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Visions du Réel: rêve de paix, rêve de serpents

Vdr_carter Jonathan Demme a traumatisé le monde avec Le Silence des Agneaux en 1991. Il a sensibilisé la planète au problème du sida avec Philadelphia. La fiction lui doit énormément, puisqu’il a crée un type, le serial killer, que séries télévisées (à commencer par X-Files) et cinéma ont décliné à l’envi ces quinze dernières années.
Mais Jonathan Demme est aussi un grand documentariste, comme le prouve Neil Young: Heart of Gold,  concert grandiose du Loner à Nashville filmé avec une intelligence et une écoute exceptionnelle. Dans un genre très différent, mais en restant dans le thème du coeur en or, le cinéaste propose aujourd’hui Jimmy Carter: Man from Plains.
En novembre 2006, pendant que les Rolling Stones remplissent le Beacon Theater devant la caméra de Martin Scorsese et en présence de Bill Clinton, l’ancien président des Etats-Unis commence la tournée promotionnelle de son livre, Palestine, peace no apartheid.
Entre 1976 et 1980, le 39e président a fait la une des médias, Et puis il est sorti de l’infosphère. On le retrouve à 83 ans, bon pied bon œil, poursuivant sans relâche sa croisade pour un monde meilleur. Jimmy Carter a la foi. La foi en Jésus-Christ, puisqu’il prêche à l’Eglise. Une foi ouverte, chaleureuse: «Je ne vous oblige pas de croire qu’il a fait des miracles, qu’il a multiplié les pains et les poissons, même si j’y crois moi, mais de croire à son message». Jimmy Carter a aussi foi en l’homme, en l’avenir.
Riche de son expérience politique, encore auréolé du succès du processus de paix entre Israël et l’Egypte qu’il initia en réunissant Begin et Sadate à Camp-David, Jimmy Carter a osé écrire un livre dans lequel il compare la façon dont les Israéliens traitent les Palestiniens à l’apartheid.
Apartheid. Le mot choque, à dessein. Les commentateurs politiques, les animateurs de talk-show le relèvent inlassablement. Et inlassablement, poliment mais fermement, le pèlerin de la paix défend son point de vue. Les attaques se font plus virulentes. Les milieux juifs américains vilipendent Carter, la communauté noire déteste qu’on galvaude ce terme. Les rabbins de Phoenix, Arizona, écoutent ses arguments mais leurs visages sont floutés et ils refusent que le film donne leur point de vue,
Au lieu de goûter à une retraite peinarde à Plains, 635 habitants, le vieil homme subit avec patience ces attaques. Il est porté par un rêve qui brille bien au-delà de la bave des crapauds et des intérêts partisans. Jimmy Carter est un juste. A un interlocuteur qui lui demande s’il ne regrette pas de ne pas avoir atomisé l’Iran au moment de l’affaire des otages, il explique qu’il a préféré engager un dialogue plutôt que de lancer les missiles. Les otages sont rentrés vivants et il ne pense pas que le monde irait mieux aujourd’hui sir les ogives étaient tombées dur Téhéran. A l’heure où les va-t-en guerre l’ont toujours ouverte, on regrette le temps où Jimmy Carter dirigeait la plus grande puissance du monde.

A propos de grande puissance, la Chine délocalise les paysans qui ont le tort de vivre et travailler sur les terres que le barrage des Trois-Gorges va submerger. Feng Yan raconte dans Bingai le combat d’une paysanne qui refuse de quitter sa maison. Le film est un peu longuet, un peu criard, mais le courage de Bingai et sa dignité nous épate. Elle parle de sa vie, le grand amour auquel elle a dû renoncer pour un mariage de raison, elle nourrit de grandes espérances pour ses deux enfants, elle râle contre son freluquet de mari, elle mange des oranges près de la rivière – comme la Suzanne de Cohen.
Miracle du cinéma documentaire, au-delà du témoignage sur une situation socio-économique, on entre dans l’intime de Bingai quand elle raconte ses rêves. Elle rêve de sa mère, de sa grand-mère, rarement de son mari car «l’âme n’est pas toujours là où se trouve le corps». Elle rêve aussi des enfants dont l’Etat l’a obligée d’avorter: ils ont la forme de serpents qui cherchent à la mordre. Elle crie que ce n’est pas de sa faute, alors ils la laissent, ils retournent dans l’herbe.

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