry en jouit déjà à sa sortie, avec une seule séance en VO à 18h.
Peut-être serait-il temps d'oser évoquer le triste rôle de Pathé Europlex dans les exécutions sommaires d'OVNIs cinématographiques sortant de la définition purement commerciale de la culture de notre confrère Brian Jones.
Rédigé par: Sébastien Cevey | le 07 mars 2008 à 13:38
Les raisons du peu de succès rencontré par Max & Co sont sans doute multiples
mais personnellement, je me hasarderais à émettre l’hypothèse suivante :
Et si il s’agissait avant toute chose d’une «simple »question de graphisme ?
Franchement, vous les trouvez attirants, vous,ces personnages, avec leurs silhouettes filiformes et leurs traits anguleux ? Même le personnage tout en rondeur de Mme Doudou, ne parvient pas à susciter la sympathie. Pour les personnages animés, peut-être encore plus que pour les acteurs de chair et d’os, tout se passe dans le regard. Or, quels sont les stimulis qui, sur une simple affiche ou sur une bande annonce, ont le plus de chances d’attirer la sympathie du spectateur moyen ? Des yeux à l’expression aussi plate qu’une pauvre souris écrabouillée ou le regard rond et tout en malice d’un Shrek ou d’un Ratatouille ?
Rédigé par: bernard | le 09 mars 2008 à 11:42
Je suis d'accord avec sebastien, mais ce qui a fait le plus de mal à Max and Co, c'est sa communication et plus precisement le slogan ridicule et faussement "cool", et la bande annonce qui tentait vaguement de rendre les images vivantes et fun, mais on ne prennait pas... à la fin de la bande annonce, on a juste l'impression d'avoir vu une parodie foireuse d'un BA de shrek. Ils auraient du mettre en avant leur différence plutot que de tenter de rivaliser.
Rédigé par: guillaume | le 26 mars 2008 à 02:24