Festival de Locarno décerne un Léopard d’Honneur à William Friedkin, 74 ans, un «auteur qui a su plier le cinéma de genre à sa manière parfois brutale, quasi documentaire de voir le monde», selon Frédéric Maire.
Le réalisateur de French Connection est arrivé comme une rock star. Il a tombé la veste, saisi le micro pour ne plus le lâcher. Boudant le siège qui lui était assigné, il a arpenté le Spazio Cinema en égrenant avec humour et passion les souvenirs d’une vie consacrée au cinéma américain. Le public cinéphile lui a réservé une ovation.
Hello Europe. «J’aime cette partie du monde. Tout ce que je sais du cinéma, je l’ai appris en regardant des films d’auteurs européens. Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Michelangelo Antonioni, Fellini, même Clouzot. Et bien entendu Orson Welles. Citizen Kane est le film qui a provoqué le déclic de devenir réalisateur. Celui qui m’a fait comprendre que le cinéma peut être simple, complexe et profond comme la littérature»
Les débuts. Je suis arrivé au cinéma par hasard. Tout ce qui m’est arrivé est arrivé par hasard. Je ne suis jamais allé à l’Université. J’ai juste fait le lycée, et j’étais un mauvais élève, incapable de me concentrer. J’ai vu une annonce dans un journal qui proposait aux jeunes hommes (et pas femmes !) d’entre à la télévision, tout en bas de l’échelle, au tri du courrier. Neuf mois plus tard, à moins de 18 ans, j’étais assistant de réalisateur. J’observais, j’apprenais.
Je déteste les fêtes. Mais je suis allé une fois à une party, qu’une femme très riche donnait à Chicago. J’y ai rencontré un prêtre, le père Robert, qui travaillait dans le couloir de la mort de la prison du comté. Je lui ai demandé : avez-vous rencontré un innocent condamné à mort? Il m’a dit oui. Il s’appelait Paul Crump. J’ai pensé à lui tout le week-end. J’ai décidé de faire un film sur lui. Sauver la vie d’un homme a été ma principale motivation pour faire du cinéma.
Hollywood en crise. Easy Rider soulève un vent de changement à Hollywood. Les studios hollywoodiens cherchent une nouvelle génération de réalisateurs. Dans les années 60, l’Amérique fait une dépression nerveuse : les assassinats de Kennedy, Martin Luther King, la guerre du Vietnam... L’assassinat de Sharon Tate par Charles Manson marque la fin des sixties. Il y avait de la paranoïa partout. Nos films des années 70 réfléchissaient cette réalité.
Mon conseil aux jeunes cinéastes : faites tout ce que vous avez la chance de pouvoir faire. Si vous ne vous faites pas confiance, laissez tomber.
French Connection. La base de ce film, c’est la ligne ténue entre les policiers et les criminels. Les meilleurs policiers son ceux qui combattent comme des criminels. C’est le premier film hollywoodien à utiliser la technique du documentaire. Tout a été filmé en décor naturel et en lumière naturelle – la lumière naturelle est magnifique. Personne ne pouvait se permettre de tourner la caméra à 360°, car ça montrait une bande de gars derrière le réalisateur en train de manger des sandwiches ou de lire le journal. J’ai pu briser ça grâce à mon chef opérateur, Ricky Bravo, un Cubain qui suivait Fidel Castro quand il a pris La Havane, capable de filmer à n’importe quel moment, caméra à l’épaule. Ricky n’avait pas besoin de rails pour les travellings, une chaise roulante lui suffisait. Grâce à ce caméraman qui avait filmé la réalité à Cuba, nous avons introduit en douce le documentaire dans la fiction.
Casting de travers. Les acteurs de French Connection ne sont pas du tout ceux que je voulais. Pour le rôle du truand français, je voulais le bandit qu’on voit dans Belle de Jour, de Bunuel, avec Pierre Clémenti. Mon chef de casting m’a dit qu’il s’appelait Fernando Rey. Il est disponible, on l’engage. Je vais le chercher à l’aéroport. Je ne le reconnais pas. Il vient vers moi, mais ce n’est pas lui. Nous roulons vers son hôtel. Il me dit qu’ik parle très peu le français – effectivement, je lui dis bonjour, il me répond wht ? - , il ne veut pas raser son bouc. Accessoirement il ne jouait pas dans Belle de Jour, C’était Francisco Rabal. Qui lui ne parlait pas du tout français ni même anglais et qui n’était pas disponible. Alors on a gardé l’Espagnol à barbiche dans le rôle du «very hardcore corsico bandit».
