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Pour mettre un peu de relief dans le panorama
cinématographique suisse qu’elles proposent, les Journées de Soleure ont
inauguré cette année le Prix de Soleure (en français dans le texte). Initiative
sympathique reposant toutefois sur un principe un peu bizarre puisque les prix
est décerné «à l’oeuvre qui portera à l’écran, de la manière la plus
impressionnante et dans une forme aboutie, un point de vue inspiré de
l’humanisme».
C’est quoi l’«humanisme»? Quelle vertu à la fois banale et pompeuse le Prix de Soleure entend-il célébrer? On sent l’alibi précaire. Car enfin, toute oeuvre digne de son nom relève de l’humanisme (hormis certaines comédies françaises, comme de bien entendu), de la même manière que toute comptabilité procède de l’arithmétique. Laurel et Hardy au Far-West est pétri d’humanisme. Bladerunner qui observe la frontière infinitésimale séparant l’être humain de son répliquant manufacturé flamboie d’humanisme inquiet. Et même Wall-E est humaniste, puisque le petit robot solitaire épruve des sentiments humains et sauve l’huanité...
L’aspect hautement hétéroclite de la sélection, fictions et documentaires mêlés, souligne l’ambiguïté du critère. Ces huit films réunissent le meilleur (Home, d’Ursula Meier, La Forteresse, de Fernand Melgar, No More Smoke Signals, de Fanny Bräuning) et le pire (März, de Händl Klaus, In die Welt, de Constantin Wulff) et aussi Du bruit dans la tête, de Vincent Pluss, Happy New Year, de Christophe Schaub, Pausenlos, de Dieter Gränicher.
L’humanisme, dans tout ça ? Bien sûr il palpite dans La Forteresse, documentaire civique et poétique sur les requérants d’asile. Il hante Home observant l’implosion d’une famille. Il imprègne forcément No More Smoke Signals qui se soucie du sort des Indiens dans leurs réserves. Du bruit dans la tête fait montre d’humanisme en suivant une fille au comportement erratique, Happy New Year en croisant les destinées de quelques Zurichois pendant la nuit de Nouvel-An, Pausenlos en s’intéressant au stress professionnel.
März qui plonge dans les ténèbres d’un village autrichien enschnapsé par le deuil suscité par un triple suicide adolescent est insupportable d’ennui, mais humaniste, bien sûr. In die Welt est exaspérant: il fait partie de ces documentaires qui ont pour seul intérêt d’avoir décroché les autorisations de filmer. Admis dans la Maternité avec sa caméra, le réalisateur enregistre longuement ce qu’il voit: des femmes en gésine beuglant de douleur, des bébés qui hurlent, des infirmières qui rangent des tiroirs. Ce film sur le «miracle de la vie» (expression consacrée) réussi à être chiant comme la mort, mais forcément, comme il ne préconise ni la gazage des nouveaux-nés, ni le matraquage des femmes enceintes, ni l’incendie des Maternités, il relève de l’humanisme.
Un jury de trois personnes la réalisatrice Stina Werenfels et le musicien Peter Weber sous la présidence de Ruth Dreifuss, ancienne conseillère fédérale, a été «convaincu tant sur le fond que sur la forme» par No More Smoke Signals.
Quand elle s’est aperçue
qu’aucun autre peuple n’est associé à autant de rêves et de nostalgie, Fanny
Bräuning est partie à la rencontre des Indiens. Son film s’organise autour de
KILI RADIO, la «voix de la nation Lakota». En service depuis 1979, cette
station a remplacé les signaux de fumée de jadis. Elle irrigue la réserve de
Pine Ridge (Dakota Sud) d’informations pratiques, de prévisions météorologiques
et de musiques, le rap le plus âpre côtoyant le tambour traditionnel.
Les Indiens restent le plus grand mystère de l’Amérique. No More Smoke Signals retrace leur histoire, du massacre de Wounded Knee en 1890 aux revendications de l’American Indian Movement dans les années 70. La situation des Lakota est extrêmement difficile. La drogue et l’alcool font des ravages. L’espérance de vie d’un homme est de 41 ans. La mortalité infantile est la plus élevée des Etats-Unis, les salaires misérables.
Pour que les enfants ne se sentent pas des citoyens de seconde catégorie, pour que le souvenir du génocide ne s’affaiblisse pas, les anciens perpétuent les traditions et organisent chaque année une chevauchée initiatique à Wounded Knee. Les Lakota ont perdu leur indépendance. Ils doivent demander une autorisation pour accéder à un de leurs lieux les plus sacrés, les Black Hills, là où l’homme blanc a sculpté sans vergogne l’effigie de quatre présidents dans la montagne, alors que les cérémonies sacrées des autochtones ne laissent pas de trace. Spoliés, décimés, ils savent que la vraie richesse ne se calcule pas en dollars. C’est la terre qui nourrit les enfants et qu’il faut respecter. C’est la force des liens sociaux. C’est la supériorité de l’esprit sur la matière.
Il n’y a pas de paratonnerre sur la station de radio. Les esprits disent qu’une plume accrochée au sommet de l’antenne suffit à écarter la foudre. Et ça marche - enfin presque toujours...
Pendant ce temps, le Prix du Public allait à Maman est chez le coiffeur, de Léa Pool. Un film qui ne manque pas d’humanisme lui non-plus...
Rédigé le 25 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Les Américains ont leurs oscars, les Français leurs césars, les Schtroumpfs leurs schtroumpfs et les Suisses le Prix du cinéma suisse - incarnés depuis l’an dernier en Quartz phalloïde du plus bel effet sur la cheminée des récipiendaires qui n’en demandaient pas temps.
Traditionnellement, la nuit des suprêmes récompenses du cinéma suisse brillait d’un feu glamoureux au mitan des Journées de Soleure. Auparavant, un collège d’experts diligentés par l’Office fédéral de la culture avait sélectionné parmi quelques dizaines d’œuvres les meilleurs films de fiction, documentaire, acteurs, actrice, courts métrages, etc, susceptibles d’être orimés; un jury avait départagé le vainqueur parmi les trois ou cinq nominés dans chacune des catégories.
Les choses sont en train de changer. Les temps des experts, convoqués par l’Etat et traités de fonctionnaires par certains artistes, est bientôt révolu. Le cinéma suisse a décidé de se doter d’une Académie sur le modèle de celle qui procède à l’attribution des césars. «L’idée était d’établir une certaine séparation des pouvoirs, explique Jean-Frédéric Jauslin. La Confédération a beaucoup de responsabilités dans le cinéma. Elle attribue les subventions, elle décide aussi des nominations. Désormais, la branche doit s’impliquer».
L’exercice est ardu: il n’est pas facile de réunir sous la houlette de Fredi M.Murer, autorité morale de la cinématographie nationale, les 250 producteurs, distributeurs, réalisateurs, scénaristes, comédien-ne-s, monteurs, costumiers, décorateurs qui vont procéder à la sélection. «Je souhaite que cet exercice rassemble les gens, les Alémaniques, les Romands, les italophones et qu’ils prennent tous conscience que notre cinéma est formidable», poursuit le directeur de l’OFC.2009 est une phase intermédiaire. L’Académie a visionné 142 films, puis communiqué, sous pli scellé et notarié, ses voix à un jury composé de neuf personnalités issues des métiers du cinéma qui a procéédé à l’affinage ultime. A Soleure, on communique le nom des nominés; rab de glam, la remise des quartz aura lieu au KKL de Lucerne devant les caméras du monde entier.Ce soir, l’Uferbau s’est fait beau pour accueillir cette cérémonie intermédiaire avant le grand raout lucernois du 7 mars où les quartz vont tomber dru.
L’ambiance est à la fois décontractée et fébrile. Après une heure passée à écluser des verres et grignoter des sandwiches en refaisant l’histoire du cinéma et en risquant des pronostics, les résultats tombent comme des coups de trique.
Trickfilms (films d’animation). Sont nominés: Retouches, de Georges Schwizgebel; Signalis,d'Adrian Flückiger; Tango Lola,de Sami Ben Youssef & Izabela Rieben, Die Seilbahn, de Claudius Gentinetta & Frank Braun et Tôt ou tard, de Jadwiga Kowalska .
Kurzfilms (courts métrages): Big Sur, de Pierre-André Irlé & Valentin Rotelli; Gehrig kommt! de Marc Schippert;Ich träume nicht auf deutsch, d'Ivana Lalovic; Monsieur Sélavy, de Peter Volkart; et Un Dia y Nada, de Lorenz Merz. A noter que les explosions de joie ponctuant les nominations dans ces deux premières catégories sont particulièrement vives, car les œuvres sont souvent signées par des jeunes.
Meilleure musique de film: Balz Bachmann et Peter Bräker pour Happy New Year, de Christoph Schaub; Luk Zimmermann et Christian Brantschen pour Tausend Ozeane, de Luki Frieden; Marcel Vaid pour Zara, d'Ayten Mutlu Saray.
Meilleur scénario: Stefan Jäger pour Boxing Jesus; Grischa Duncker et Thomas Hess pour Happy New Year; Antoine Jaccoud et Ursula Meier pour Home.
Jeunes talents: Joel Basman (Luftbusiness), Kacey Mottet Klein (Home), Melanie Sauder (ZuFallBringen).
Interprétation féminine: Céline Bolomey (Du bruit dans la tête), Natacha Koutchoumov (Un autre homme), Alexandra Prusa (Räuberinnen). Interprétation masculine: Nils Althaus (Happy New Year), Raphael Carlucci (ZuFallBringen); Dominique Jann (Luftbusiness).
Meiller documentaire: Au loin des villages, d'Olivier Zuchuat , Giù le mani, de Danilo Catti; La Forteresse de Fernand Melgar, No More Smoke Signals, de Fanny Bräuning, The Beast Within, d'Yves Scagliola.
Meilleure fiction: Du Bruit dans la tête de Vincent Pluss; Happy New Year,de Christoph Schaub; Home d’Ursula Meier; Tandoori Love, d'Oliver Paulus; Un autre homme de Lionel Baier.
Les grand gagnants de la soirée sont Happy New Year et Home, avec respectivement quatre et trois nominations. Le premier, film choral suivant une série d’histoires d’amour à travers la froide nuit zurichoise du Nouvel An est fort élégant,mélancolique et amusant, mais il n’atteint pas à l’étrange étrangeté, à la puissance onirique et à la violence psychologique du film d’Ursula Meier, une œuvre cinématographique d’une envergure exceptionnelle.
La double nomination pour Luftbusiness (meilleur rôle masculin, jeune talent) fait chaud au cœur: le beau film de Dominique de Rivaz suscite pas mal de bave parmi les crapauds que la dimension spirituelle de l'œuvre offusque
Enfin Un autre homme et Du bruit dans la tête partagent une curieuse communauté de destin. Par-delà leurs qualités respectives (le premier est autrement mieux construit, plus original et plus subtil), ils sont tous deux romands, à petit budge et dépourvus de subventions fédérales. Les deux comédiennes, Mlles Koutchoumov et Bolomey, sont excellentes. Enfin,aucun des deux réalisateurs ne s’est déplacé à l’Uferbau. Lionel Baier a superbement ignoré Soleure, persuadé qu’il n’y gagnerait jamais rien, il s'est mis au vert dans la verte Irlande.
Tous les nominés présents s’entassent sur scène, s’embrassent et rient. Les photographes mitraillent, Fredi M. Murer fait son tour de magie préféré (escamotage d’un radis rouge) au petit Kacey Mottet Klein (futur Gainsbourg enfant dans la biographie que prépare Joan Sfar). La vie est belle à Soleure, le petit peuple du cinéma suisse semble réconcilié.
