NIFFF: la vérité sort de la bouche des enfants
Un adulte
à l’écoute d’un enfant, ce n’est pas aussi fréquent que le pensent les bonnes
âmes qui se réclament de Jean Piaget parce qu’elles lisent des magazines de
psychologie. Le «passe ton bac d’abord», le «arrête de dire des bêtises» ou le
«tu comprendras quand tu seras grand» prévalent encore et toujours sur le
«schtroumpfons ensemble». Le Neuchâtel International Fantastic Film Festival est
une entorse à la prépondérance du sérieux.
En l’an
2000, les autorités municipales et cantonales ont prêté l’oreille aux rêves
d’une poignée de jeunes allumés, davantage attirés par les créatures qui
rampent dans l‘ombre des Carpates et des pyramides que par les rigueurs de la
péréquation. Elles leur ont fait confiance, le miracle à eu lieu: les
«vampires qui clignent de l’oeil les bras tendus hors du cercueil» ont porté
loin la renommée de Neuchâtel. La 8e édition du NIFFF propose 90
films venus de 25 pays, représentant la diversité du genre et le dégageant des
clichés, et héberge des stars comme Joe «Gremlin» Dante (président du jury), George A. «Zombie»
Romero ou Hideo «Dark Water» Nakata...
Comme
chaque année, on est surpris, touché, émerveillé d’assister à la jonction des
adultes et des enfants, à la trève des comptables et des rêveurs, à l’entente
des autorités et des gremlins. Nicolas Bideau se présente carrément comme le
«gremlin en chef de la section cinéma de l’Office Fédéral de la culture et, tel
Snaug comptant ses richesses, recense les «quatre trésors» du NIFFF :
l’équipe du festival, le public, les cinéastes fantastiques et Neuchâtel qui a
osé écouter les allumés. Il annonce la production de trois longs métrages
helvétiques de nature fantastique, dont le premier thriller d'horreur alpin,
signé Michael «Grounding» Steiner.
Ses
cheveux de jais cascadant sur sa tunique d’une blancheur de nymphéa, Valérie
Garbani est belle comme la fille du roi des elfes. La socialiste donne du «M.
le zombie en chef» à Bideau, se marre et se réjouit de la richesse du programme
concocté par la directrice artistique, Anaïs Emery, dit la femme au regard
pointu.
Le film
d’ouveture. The Substitute, d’Ole Bornedal, explore à sa façon les rapports
faussés qu’entretiennent adultes et enfants. Une classe hérite d’une
remplaçante énergique (incarnée par Paprika Steen, la comédienne danoise
toujours prête à faire rire) qui ne ménage pas les cancres. Tandis que les
parents, le directeur de l’école s’ébaubissent des méthodes pédagogiques de
cette blonde volcanique ou succombent à ses appas, les gosses
comprennent. Ulla est une extraterrestre infiltrée sur la planète Terre
pour nous voler cette matière première dont son monde d’origine est
dépourvu: l’amour. Les gosses triomphent in extremis, car au royaume des
gens sérieux, seuls les rêveurs voient la vérité. Véhiculant les valeurs
délectables de l’humour danois, The Substitute n’arrive toutefois pas au niveau
d’Adam’s Apples, révélation du NIFFF en 2006. Peut-être espérait-on un peu plus
de satire sociale.
A petits pas de flâneurs vespéraux, les spectateurs se dirigent sous un ciel au teint de pêche vers l’open air du quai Ostervald. Sous une tente, un dîner cocktailatoire est proposé. On grignote un frigouli, le goût du paprika ne cache pas celui du steen, le wienerli est très apprécié, à moins qu’il ne s’agisse des pis occipitaux caractéristiques des wublox de Fomalhaut. Mais la nuit tombe, il est temps de revoir Blade Runner, de Ridley Scott, version final cut, c’est à dire celle qui, au happy end de 1982 préfère une conclusion plus ambiguë. Une petite licorne d’origami suffit à suggérer un malaise ontologique infini: et si Deckard (Harrison Ford) était un réplicant lui-même ? Et si nous étions tous des réplicants, des ersatz génétiquement manufacturés ayant succédé à l'humanité de souche et vivant dans l'illusion de nos souvenirs synthétiques?

je trouve quand même un peu gonflé de la part de Monsieur Bideau de se féliciter de la tenue d'un festival tel que le NIFFF, et de se réjouir de la vivacité retrouvée (ou à retrouver, avec l'aide de ses services) du cinéma de genre suisse, alors que ses services, justement, ne le soutiennent pas, le cinéma de genre... allez donc demander aux réalisateurs de genre suisse qui se voient refuser des subventions parce que "pas assez vendeur"...
Rédigé par: roger | le 02 juillet 2008 à 01:43