La neige tombe sur une ville que les festivaliers désertent
gentiment. Les Journées se terminent sur un élan vers le sud et l’été: la
traditionnelle conférence de presse du Festival de Locaro qui commence avec les voeux du
président Solari et se conclut avec de la viande séchée et des fromages du
Tessin.
Marco Solari, président depuis dix ans, rappelle que les «festivals sont des miroirs du temps». Ils doivent s’adapter. Conscient que la manifestation locarnaise ne peut devenir un simple «réduit à cinéphiles», il fait non pas un pas, mais plusieurs pas en direction de Nicolas Bideau. On se souvient qu’en 2008, un débat public avait viré au psychodrame national après que les responsable de la section cinéma eut appelé de ses vœux une touche supplémentaire de glamour sur les bords du Lac Majeur. Que ce haut lieu de la cinéphilie avisée devienne une succursale de la nouba cannoise ou, pis ! qu’il se mette à singer le jeune festival de Zurich (oui, celui qui invite Stallone et à l’entrée duquel Polanski se fait arrêter), l’idée est intolérable. Pas de starlette sur la Pizza Grande. A Locarno, les vedettes ce sont Michel Piccoli, Abbas Kiarostami ou Nanni Moretti, et le tapis rouge les projections sous les étoiles. Ceci dit, entre gens de bonne intelligence, le dialogue est toujours possible. Solari a mis de l’eau dans son merlot. Le festival s’ouvre au «glamour intelligent» (soit Kiarostami, Piccoli, Moretti...) ((Cyniquement : Rohmer c’est fini, Clint Eastwood, on peut toujours rêver...)).
L’artisan de cet accord entre cinéphilie pointue et glamour digne, c’est Olivier Père, le nouveau directeur artistique. Venu du Festival de Cannes, le remplaçant de Frédéric Maire découvre à Soleure les complexités linguistiques de la Suisse. Il dit deux mots en allemand, «Guten Abend», et tant pis s’il n’est que 11 heures du matin... Il promet de retrouver l’allemand du bac qui a disparu avant d’esquisser les grandes lignes de Locarno. Le nombre de films projetés sera réduit, les sections redéfinies – Ici & ailleurs passe à la trappe. On célébrera le 2oe anniversaire des Pardi di Domani, la rétrospective sera consacrée à Ernst Lubitsch et la section Open Doors à l’Asie centrale. Un Léopard d’or sera décerné à Locarno. Et à propos de léopard, hommage est rendu à l’emblème tacheté du festival : cette année, le fauve bondit avec une grâce incomparable. «J’espère que cet animal, cette énergie, ce mouvement en avant symbolise le festival de Locarno». On se réjouit donc du retour des beaux jours.