PS: les belles photos qui illustrent Soleure sont ©Eddymotion, talentueux et sympathique photographe des Journées. Les autres sont d'un amateur dont l'histoire ne retiendra pas le nom...
Rédigé le 24 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Consacrer un documentaire à Pierre Landolt est une excellente idée. Convaincre le banquier et entrepreneur d’ouvrir sa porte et de répondre aux questions a sans doute demandé du doigté. Mais pour Emmanuelle de Riedmatten les difficultés ont commencé sur le tournage. Car il faut du souffle pour suivre Landolt sur le terrain, de Bâle où il siège dans les conseils d’administration de Novartis et Syngenta auà sa fazenda du Nordeste brésilien où il teste la culture biodynamique, jatropha, spirulien, en passant par sa ferme écologique dans le Haut-Pays et les mongolfières qu’il fauit flotter au dessus du Montreux Jazz Festival… Pierre Landolt, du rêve à l’action nous entraîne à 100 à l’heure dans le sillage d’un utopiste qui rêve d’un monde plus juste et plus vert et ne prend le temps de souffler que pour gonfler un plus léger que l’air ou les voiles d’un catamaran ou imaginer un nouveau projet.
D’une certaine manière, Pausenlos, de Dieter Gränicher, prend le contrepied de ce film en s’intéressant à l’un des grands maux de notre temps: le stress, l’hyperactivité. Le cinéaste approche des workholics, comme cette informaticienne incapable de s’arrêter, un entraîneur de ski obsédé par la performance qui aboie après ses skieuses ou une executive woman burnoutée, auxquels il oppose quelques sages: des nonnes qui vivent dans le silence et la prière, une femme épuisée qui reprend son souffle dans un monastère, un garde forestier rappelant que les arbres, ces géants, «sont indifférents aux gens qui courent dans la forêt».
Et un professeur, spécialisé dans la recherche sur le temps libre.
Ce sage constitue le noyau du film, son véritable centre d’intérêt, car Pausenlos tend à se disperser. La narration va à hue et à dia, hésitant entre le thème de l’hyperactivité et celui du temps retrouvé. Et les portraits sont pas franchement intéressants. Restent les réflexions pleines de malice du professeur qui regrette la «nature ininterrompue de notre société». Il dit encore qu’«Internet n’a pas de temps de pause, de vacances. Autrefois un dimanche était un dimanche». Constate que l’homo modernis est incapable de prendre la peine de ne rien faire: à l’oisiveté bienfaitrice, il préfère un cours de méditation ou un week-end de relaxation à 3000 euros». Il lance cet appel qui mérite d’être entendu: «On devrait déclarer la sieste espèce protégée».
A méditer. Comme la phrase de ce peintre rappelant que sur l’Internet tout est immédiat mais que dans la réalité le plâtre doit sécher. Ou l’image du bûcheron devant l’arbre de 130 ans qu’il a abattu en quelques minutes…
Rédigé le 23 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Comme l’Uferbau prépare la soirée d’Annonce des nominés pour le cinéma suisse («Je suis très content des résultats, mais je ne vous les dirai pas» confie Nicolas Bideau avant de filer pour éviter que nous ne le soumettions à la question), le festival de Locarno a dû se replier pour sa traditionnelle conférence de presse dans le penthouse de l’hôtel Ramada. Les lieux manquent de charme mais la vue sur Soleure noyée dans la grisaille et la pluie vaut le détoure.
Détendu, souriant, Marco Solari (à droite sur la photo) salue tous les VIP, c’est-à-dire l’ensemble des professionnels présents, et excuse Nicolas Bideau, retenu ailleurs. «C’est dommage, nous aurions pu continuer les étincelles» sourit le président du Festival de Locarno, allusion au débat sur le glamour qui embrasa la manifestation tessinoise en août dernier.
Il explique le nouvel organigramme, salue les sponsors et dit qu’à défaut de pouvoir dormir tranquillement, le festival est relativement serein : les finances sont saines.
Un peu jet-laggé car il revient tout juste de Sundance, Frédéric Maire se réjouit du succès de l’édition 2008, non seulement en termes de fréquentation, mais aussi pour les professionnels et le marché. Seul quatre films en compétition sont arrivées avec un vendeur; dix jours plus tard, 14 films avaient été achetés. «Les films rencontrent leur public à Locarno», annonce le directeur artistique qui cite Un autre homme en exemple. Après la première mondiale, le divertimento de Lionel Baier fait le tour des festivals du monde.
Sur l’affiche 2008, un pardo rugit de toutes ses dents. Marco Solari raconte que le graphiste a proposé deux projets: sur le premier, on voyait un petit chat mignon comme tout, sur la seconde le léopard en colère. Il n’a pas hésité une seconde. Frédéric Maire renchérit. A ceux qui s’effaroucheraient, «Mais c’est agressif…», il répond posément: «Mais oui, tant mieux, c’est la réalité. Nous devons l’être. Ce pardo rugissant est l’incarnation parfaite de ce que Locarno doit être».
En novembre, Frédéric Maire va reprendre la direction de la Cinémathèque suisse. Il veut que sa quatrième et dernière année à Locarno, festival «agressif et agréable, professionnel mais sympathique» soit «la plus forte, la plus belle». A cet effet, il a imaginé une rétrospective formidable, un défi culturel susceptible d’ameuter tous les graphomanes juvéniles : Manga Impact, consacré à l’univers de l’animation japonaise, aux manga et aux dérivés, jeux vidéos et jouets inclus. Gara à toi, ô Pardo tutélaire, car voici qu’en tes terres débarque Pikachu, une autre bête jaune et vive…
La 62e édition du Film Festival Locarno aura lieu du 5 au 15 août 2009. www.pardo.ch
On traverse le pont tellement pluvieux qu’on ne sait plus si on marche dessus ou dessous. Le temps de sécher les larmes de Dominique de Rivaz, ébranlée parce qu’un amputé du cerveau, du cœur et peut-être de l’âme a descendu Luftbusiness dans La Liberté, et nous voilà au premier étage de l’Hôtel Krone où le Festival International de Films de Fribourg reçoit dans un salon cossu.
Pour le FIFF, c’est l’année de toutes les nouveautés, expose Ruth Lüthi, présidente. Edouard Waintrop, l’homme providentiel de l’édition 08, a eu cette fois-ci une année pleine pour préparer son programme: «Cinéma ouvert sur le monde, priorité donnée aux films venus d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie – avec peut-être une ou deux encoches au contrat, mais certifiées nécessaires».
A côté des 12 films de la Compétition et quelques cinq heures de courts métrages, l’ancien critique de cinéma développe des Panoramas qui s’annoncent aussi passionnants qu’originaux.
Out of Bollywood s’interroge sur le sens de l’épithète «bollywoodienne». Fait-elle encore sens? Suffit-elle à résumer l’entier du cinéma indien moderne quand on sait que l’Inde produit 1000 films par année, dont seul 200 sont issus des studios de Bombay? La sélection fait par Edouard Waintrop permet de découvrir quelques unes des facettes de l’Inde contemporaine, cette puissance économique, par le biais de la comédie ou du polar.
D’une nation émergente à l’autre, départ au Brésil. Fabulas da favela questionne l’évolution de la représentation cinématographique de la favela, ce phénomène social majeur. On reste en Amérique latine pour découvrir l’œuvre de Francisco Lombardi, réalisateur péruvien méconnu.
Edouard Waintrop aime le film noir. Après Noir global, état du polar dans le monde, il s’intéresse dans Le Parrain en Asie à l’empreinte que la trilogie de Coppola a laissée en Extrême-Orient: les Triades selon Johnny To, le courant Mumbai noir en Inde et même Les salauds dorment en paix, le plus noir des quatre films noirs tournés par Akira Kurosawa.
