« Visions du Réel: «Tanz mit der Zeit» | Accueil | Visions du Réel: «Driving Men» - «Mère et monde» »

Visions du Réel: Philippe, Saire, comme un coquelicot dans la ville

Vdrsaire_saire Comme toutes les villes, Lausanne recèle plein d’endroits étranges que le citadin pressé ignore ou ne voit plus. Il appartient aux poètes de les repérer et d’y cultiver les fleurs du rêve. Depuis 2002, Philippe Saire et ses danseurs investissent ces biotopes escamotés pour des impromptus, qui connaissent un succès croissant et font l’objet de courts-métrages - «Notre Dögmeli à nous» sourit le chorégraphe et cinéphile averti. Si un spectacle de danse nécessite de six à huit mois de travail, les neuf Cartographies sont des  «croquis» dont les frais de production n’excèdent pas 25000 francs. Visions du Réel consacre une rétrospective à ces poèmes visuels permettant de redécouvrir par la danse l'espace de la ville. C'est ce soir à la salle Colombière (20 h), et c'est à ne pas rater.

Conçues en collaboration étroite avec des cinéastes, ces interventions chorégraphiques en milieu urbain relèvent moins du narratif, car en matière de danse Philippe Saire se méfie de la fiction souvent réductrice, que de la suggestion. Il s’agit de «laisser un espace au spectateur, d’ouvrir les portes de l’imaginaire»: les pavés glissant comme des palets de curling vers le corps écroulé d’une danseuse renvoient à toutes les lapidations de l’histoire. En quittant l’espace abstrait de la scène pour investir le concret, la pierre, les danseurs ressemblent à ces coquelicots qui poussent dans les interstices de la ville, ils incarnent la revanche du vivant sur le béton.

Vdrsaire_flon Pas de deux au minigolf du Richemont, Ocean’s Eleven à la gare du Flon (Interface, de Pirre-Yves Borgeaud), travelling sans cesse recommencé sur la pelouse de Bellerive un jour d’été ((Ha Ha Hey )What are you doing?, de Massimo Furlan)Vdrsaire_bellos_3 , West Side Story à la rue Centrale (Rue Centrale 17-19, d'Alain Margot), Vdrsaire_centrale Ramuz sur le toit de la Vallée de la jeunesse (La Vallée de la Jeunesse, de Fernand Melgar)Vdrsaire_valle ... Chaque film se distingue par une couleur, une tonalité qui sont à la fois la marque du cinéaste et l’empreinte du lieu. Borgeaud se la joue Big Brother, Furlan fait œuvre de plasticien, Melgar filme le work in progress...

Vdrsaire_boules Et dans La Boule d'Or, de Bruno Deville, il n'y a plus de danseurs, juste des jouers depétanque, aussi âgés que les quatre héros de Tanz Mit der Zeit, qui tirent et pointent au gré de chorégraphies rodées par des années d'amour du geste juste.

Vdrsaire_arche Philippe Saire passe à deux reprises derrière la caméra, démontrant avec Les Arches (du Grand Pont) et Le Bassin (du Palais de Rumine) que cadrages et montage n’ont pas de secret pour lui.

Les Cartographies intègrent aux chorégraphies les passants, les baigneurs lézardant à la piscine, les sollicitations ludiques de l’architecture et même, hors-champ, les ouvriers d’un chantier voisin qui règlent le trafic automobile. Elles suscite le choc surréaliste qu'aimait Breton: privé de son "GL" initial, l'enseigne d'un grand magasin affiche en rouge un "OBUS" inquiétant. Vdrsaire_centrale_2 Elles font la part du hasard comme cet essor soudain de pigeons qui traversent le plan final des Arches ou ces trois têtes d’enfants qui lorgnent de derrière un mur, ou encore ce convoi funéraire qui passe au loin, dans La Vallée de la Jeunesse, projetant une ombre sur les jeux et les corps pleins de vie. Les danseurs suspendent leur mouvement, se découvrent. L’élan créatif s’incline devant l'immixtion du réel et ses implications philosophiques.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/686435/28272520

Voici les sites qui parlent de Visions du Réel: Philippe, Saire, comme un coquelicot dans la ville:

Commentaires

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier