C’est tout démuni qu’on se pointe à Soleure. Les années
précédentes, en guise de fanfare d’accueil, il y avait une de ces puissantes
polémiques comme seuls les milieux du cinéma suisse savent les susciter, un tohu-bohu
martial sur l’air de «Bideau, salaud, le petit peuple des artisans de l’image
aura ta peau». En 2010, rien. Pas la plus petite miette de controverse à se
mettre sous la dent. Au bar du Landhaus, centre névralgique du Festival,
quelques Romands se demandent si Jean Perret, qui s’apprête à quitter la
direction de Visions du Réel pour diriger le Département cinéma de la HEAD, à
Genève, va racheter sa caisse de pension... Ces préoccupations traduisent un certain
embourgeoisement du 7e art, non ?
En fait, le cinéma suisse fait un peu profil bas. Il y a quatre ans, on s’apprêtait à bouffer le monde. Vitus et Mein Name ist Eugen triomphaient. Aujourd’hui, la conjoncture est plus morose, Sennentuntschi, le nouveau film de Michael Steiner, est interrompu pour des raisons économiques, et Nicolas Bideau a enfilé une étrange veste carrelée qu’on dirait sortie de la garde-robe de Sherlock Holmes, mais on s’écarte là du sujet.
La Reithalle, où se déroule la soirée d’ouverture, affiche complet. Dans son discours, Ivo Kummer, se veut rassurant: «Je ne suis pas le porte-parole d’un hôpital. Le cinéma suisse n’est pas malade. Le cinéma suisse se porte bien. Ce qui lui manque c’est la courage et peut-être un peu de joie de vie. De nombreux films actuels rappellent le cinéma de nos grands-pères. Ils sont réalisés avec beaucoup de savoir faire mais nos racontent des histoires qui demeurent à la surface des choses». Le directeurs des Journées de Soleure balance quelques vacheries à l’adresse de son éternel adversaire, Nicolas Bideau, chef de la section cinéma à l’Office fédéral de la culture: «Je pense que la formule «populaire et de qualité», à l’enseigne de laquelle la Confédération nous a prédit de fabuleux succès a conduit à l’échec quatre ans après son lancement. Les «locomotives» tant vantées se sont rarement mises en branle. Les wagons accrochés derrière ont pris leur indépendance et dépassé par leurs propres forces les locomotives en panne. Le bilan est décevant. Au moins a-t-on fait une découverte de plus : avec les prophètes, le mieux est de s’entretenir quatre ans après». Ce n’est pas vraiment de la dynamite, mais ça y ressemble...
Ensuite, Doris Leuthard fait un premier discours à Soleure.
La Présidente de la Confédération rappelle qu’en temps de crise «le cinéma, la
culture en général sont plus importants pour les gens» et souhaite qu’il y ait davantage
d’argent pour cet indispensable lubrifiant existentiel – mais n’appelle pas la
bénédiction de Dieu sur le 7e art.
Les mots d’Ivo Kummer font espérer un film d’art et d’essai
de derrière les fagots. Brecht dans les squats, plan séquence de douze heures
sur la nuit zurichoise, situationnisme appenzellois... Mais en guise
d’ouverture, on nous propose Zwerge sprengen – la trauction officielle, Faire
sauter les nains, est insatisfaisante, car le film de Christof Schertenleib ne
saute pas les nains à la poêle, il les explose, les dynamite, les ventile. L’emblème de la
réplétion helvétique pulvérisé en son jardin ça une charge symbolique, non? C’est
un film anarchiste ? Euh, oui, mais avec la bénédiction de Dieu, des
meubles IKEA et un compte en banque.
Prenons l’univers. En son centre, la Voie lactée. Au milieu de notre Galaxie, cette bonne vieille terre. On zoome encore vers le centre: l’Europe, la suisse, Berne, l’Emmenthal. Et au cœur de ce jardin verdoyant et préservé, le nain de jardin, le nombril de l’univers, l’écho mineur de l’œil de Dieu, là-haut, très haut. Après Herbstzeitlosen, l’Emmenthal se profile comme le biotope de la comédie helvétique consensuelle.
Hannes et Thomas Schöni sont frères jumeaux. Le premier est un mariolle de la finance, toujours sur les routes, entre deux femmes, entre deux coups fumants; le second, médecin, a pignon sur rue, une femme aimante, un enfant hyperactif. Il a construit sa vie à l’ombre du père, pasteur de son état.
Chaque dernier dimanche de septembre, a famille se réunit au grand complet dans le jardin du pasteur pour faire exploser des nains et formuler un vœu par explosion. Cette année, la crise frappe les frangins: crise de la quarantaine, crise sentimentale, crise financière. Vont-ils claquer leurs économies, plaque femmes et enfants, s’envoler à Casablanca avec un amour de jeunesse? Non. La subversion n’est pas à l’ordre du jour dans Zwerge sprengen. La dernière scène entérine le retour à l’ordre patriarcal protestant rural bernois. Les hommes ont bien labouré, les femmes sont enceintes et, les nains explosés, on chante avec ferveur les grâces.
Critiquer le mot d’ordre «populaire et de qualité» est de bonne guerre. Mais pourquoi présenter en ouverture d’un festival qui défend la ligne auteuriste une comédie d’obédience télévisuelle qui vise à la popularité sans nécessairement souscrire à la clause « qualité» ?
très intéressant article.
Rédigé par : astrologie | 22 janvier 2010 à 14:34
merci de nous faire partager cet article.
Rédigé par : voyante | 22 janvier 2010 à 14:35
j'aime bien cet article merci et bonne continuation.
Rédigé par : voyance gratuite | 22 janvier 2010 à 14:35
"Populaire et de qualité", c'est une formule qui fonctionne comme un piège à loup. On peut s'efforcer de faire un cinéma de qualité, mais la popularité, elle, est une maîtresse capricieuse et imprévisible. A trop vouloir être populaire, on peut en oublier le souci de qualité. Au final, un cinéma bancal, qui ne sait plus trop ce qu'il veut être.
Et si on se contentait de célébrer l'audace, l'imagination et la sincérité? Peut-être une piste à explorer.
Rédigé par : Julien | 22 janvier 2010 à 16:39
Bonjour et bravo pour l'article des blog intéressent il n'y en a pas beaucoup je reviendrai vous lier bonne continuation
Rédigé par : betclic | 21 mai 2010 à 12:57
merci pour la qualité de vos articles
Rédigé par : Voyance Téléphone | 16 juin 2010 à 12:23
Merci pour vos écrits très intéressants et avec un éclairage différent ;)
Rédigé par : Betclic bonus | 28 juin 2010 à 19:52
Le contenu est vraiment de qualité, merci pour votre article.
Rédigé par : true blood streaming | 28 juillet 2010 à 21:49
Enfin une lecture légère et digeste, on se prend au fil des phrases jusqu'à tout lire et attendre une suite...
Rédigé par : voyance par mail | 07 septembre 2010 à 23:46
Les pauvres petits nains de jardin, il manque plus que blanche neige.
Rédigé par : zeturf | 29 novembre 2010 à 17:21
Je partage tout à fait votre point de vue !
Rédigé par : jouer au bingo | 17 janvier 2011 à 20:41
Très bon article et effectivement sale temps pour les nains de jardin.
Rédigé par : Liveshow | 17 mai 2011 à 13:31