«Mon amour des genres va au-delà des genres de films, jusqu’aux genres masculin et féminin» sourit Waintrop qui a concocté Revanches de femmes, huit films montrant comme les Rape and revenge movies américains ont essaimé à travers la planète. Enfin, à l’heure où le cinéma africain qui irriguait les festivals des années 80 et 90 s’est tari, le FIFF se penche dans Made in Nollywood sur l’émergence du Nigéria un pays produisant quelque 2000 films annuels, la plupart en vidéo.
La 23e édition du FIFF aura lieu du 14 au 21 mars.
www.fiff.ch
Rédigé le 23 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé le 23 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Douze films d’animation en compétition pour le concours SSA-Suissimage. Le public vote.
Ce qui est sûr c’est que Odio Terz, de Margaux Renaudin, équivalant électronique de la section abstraite de Fantasia n’est guère plaisant (5 voix). In Limbo, de Michèle Ettelin, s’oublie aussi vite qu’on l’a vu (9 voix). Inspiré par un poème de Nicolas Bouvier, Trois Notes de Clarinette, qui dresse des déserts de sucre plantés de betteraves sanglantes ne suscite pas l'enthousiasme (10 voix), pas plus que Lullaby, d’Andrey Zolotukhin, qui abuse d’images réelles pour évoquer un montreur de marionnettes dans l’hiver russe, tirant les ficelles d’une petite fée, d’une brave vache et de la Mort en personne (12 voix). The House repose sur un scénario finaud: en panne de carburant, une maison volante se pose au milieu de nulle part. Mais les références graphiques de Milan Hofstetter sont trop évidentes (Arzach de Moebius, les esprit de la forêt qui tintinnabulent dans Princesse Mononoké) pour lui valoir plus que 14 voix.
George Schwizgebel signe un nouveau poème visuel. Au son du
vibraphone s’organisent de merveilleuses métamorphoses graphiques. La vague
devient neige sur le pare-brise, la route s’ouvre, les joueurs de volley se
transforment en feuilles mortes, lesquelles s’étirent en rainures tavelées
comme des bananes… Mais le public, cet ingrat n’accorde que 25 voix à Retouches. Et 34 à Chrigi, dAnja Kofmel, évocation funèbre d’un cousin mort.
La rigolade est au rendez-vous de Jungle Seasoning, de Dustin Rees & Filomena Alder. Une minute
de bonne humeur dans un graphisme cartoonesque et au gré des quatre saisons.
Les grenouilles que le printemps change en nymphéas, la girafe que l’automne
frisquet pousse à grignoter ses propres taches et leurs amis singe et crocodile remportent 39 voix. Et 43 pour Die Kinder im Mond, d’Ursula Ulmi. Dans
un décor d’aquarelles veloutées, huit petit lutins se réveillent au fond de
leur caverne (tels les hominiens de 2001
L’Odyssée de l’Espace) et vont jouer les reflets du clair de lune sur
l’onde calme («Dancing in the shallows of a river» disait King Crimson il y a quarante ans…).
Le public a préféré Tango
Lola, d’Isabela Rieben & Sami ben Youssef, joyeuse fantaisie de pâte à
modeler sur la guerre des sexes. Un gag délectable: ouvrez ouvrez la cage aux
oiseaux, c’est bien, mais parfois ils sont trop gros pour passer la porte… (58
voix). Radotski de Magdalena Osiska
nous emmène au pays de la petite enfance avec des papiers découpés faussement
naïfs (60 voix).
Et 80 voix vont à Flowerpots,
de Rafael Sommerhalder, l’histoire d’un homme en pot qui part se replanter en
pleine terre qui surprend par le minimalisme de son trait en noir et blaqnc. Le
film remporte donc fort démocratiquement le prix de 5000.-
Une remarque pour finir: Buche, l’auteur de Franky Snow, observe qu’avec Zep (Titeuf), il est le seul dessinateur de Tchô! à perpétuer l’école franco-belge. Tous les autres, leurs cadets, les moins de 40 ans, se réclament du manga. Cette tendance de la bande dessinée ne se vérifie pas dans l’animation. Pourquoi? Comment?