J’ai vu quatre autres personnes avant Gene Hackman, dont Peter Boyle, un colosse qui a joué plus tard la créature de Frankenstein dans le film de Mel Brooks. On me conseille Gene Hackman. Je vais déjeuner avec lui. Je m’endors pendant le repas. Je n’avais jamais vu un type aussi ennuyeux. Sur ce, la production m’a dit d’y aller, alors j’ai pris Hackmann.
La méthode des comédiens. Sur The Hunted, j’ai travaillé avec Tommy Lee Jones et Benicio del Toro. Deux grands comédiens. Tommy Lee Jones est un type très brillant, il était à l’université avec al Gore. Avec lui, on ne parle pas des personnages. On lui dit «Tommy, tu entre par là, tu passe par ici et tu dis ça» Il dit OK et il est prêt. Benicio, en revanche, il faut tout lui expliquer. Pourquoi il fait ça? D’où vient-il? Quel était son rapport avec son père quand il avait 12 ans? Tout un tas de bullshit… Alors, je prends le temps d’inventer des histoires… «Oui, tu détestais ton père et tu reportes cette haine sur Tommy». Le temps de débiter tous ces bobards, Tommy Lee Jones s’est tiré.
Ça me rappelle Laurence Olivier et Dustin Hoffman sur le tournage de Marathon Man. Une prise suffit à sir Laurence; il en faut vingt-cinq à trente pour Hoffman. A la fin du tournage, Dustin Hoffman porte un toast à son partenaire et lui demande «comment faites-vous ?». Et l’acteur britannique de répondre: «Ça, mon petit gars, ça s’appelle jouer».
Al Pacino me reproche de ne lui avoir jamais dit si le personnage qu’il interprète dans Cruising est l’assassin. C’est la chose la plus sensée qu’Al ait jamais dite… (rires) Je ne le lui ai jamais dit, car je ne le sais pas moi-même. Je n’aime pas donner d’explications. Je ne veux pas donner la solution au public. Aujourd’hui, ils veulent toute la vérité sur un plateau d’argent.
Problèmes de casting 2. Pour L’Exorciste, le studio voulait une grande star. Audrey Hepburn était d’accord, mais elle voulait que le tournage ait lieu en Italie. Jane Fonda a dit «Mais qu’est-ce que vous voulez que j’aille faire dans cette merde capitaliste?». Pour finir, c’est Ellen Burstyn qui a eu le rôle. Elle n’est pas une star, elle a dû perdre 25 kilos, j’ai dû littéralement passer sur le corps du producteur pour l’avoir: il s’était couché symboliquement dans son bureau… Le film a fait un milliard de gains. Plus tard, il m’a dit qu’avec une star nous aurions fait le double!
J’ai vu des milliers de filles pour le rôle de la possédée. Un jour, Eleonor Blair est venu me trouver, sans rendez-vous, avec sa fille, Linda, 11 ans. J’ai su que c’était elle avant même qu’elle ouvre la bouche. Je lui ai demandé si elle savait ce qui se passait dans le film. Elle m’a dit oui, des choses horribles : la fille frappe sa mère, défenestre un prêtre et se masturbe avec un crucifix. Tu sais ce que ça veut dire, «masturbation» ! – Oui, c’est comme la branlette, m’a—t-elle répondu.
Cinéastes du présent. Je pense que Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Allez voir The Hurt Locker, c’est un film extraordinaire. Alain Resnais travaille toujours. J’aime Claude Chabrol, je n’ai plus vu de Bertolucci depuis longtemps. J’ai énormément aimé Der Untergang: la performance de Bruno Ganz en Hitler m’a effrayée. Et aussi La Vie des Autres. Sinon, je regarde encore et toujours de vieux films en DVD,. Je continue à apprendre. Si un jour leur secret m’est révélé, alors, probablement, je mourrai…

L'assassinat de Sharon Stone par Charles Manson????????????????????
Rédigé par: Remy Dewarrat | 14 août 2009 à 21:01
"L’assassinat de Sharon Stone par Charles Manson marque la fin des sixties."
???
Rédigé par: fireatheart | 15 août 2009 à 10:25
beau article.
Rédigé par: Voyance par téléphone | 05 décembre 2009 à 11:45
merci.
Rédigé par: imprimerie | 05 décembre 2009 à 11:47
c'est parfait.
Rédigé par: telephone rose | 05 décembre 2009 à 11:48