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Visions du Réel: «Driving Men» - «Mère et monde»

Des trois grandes thématiques qui émergent de la profusion des films à l’affiche de Visions du Réel, politique, intimiste et culturel, la seconde était clairement à l’honneur cet après-midi au gré d’un programme réunissant deux films en Compétition internationale, écrits à la première personne mais de nature fort différente, puisqu’à l’humour juif new-yorkais de Susan Mogul ont succédé les jérémiades québecoises de Michel Langlois.  Les deux cinéastes nord-américains ont en commun d’avoir eu 20 ans à la fin des années 60. Sinon...
Vdrdriving_men Susan Mogul a eu beaucoup de mal à passer son permis de conduire et plus encore à trouver un compagnon. Le beau Larry est mort à 20 ans en 1969, un éclat de verre planté dans la gorge. Sa passagère, Susan, s’en est sortie vivante, mais avec un ressort intime cassé. Tandis que tous ses frères et sœurs se mariaient, elle restait célibataire. Dans Driving Men, elle passe en revue les hommes qui l’ont conduite en voiture et les hommes qu’elle a «conduits» dans la vie – mais pas jusqu’à l’autel. Sans complexe, elle raconte ses échecs, évoque sa vie sexuelle, montre ce qu’une féministe dans les années 60 étai capable de faire avec une banane. Moulée dans un pantalon de cuire noir, elle rigole sur scène, explique que son film cherche avant tout à expliciter sa relation aux hommes et à comprendre pourquoi elle est restée célibataire». Et tandis que, très cool, Ron Schneck, le compagnon qu’elle a fini par dégotter à 54 ans monte à son tour sur scène, elle enchaîne: «Mon film est aussi la célébration de l’esprit de rébellion. Je ne veux pas ressemble à u reality show». Elle embrasse Schnekli, tout le monde s’esclaffe, on a passé un bon moment doublé d’une bonne tranche d’histoire américaine contemporaine sur quatre roues.
Pendant ce temps, plus au nord, Michel Langlois faisait le serveur dans un petit hôtel sur les bords du Saint-Laurent. C’était son summer of love 69 (année érotique)... Avec les enfants de la patronne, Geneviève et Simon, il découvrait le goût du bonheur. Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, tout ça c’est du passé et visiblement le cinéaste ne s’en est pas remis. En 1993, il consacre une fiction, Cap Tourmente, à cette saison en paradis, une espèce de Théorème pleutre de la Belle-Province: le personnage qui le représente, joué par un bellâtre évoquant un hasardeux croisement de Depardieu jeune et James Dean, en pince pour la sœur, pour la frère - et pour la mère aussi.
Vdrmre_et_monde L’an dernier, il est retourné à l’hôtel des jours heureux pour tourner Mère et monde, un portrait d’Yvonnette, 90 ans, bon pied bon œil, qui habite toujours au même endroit. Il a aussi convoqué les cinq enfants. Ils ont répondu «présent» à contrecœur, sauf la trop belle Geneviève qui reste terrée dans le Mexique où elle a émigré. «C’est en rencontrant ces gens que j’ai eu envie de faire des films et pas le contraire», explique en préambule le réalisateur. Face à la smala laconique, il explique qu’il entend «redonner la parole» à ceux qu’il aime. En fait, il barbote dans le remords de les avoir réinventés dans une fiction et dans la culpabilité des pulsions homosexuelles (ou le regret de ne les avoir pas assumées). Ses tourments n’affectent guère la placidité des autres. Ils ont tourné la page, ils n’ont pas confit leur vie dans le romantisme suret. Piteux, Langlois confie en off «sous les masques de l fiction, j’ai toutes les audaces, dans le documentaire je n’ose pas poser les questions les plus simples». Comme: Yvonnette aimait-elle son marin de mari?
La fiction permet de recréer à l’écran les combats perdus dans la vie. Le cinéaste était amoureux de toute la maisonnée, fantasmes d’adolescent qui ne touchent guère les spectateurs. Si Mère et monde, morne élégie vaguement axée autour d’un dilemme (prendre le large ou devenir aubergiste)  s’avère complètement impuissant à faire vivre cette famille qui a illuminé la vie de Michel Langlois, Cap Tourmente, dont il entrelarde d’extraits les images documentaires, semble pire encore: personnages trop beaux, trop lisses pour être vrais, dialogues creux («La vie, ça ne peut pas être ça !», se révolte un éphèbe), «Il pleut sur Nantes» chanté à cappella sur la plage, solo de violoncelle dans un galetas dont le bric-à-brac est soigneusement reconstitué...
Le film se termine. On quitte les rives du Saint-Laurent. Mais ce n’est pas fini. Toujours ressassant le passé, le cinéaste part au Mexique sur les traces de l’insaisissable Geneviève, semant d’autres réflexions poétiques insupportablement vaines, d’autres lieux communs (la joie de vivre des Mexicains...). Geneviève est partie : elle a bien fait. La retrouve-t-il ? Franchement, on n’en sait rien, car le soleil d’avril nous a appelés vers les terrasses où chante le vin blanc. Et pour être tout à fait franc : on s’en fout. Michel Langlois n’a pas réussi une seconde à nous intéresser à sa famille d’aubergistes et à nous faire envie avec l’été de ses 19 ans. Contrairement à la malicieuse Susan avec ses provocations et sa banane.

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Commentaires

La production aurait mieux fait de payer à ce pauvre Langlois une bonne psychanalyse plutôt que de le laisser nous infliger ce documentaire narcissique et, dans le fond, un peu malsain. Toujours présent à l'écran par la voix ou par l'image, il tire sans cesse le propos à lui et ne nous dit rien des autres protagonistes... Heureusement, il y avait les premières glaces au bord du lac et le merveilleux film de Volker Koepp (Holunderblüte) pour s'en remettre!

Parafaitement d'accord avec vos commentaires sur ces deux films. Driving men est un documentaire riche, drole et triste.
Mere et Monde est un truc prétentieux plein de phrases bidons sur "le dur métier d'être un homme" (sic).
Question : en fait, pourquoi fait-on un film ?

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