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«Survivre avec les loups», au prix du mensonge

Loup_nazi_2 Survivre avec les loups appartient à cette catégorie de films qu’il est impossible de critiquer sous peine de passer pour un salaud, une brute au cœur de pierre, voire un nazi. Bien entendu, elle est émouvante, l’histoire de la petite Misha qui, pour échapper aux Allemands et retrouver ses parents déportés, traverse le continent européen, de la Belgique à l’Ukraine, à pied, en tapinois, seule et parfois en compagnie d’une meute de loups. "Histoire vraie, incroyable, bouleversante, que le film peine à rendre pleinement, car l'indicible ne peut se montrer", disait pudiquement L'Hebdo il y a quelques semaines.

Véra Belmont illustre avec sensibilité le périple de Misha, mais cela ne suffit à faire une œuvre d’art. On s’ennuie, parce que si les loups sont beaux, ils manquent de conversation. On en vient à l’éternelle conclusion selon laquelle les mots pour le dire sont difficilement traduisibles en images. Que certains épisodes de la souffrance humaine ne supportent pas d'être recréés sur grand écran. Qu’un sobre documentaire est plus fort qu'une fiction luxuriante. En d'autres termes, In Toten Winkel – Hitlers Sekretärin, le documentaire qui donne longuement et en plan fixe la parole à Traudl Junge, la secrétaire du Führer, est plus respectable que Der Untergang, d'Oliver Hirschbiegel, qui reconstitue les derniers jours d'Hitler dans son bunker…

Seulement, voilà, l’histoire de la petite Misha, c’est du pipeau… Misha Defonseca, auteur d'Un souvenir de l'Holocauste dont Véra Belmont a tiré Survivre averc les loups, a tout inventé. Elle s'appelle Monique de Wael. Elle est née en 1937, en non en 1934, elle est catholique et non juive. Ses parents n'ont pas été déportés. Mais son père, entré dans la Résistance, est passé à l'ennemi. Il a dénoncé ses camarades et même participé à des interrogatoires, avant d'être fusillé. Confiée à un oncle, la petite fille subit les insultes des gosses à l'école qui l'appellent "la fille du traître". Pour survivre au deuil, à la brutalité de la guerre, à la cruauté des écoliers, elle s'invente un destin, une histoire, une identité à laquelle aujourd'hui encore elle s'accroche.

On aurait dû se méfier. Le personnage de Mowgli des Ardennes rappelle une devinette politiquement incorrecte qu’un gay-luron racontait dans Chasing Amy, de Kevin Smith: au milieu d’un carrefour, il y a un billet de dix dollars. Au sud, il y a le Père Noël; à l’est, une grosse gouine hommasse; au nord, le Lapin de Pâques ; à l'ouest, une ravissante jeune lesbienne. Qui va ramasser le billet ? La grosse gouine, of course, car tous les autres sont des personnages de fiction. Comme le Lapin de Pâques, le petit Chaperon rouge est aussi un personnage de fiction. Nous l’avions oublié le temps d’un film. Parce que nous avons besoin de merveilleux.

Un spécialiste des enfants-loups, un généalogiste, un journaliste ont mené l'enquête et découvert le pot aux roses. Maintenant, toutes les honnêtes gens crient haro sur l’affabulatrice. Son éditrice la traîne en justice: elle est devenue riche en vendant un roman alors qu'elle croyait vendre un document. Les blaireaux qui ont versé leur larme, se sentent arnaqués. Trompés sur la marchandise, floués dans leur sentiments. Humiliés. Alors ils mordent. La pauvre Misha présente ses excuses urbi et orbi.

La meute des spectateurs abusés a bien tort d'exciper de leur droit à l'authenticité, au principe de "l’incroyable mais vrai", car c’est à présent que l’histoire devient passionnante, au moment où elle sort du registre dramatique pour s’inscrire dans la psychanalyse. D'accord, Misha n’a pas traversé l’Europe en compagnie des loups. Mais quelles souffrances la petite fille a-t-elle dû endurer pour inventer un récit aussi extraordinaire, et y croire pendant soixante ans, et le vendre à des milliers de lecteurs. La morale de ce rebondissement est la même que celle de Survivre avec les loup : davantage que le loup, c’es le nazi qui est un loup pour l’homme.Véra Belmont a l'élégance de ne rien renier: "Peu importe que cette histoire soit vraie ou inventée. Je la défendrai jusqua'u bout, parce que c'est mon histoire".

Si le cinéma était encore un art adulte, c’est maintenant qu’il s’emparerait de l’histoire de Misha, la petite fille qui criait au loup, pour un récit plongeant dans les tréfonds de la psyché. Il y a d'innombrables façons d'approcher ce cauchemar: un huis-clos retentissant de violence psychologique, façon Bergman (Wolfen)… Un faux documentaire jouant sur les ambiguïtés du mentir-vrai, comme Werner Herzog dans Incident at Loch Ness (Herz aus Fleisch)… Une mise en abyme dévoilant avec malice ses artifices, à la Fellini (Misha degli Lupi)… La monstruosité tapie sous l'apparence chère à Cronenberg (A History of Fangs)… Une mascarade macabre comme les pratique Terry Gilliam (L'Armée des Douze Loups)…Godard lisant Un souvenir de l'Holocauste au zoo de Servion, devant la cage aux loups (Pierrot le loup)...

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Voici les sites qui parlent de «Survivre avec les loups», au prix du mensonge:

Commentaires

Misha,
Ne les écoutez pas, laissez les parler si ça leur fait plaisir...
Ils jugent, ils cherchent à comprendre, mais je crois qu'ils n'ont rien compris...
Où est la vérité après tout? Un rêve n'est t-il pas aussi réel qu'un ressentis ou qu'un fait... Est-ce que tout doit exister dans une seule et même réalité trop concrète, trop palpable? Je pense qu'il y a des vérités qui ne se démontreront jamais par a+b ... je crois qu'il y a des vérités bien au delà de tout ça, bien plus grande... Je crois que tout ce que l'on ressent, perçoit, imagine, rêve fait partie de notre vie au même titre que n'importe quel autre événement, a partir du moment où il nous touche, où nous l'avons vécu au fond de notre cœur... Cette aventure, quelle importance que vous l'ayez vécu dans un rêve qui fait votre plus beau souvenir, plutôt que dans ce monde concret qui vous faisait trop mal? Pour moi vous n'avez pas mentis, pour moi vous l'avez vécu et peu importe comment, ce souvenir personne n'a le droit de vous l'enlever, de le salir... Vous n'avez pas mentis, les loups vous ont sauvé, et peu importe comment, ils étaient là, quand vous fermez les yeux vous les voyez encore, comme si c'était hier... Tout ça a bel et bien existé, ils ne peuvent pas comprendre, ils ne savent voir qu'avec leurs yeux... Il faut parfois savoir voir au delà des choses...
J'ai lu votre livre lorsque j'avais 15 ans, j'ai été touchée, émerveillée, ça m'a fait rêvé, je me souviens encore de l'histoire, des images que j'ai imaginé tout au long de votre aventure, elles sont encore aujourd'hui en moi... Merci pour ce souvenir, pour ce morceau de ma vie que vous m'avez donné...
Ne les écoutez pas, et n'oubliez aucun moment de cette formidable aventure que vous avez pu vivre...
J'espère que ceux qui vous sont cher et qui ont été déçu, comprendront cela un jour...
Je vous souhaite tellement de bonheur...
Isil

Commentaire las sur le commentaire: pffffffff....

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