Bon, ben voilà. Les cloches sonnent le glas de 2008, la joyeuse année au cours de laquelle la notion de milliard s'est fortement dévaluée et au cours de laquelle les habitants de la planète Terre n'ont pas lésiné sur le moyens de sa rapprocher de la catastrophe ultime. Aux désastres économiques, humanitaires et écologiques répond une certaine maussaderie cinématographique. Toujours plus de films, toujours moins de bons films. Entre des vains spectacles générés par ordinateurs et de consternantes resucées boulevardières, brillent toutefois des pépites à l'éclat desquels on ranime son amour du 7e art.
A l'heure des bilans, établissons la liste des meilleurs films de 2008.
En tête, l'éblouissant Un Conte de Noël, d'Arnaud Desplechin (France).
Jamais l’ombre du petit Joseph, mort de leucémie quand il avait six ans, ne s’est dissipée. Quarante ans plus tard, elle empoisonne encore les rapports familiaux. Surtout cette année, sous le sapin. Car Junon (Catherine Deneuve), la mère, a besoin d’une greffe osseuse pour survivre. De ses trois enfants, seul Henri (génial Mathieu Amalric), le mouton noir, est donneur compatible. Le fils maudit va-t-il se reconvertir en fils prodigue? Maîtrisant à la perfection la grammaire cinématographique, Arnaud Desplechin tisse de troublantes correspondances entre le dérèglement cellulaire qu’est le cancer et les turbulences de la cellule familiale, invoque le spectre de l’inceste, multiplie les allusions mythologiques pour faire sentir le terrible déterminisme du sang - et le souffle de la folie... Une tragédie, bien sûr, mais d’une sauvage drôlerie.
Sans cet éblouissant chef-d'œuvre la palme de l'année serait assurément allée à Home, d’Ursula Meier (Suisse). Un film prodigieux ne ressemblant à rien de ce qu'on a pu voir jusqu'alors. La réalisatrice nous emmène en terra incognita. Une maison de rêve au bord de la route, une famille au bord du gouffre.Le paradis sur terre jusqu'au jour où les voitures recommencent à rouler sur l'autoroute désaffectée, asphyxiant les riverains et leurs rêves.
Et puis:
There will be blood, de Paul Thomas Anderson (Etats-Unis). Le destin d’un magnat du pétrole, l’allégorie d’une nation fondée sur l’appât du gain,
Der Freund, de Micha Lewinsky (Suisse). Cette tragicomédie délicate sonde le deuil et épingle le ridicule avec une extrême finesse.
La Forteresse, de Fernand Melgar (Suisse).Un souffle poétique traverse ce magistral documentaire sur les requérants d’asile.
Hellboy 2, de Guillermo del Toro (Etats-Unis). Le beau diable rouge se démène dans un nouveau chapitre amusant de l’Apocalypse.
Heimatklänge, de Stefan Schwietert (Suisse).A travers trois figures du jodel progressiste se révèle la splendeur minérale de l’âme helvétique.
The Dark Knight, de Christopher Nolan (Etats-Unis). Voici l’heure de Batman et la puissance des ténèbres. D’une implacable noirceur.
In Bruges, de Martin McDonagh (Grande-Bretagne) Deux tueurs stagnent comme l’eau des canaux dans une cité hantée de sortilèges gothiques.
The Changeling, de Clint Eastwood (Etats-Unis) Un fait divers oublié inspire mieux qu’un polar: un film politique qui s’élève à la dimension biblique.
Stellet Licht, de Carlos Reygadas (Mexique) Un impossible amour dans une communauté religieuse qui proscrit l'adultère. Parlé en dialecte hollandais, composé de plans séquences d’une immense beauté formelle, interprété par des comédiens non professionnels, dépourvu de musique et souvent laconique, ce film sublime qui se réclame de Dreyer prend le temps de montrer les travaux des champs, les peines et les joies, la violence des sentiments refoulés et la réalité de l'invisible.
Entre les murs, de Laurent Cantet (France). L'année scolaire d'une classe d'adolescents parisiens filmés au plus près de la vie. Un film citoyen débordant d'énergie.
Et le plus mauvais film de l'année? Ha ha, vous aimeriez bien savoir, hein, bande de petits scorpions. Peu importe son titre. Une seule certitude: il est français... Ben oui, à l'heure qu'il est, abêti par les exigences du prime time, reflétant l'inculture et la vulgarité du président Sarkozy, les films français font peine à voir. Allez, on peut dire qu'Astérix aux Jeux Olympiques, parce qu'il a coûté particulièrement cher et qu'il est particulièrement mauvais mérite la palme 2008 de la nullité triomphante.
Allez, c'est fini, on tourne la page. Demain, c'est 2009 et on va bien rigoler car en matière de pire l'avenir nous a rarement déçus.
On s retrouve à janvier, du côté de Soleure, ou avec de beaux films suisses: Un autre homme, de Lionel Baier, Luftbusiness, de Dominique de Rivaz.
Bonne année.
