Filmer «la beauté de la vie» obsède Sergey Dvortsevoy. Le réalisateur kazakhe l’a répété à plusieurs reprises durant son atelier. Dans Petropolis – Aerial Perspectives on the Alberta Tar Sands (www.petropolis-film.com ), Peter Mettler a filmé lui la beauté de la mort.
Au moment où les réserves de pétrole, gaspillées en 80 ans, commencent à tarir, le Canada exploite sans vergogne les sables bitumeux de l’Alberta. Pour mener ce gigantesque chantier au bout de sa logique lucrative, on a déjà remué plus de terre que pour construire la Grande Muraille de Chine, le canal de Suez, la pyramide de Khéops et les dix plus grands barrages du monde; à la fin de cette exploitation outrancière, la plaie sur la surface de la Terre pourrait atteindre la surperficie de l’Angleterre…
La seule manière d’approcher ces monstrueuses carrières est la voie aérienne. Greenpeace a donné un coup de main à Peter Mettler pour qu’il équipe un hélicoptère d’une caméra stabilisée par un système gyroscopique. Le tournage de ce film de quarante minutes s’impose comme l’un des plus courts de l’histoire du cinéma: trois à quatre heures de vol.
Comme dans tout bon récit initiatique, on remonte une rivière. C’est l’Athabasca, ombrée de sapins sombres, enlacée de brumes. Et l’on découvre en amont des paysages qui n’ont plus rien d’humain, ni même de terrestre. On a l’impression de survoler une exoplanète à l’écosystème mortel, avec des fleuves d’ammoniac et des plages de potassium. D’infinis champs d’épandages bitumeux, des gadoues gluantes aux méandres vénéneux, des diarrhées pétrochimiques que malaxent de monstrueux insectes cProxy-Connection: keep-alive Cache-Control: max-age=0 rophages, ces pelles mécaniques géantes évoquant la Bête de l’Apocalypses. Etangs de résidus flavescents, plaques de soufre s’étageant en ziggourats cyclopéennes, croissant bleu cobalt tranchant une pellicule jaunâtre comme de la graisse de porc figée. Les cheminées vomissent des torrents de fumées délétères, des pipe-lines déversent leurs poisons. L’industrie pétro-chimique pisse et chie sans vergogne dans une eau que nos enfants ne boiront jamais plus. Guère de commentaires: le film se contente de montrer pour engendre la terreur. Les images d’une beauté infernale s’accompagnent de musique concrète, pulsations sourdes, bruits parasites, grondement lointains des machines…
A la fin du générique, on entend le bruit de l’eau claire, telle qu’elle coulait librement jadis. Et l’on espère que cette chanson de fontaine ne soit pas bientôt un bruit fossile sur une planète ravagée par la loi du profit et bientôt inhabitable.

Félicitations pour votre orthographe et votre grammaire!
Rédigé par: Philippe Dériaz | 05 mai 2009 à 20:50