Barbe de prophète, catogan de Woodstock Nation, Freddy
Landry aime les provocations. Ainsi, face aux réalisateurs, ce critique de
cinéma blanchi sous le harnois demande s’il est vraiment judicieux de perpétuer
cette compétition de films fantastiques dont la nécessité peine à le convaincre.
Question irrecevable: le fantastique est consubstantiel au cinéma, et au
NIFFF - surtout en cette année qui
rend hommage à William Castle, «brillant savant fou» de l’histoire du cinéma.
Imaginant des dispositifs qui dépassent la projection bi-dimensionnelle sur grand écran blanc, ce petit maître du film d’horreur a organisé la jonction du 7e art et du train fantôme. Le cabinet des curiosités du cinéma se souvint de l’emergo (un squelette gonflable fluorescent flotte au-dessus du public), de l’Illusion-O (des lunettes permettant de voir ou non les spectres à l’écran), du Fright Break (45 secondes d’interruption de programme juste avant le climax au cours desquelles une voix off s’assure que les spectateurs sont prêts à assumer l’indicible qui va suivre)... Ambulances et corbillards stationnaient parfois devant les salles obscures montrant Macabre, prêts à évacuer les spectateurs foudroyés par la terreur...
William Castle est mort en 1977, mais son esprit survit. Lors de la soirée d’ouverture, la directrice du NIFFF a accusé le fantôme du cinéaste d’avoir brouillé les feuillets de son allocution. Au premier étage du cinéma Apollo, le revenant a installé Le Coin du Lâche, une chaise pour mettre au piquet les pleutres qui fuient quand ça commence à barder sur l’écran...
L’influence posthume de William Castle déborde des cinémas.
Le fantastique est à chaque coin de rue. Tiens, il y a foule sur le quai
Ostervald: Béhémoth et ses frères prennent leur bain. C’est pas fantastique ça,
sous nos latitudes, quatre éléphants qui font trempette, qui jouent au sous-marin, font des grosses bulles, se prennent pour Esther Williams et se giclent gentiment? Comme par hasard,
leurs trompes graciles font nifff niffff...
Un peu plus tard, des milliers d’elfes, de fées et de lutins
étincelants envahissent les rues tandis que la fanfare joue... Smoke on the
Water! C’est du fantastique de qualité supérieure. Il est trop tard pour
supprimer les courts métrages fantastiques à Neuchâtel: ils ne sont que la partie
supérieure d’un réel en plein décrochement, de la poudre de fée sur des abîmes de bizarrerie et de merveilleux.

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