Visions du Réel : dernières remarques
Quelles traces 160 films laissent-ils sur la conscience d’un spectateur dévoué ?
Des images. Un aigle qui vole dans un couloir de prison, mis en scène par les détenus sous l'objectid de Denise Gilliand (Article 43). Les cendres de Robert Mapplethorpe dans la paume de Patti Smith (Dream of Life).
Des mots. L’adage d’un vieux berger du désert iranien, entendu dans Nomad's Land: "La vie se mord l’oreille". Les commentaires d'un Marocain qui dit "Mon pays c’est la France d’en bas" et rappelle qu'on a "détruit le plus grand mur, celui de Berlin, ça a fait des petits" (D'un mur à l'autre).
Des histoires. Suivre un festival de cinéma, c'est comme de lancer un regard dans un salon éclairé, et de s'inventer une histoire, et de se souvenir que les livres qu'on voit dans la bibliothèque de cette pièce étrangère où l'on s'invite contiennent des histoires qui en contiennent d'autres…
Par exemple, Bingai (id.), la Chinoise contrainte d’avorter (à six mois!) pour ne pas payer l’amende punissant ceux qui enfreignent la loi de l'enfant unique, raconte son rêve: dans les herbes, des serpents cherchent à la mordre. Elle les reconnaît, ces reptiles vindicatifs: ce sont les enfants dont elle a avorté. Elle leur crie que ce n’est pas de sa faute, alors ils la laissent en paix.
Dans No London Today, Abraham, un Ethiopien échoué à Sangatte,
demande: "Do you know Jan Val Jan? "., Il raconte que c'est l'histoire d’un type qui fait vingt ans de prison. Il s'évade, il se cache dans une église, puis dans la jungle. Il devient très riche et il règle ses comptes. "Moi, je suis le petit Jan Val Jan de Khartoum", conclut le sans-papier. Par quels cheminements, au gré de quelles séries B made in Bollywood, Jean Valjean, figure de la littérature française, a-t-il accédé à l'imaginaire africain et à la dignité de la poésie orale? Au hasard de quelle bande dessinés aux couleurs criardes s'est-il confondu avec Edmond Dantès, comte de Monte-Christo?
Voilà ce qu’il nous reste d'une semaine d'activité cinématographique intense. C’est peu. C’est beaucoup...

Magnifique ce festival "visions du reel" : j'ai découvert comme vous "No London Today", que j'ai profondément aimé. Il y avait aussi le film français (G)rêve général(e) : une plongée très réussie dans l'univers de l'engagement et de la jeunesse. Un film au delà de la chronique, qui m'a beaucoup ému.
Rédigé par: Pierre Bertagnes | le 01 mai 2008 à 22:33