Comment dit-on «glander à coin pendant les vacances d’hiver» en chinois? Han Jia? Non, ça, ça veut
juste dire Winter Vacation. Il y est
question d’une bande de jeunes qui, dans un petit bled du nord de la Chine,
consacrent le dernier jour des vacances d’hiver à l’oisiveté et aux
conversations filandreuses. Présenté comme le film le plus drôle jamais produit
en Chine, Han Jia amuse effectivement
à une ou deux reprises (le leitmotive du petit garçon à qui, chaque fois qu’il
ouvre la bouche, se fait menacer d’avoir le cul botté par son oncle), mais
rappelle que l’humour ne provoque pas partout les mêmes effets (Bienvenue chez les Ch’tis n’a d’ailleurs
guère fait d’entrés à Shanghai).
Pour les collectionneurs de citations biscornues, herboristes de la phrase surréaliste, entomologiste du khoan nonsensique, Han Jia recèle une des sentences les plus mémorables de l’édition 2010 du Festival del Film Locarno : «Oublions ces pauvres mollusques apomictiques», lance le professeur de biologie incapable de retrouver ces notes. Se détournant des splendeurs de l’apomixie, soit un mode de reproduction asexuée, il assène à ses invertébrés d’élèves une leçon de métaphysique nihiliste qui les éclaire sur leur absolue insignifiance dans l’ordre cosmique des choses. Et puis, il quitte la salle, car il s’était trompé de classe.
Cette leçon vaut un sucre.
Donc le Jury officiel du 63ème Festival del film Locarno, composé d’ Eric Khoo, réalisateur (Singapour), Golshifteh Farahani, actrice (Iran), Melvil Poupaud, acteur (France), Lionel Baier, réalisateur (Suisse) et Joshua Safdie, réalisateur (États-Unis) à décerné le Pardo d’oro (Léopard d’or) à:
HAN
JIA
(Winter Vacation) de LI Hongqi, Chine.
Bravo, continuez à nous faire rire.
Le Prix spécial du jury attribué au deuxième meilleur film de la compétition va à:
MORGEN de Marian Crisan, France/Roumanie/Hongrie
Un film sur l’immigration, un thème qui hane depuis quelques années le cinéma d’auteur, mais toutefois moins présent cette année à Locarno
Le Prix de la mise en scène est attribué à Denis Côté pour le film CURLING (Canada), une œuvre laconique et glacée dont le charme bizarre s’insinue lentement, comme le froid de l’hiver.
Le Léopard pour la
meilleure interprétation féminine:
pour le film BELI BELI SVET (White White World) de Oleg Novkovic,
(Serbie/Allemagne/Suède). Intense, poignante, parfaite dans le rôle d’une femme cabossée par l’existence.
Et le Léopard pour
la meilleure interprétation masculine:
pour le film CURLING de Denis Côté (Canada). Il incarne un personnage taiseux, hanté, qui renaît peut-être à la vie. D’ailleurs il finit par se couper la moustache...
Cet un palmarès, euh un pardarès, honorable. Le jury ne s’est pas senti obliger de jouer le jeu de la provocation en récompensant l’un des trois films interdits au moins de 18 ans qui entachaient la sélection.
Du côté de la Compétition Cinéastes du Présent, c’est PARABOLES de Emmanuelle Demoris, France qui remporte la Pardo d’oro
Et le Prix du Public, récompensant le film qui a le plus plu aux spectateurs de la Piazza Grande, est décerné par votation populaire à THE HUMAN RESOURCES MANAGER de Eran Riklis, Israël/Allemagne/France.
Tous les autres prix, accessits, pardinits et satisfecits sur www.pardo.ch
L’année prochaine le festival aura lieu du 3 au 13 août. D’ici là. On peut aller à la Cinémathèque suisse, à Lausanne, qui reprend la rétrospective Lubitsch.