Les meilleures choses ont une fin. L’ère glaciaire, bien
sûr. Mais aussi les plus chouettes franchises. En 202, L’Age de Glace casse la
baraque. Les péripéties des Pieds Nickelés de la glaciation de Würm enchantaient
petits et grands. Manfred, mammouth ombrageux, Diego, machairodus perfide, et
Sid, paresseux gaffeur, sans oublier Scrat, l’ancêtre du Screwy Squirrel de Tex
Avery, un rongeur improbable monomaniaque du gland rendait hommage sur le mode
du nonsense à la faune du quaternaire, injustement boudée par les kids. Cette
saga farfelue combattait l’hégémonie hollywoodienne des dinosaures en matière
de bestiaire merveilleux. Les responsables de la Fox avaient d’ailleurs dit au
réalisateur Chris Wedge «Sentez-vous libres! Mais de grâce, promettez-nous
qu'il n'y aura pas de dinosaures dans le film!".
L’énorme succès de ce film suscité une suite, encore plus réussie. L’absurde atteignait de nouveaux sommets, deux nouveaux personnages, Eddie et Crash, opossums hyperactifs, mettent le souk dans le Würm. Tatous géants, glyptodontes, mégathériums et autres rhinocéros laineux avaient fière allure. Une ombre de nostalgie passait sur la grosse rigolade: l’amosphère se réchauffait, les eaux montaient, les zigomars du pliocène marchaient vers leur extinction.
Première infraction au code d’honneur: le deuxième volet de la trilogie comportait deux dinosaures, deux monstres marins échappés du crétacé, ombres mortelles glissant sous la banquise, tout en crocs et en griffes...
Et voici, tant attendu, le troisième chapitre, et voilà que la grâce s’est perdue. Le trio du début s’est étoffé. Ce n’est plus une bande de copains, mais une tribu, car les divertissements américains les plus déconnants n’arrivent pas à échapper à cette fatalité qui est l’éloge de la cellule familiale. Il y a papa mammouth, sa compagne Nelly, et bientôt leur bébé, une petite Pêche aux joues de velours qu’on dirait une photo prise au rayon des peluches un soir d’Avent, et puis Sid qui a des pulsions maternelles, Diego qui cache un coeur en or sous son pelage de grand fauve de moins en moins vorace, les deux opossums fous et encore une belette cinglée. Ils bavardent tous abondamment et leurs personnalités se dissolvent dans l'agitation générale.
L’Age de Glace 3 a pour postulat que le tertiaire se poursuit sous les glaces du quaternaires. Tous nos héros entrent dans une crevasse qui conduit en des salles souterraines géantes où foisonnent les fougères arborescentes, où pullulent brontosaures, vélociraptor, ankylosaure, triceratops, bref toute cette bande de sauriens géants qui, depuis que Spielberg les a recrés en image de synthèse dans Jurassic Park prolifèrent ad nauseam : on les a subis dans Dinosaur, on a vu des tombereaux de brontosaures s’écraser les uns sur les autres dans le King Kong de Peter Jackson, et des ptérodactyles voler dans les canyons de Dinotopia... On en peut plus de ces symbols encombrants de progrès technologiques et de régression infantile. Les dinosaures sont morts il y a 65 million d’années, laissons les en paix. «Tous le monde veut un dinosaure» martèle la chanson du film. C’est faux! De grâce! On ne supporte plus de voir ces patapoufs rire de toutes leurs dents sur les paquets de cornflakes. On déteste voir nos amis les mammouths faire du toboggan sur l’échine d’un brachiosaure. Allez, vade retro, du balai, retournez à la poussière, sauriens au cerveau minuscule, et laissez-nous rigoler entre mammifères ayant fait la démonstration de leur supériorité. Non mais...

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