Pour de plus amples renseignements sur l'animation suisse: gsfa
Rédigé le 22 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Je progresse en allemand. Au Krone, pendant la séance préparatoire de la Table ronde: pros de la presse vs blogueurs incultes, lorsque le modérateur Christian Jungen a demandé à l’un des participants «Blogst du?», j’ai immédiatement compris qu’il employait le verbe «blogen» (blug, geblogen). «Blogues-tu?», demandait-il, car c’est aujourd’hui une question légitime dans toutes les langues, il importait que tu le saches, ami blogophile, blogovore mon frère, toi qui traînes en ces pages plutôt que d’accomplir les tâches ingrates pour lesquelles ton employeur te paie (mal).
Blog… l’amusant petit vocable aux couleurs d’onomatopée a l’honneur d’une table ronde. Thomas Hunziker (Filmblog MZ), Trudy Baumann (Züritipp), Michel Bodmer (SF.TV Filmblog), Michael Sennhauser (DRS Filmblog), Martin Walder (NZZ am Sonntag) et, dans le rôle du francophone, votre serviteur (L'Hebdo) se sont retrouvés sur les planches du Stadttheater pour un débat qui fera sans doute rire les enfants de 2020 lorsqu’ils le liront en rétroprojection corticale.
Nous avons comparé la légitimité de la critique électronique et de la critique imprimée, la différence de prestige entre le noble papier et le petit pixel, la différence de statut entre le cinéphile qui jette en vrac ses émotions sur l’écran et celui qui les consigne dans l’espace réservé d’un journal, le degré d’immédiateté des deux médias, leurs avantages et leur servitude. Nous avons salué l’extrême liberté que confère le blog: liberté thématique, liberté de ton, liberté de taille, liberté de publication… Le blogueur choisit son sujet, son angle, son lignage et son deadline (qui correspond grosso modo au moment où il met le point final). Il n’a pas à défendre son sujet auprès de chefs bornés et de collègues ignares et cyniques. Bon, il ne gagne pas sa vie en se répandant sur la Toile, il s’offre juste un surcroît de travail, mais lorsqu’on aime, on ne compte pas. Bloguer permet de retrouver le plaisir d’écrire sans contrainte d’espace, de développer ad libitum les raisonnements, de varier les registres de langage, d’inventer des formules…
Les blogueurs réunis ce matin à Soleure avaient tous un certain âge. Autrement dit, ils viennent tous du papier (le print, pour les plus jeunes). La tendance va sans doute s’inverser. De jeunes talents éclosent sur l’internet que les journaux vieillissant draguent. Le lecteur d’un quotidien ou d’un hebdomadaire comme L’Hebdo (en vente dans tous les kiosques) est un lecteur généraliste; le public des blogs est un public plus spécialisé, plus inattendu aussi, comme peuvent en témoigner les interventions surprenantes de quelque internaute québecois râlant soudain après une critique posté deux ans plus tôt.
Amateurs à peine éclairés, nous avons tous commencé à bloguer n’importe comment, comme les explorateurs se fraient un chemin dans la jungle. Tout est à inventer. L’écriture, les protocoles, les habitudes, les réseaux, la déontologie, l’économie… Quel sera l’avenir de cet outil encore considéré comme marginal, comme une extension farfelue des grands frères de papier ? Essayer de l’imaginer équivaudrait à imaginer des feux de circulations pour un explorateur foulant la forêt de Manhattan au 17e siècle. Mais les choses bougent. Les festivals commencent à accepter d’accréditer les e-journalistes et Soleure se penche sur la question. Un jour prochain, peut-être, on imprimera quelques journaux pour les EMS et les blogs constitueront l'échine de l'information globo-mondialisée.
Rédigé le 22 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
