Le NIFFF fête ses dix ans et il a été répété sur tous les
tons que de lancer un festival de films fantastiques dans cette bonne petite
ville de Neuchâtel relevait en l’an 2000 de la science-fiction. Après quelques
discours officiels d’une banalité proprement fantastique, la soirée a fait des
étincelles. Pour couronner la rétrospective-manifeste L’Ombre d’un Doute -
Quand le cinéma suisse devient fantastique, le festival a exhumé une antiquité
futuriste, la section réalisée par Fredi M. Murer de Swissmade 2069, un film collectif de 1968, rassemblant aussi Yves
Yersin et Fritz Mäder. Les Young Gods ont joué en direct la bande-son de cette
utopie au passé simple. Franz Treichler n’a pas chanté, mais renoué avec la
guitare, deux synthétiseurs ont tissé d’hypnotiques boucles rythmiques aux
sonorités industrielles que le batteur cuivrait de doux jeux de cymbales.
Inutile de préciser qu’en 1969, le son des Young Gods relevait de la
science-fiction...
Rien n’est plus émouvant que la science-fiction périmée – ah L’Albatros de Robur au moment où Solar Impulse s’élance sous le soleil exactement... Le pamphlet de Murer se ressent de l’idéologie d’alors, sa symbolique a vieilli – voir ce guru barbu trimballant un signe de la paix de trente centimètres de diamètre. Certains artefacts sont touchants de naïveté, comme cette télécommande pour faire sourire les femmes: une disque verdâtre, planté de sept boutons en plastique et affublé d’une antenne de transistor... A l’heure de l’Ipad, de l’Iphone et du Mac Book Air, on notera que les ordinateurs que montre Murer sont extrêmement encombrants et qu’il reste beaucoup plus de livres, de cartes et de mappemondes dans son 2069 que dans notre 2010..
Mais le temps qui a passé n’a pas invalidé le pessimisme du cinéaste. Nous vivons pleinement cette «démocratie totale» qui exclut les minorités. La peur de l’autre, incarnée par un absurde soldat, rescapé du réduit national, s’est exacerbée. Le béton a progressé dans nos villes et nos campagnes. La femme expliquant que «les places de travail changent selon l’offre et elles changent souvent» exprime un des grands progrès du néo-libéralisme dont les ravages ne sont plus à démontrer...
Surtout Murer, à la manière de Tarkovski dans Stalker, démontre que la science-fiction ne dépend pas d’effets spéciaux coûteux, mais relève d’une pensée. Un coin de rue, un immeuble en construction, les tuyauteries d’un parking souterrain proposent des décors naturels irréfutables.
Et puis, il y a H.R. Giger. Cinq ans avant qu’il ne dessine
la couverture de Brain Salad Surgery
d’Emerson, Lake & Palmer, dix ans avant qu’il ne traumatise la planète
entière avec Alien, le maître des bio-mécaniques morbides contribuent à la touche
d’étrangeté. Il a conçu un bipède cyclopéen qui anticipe la prolifération
contemporaine des preneurs d’image et dont la silhouette préfigure
indéniablement celle d’Alien. Il a même enfilé un costume insectoïde à un petit
clébard.
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Rédigé par : voyance | 13 septembre 2010 à 18:05
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Rédigé par : Cheap Coach Purses | 06 avril 2012 à 03:03