Didier Burkhalter, accompagné de sa femme, et le clown
Dimitri
On sait que le Monte Verità, au-dessus de Locarno est un
lieu bénit par les dieux depuis la plus haute antiquité. Nous ne reviendrons
donc pas sur les arbres splendides, châtaigniers, araucarias, ses tulipiers,
des cette oasis de verdure aux ombres paisibles, ni à s riche histoire
culturelle qui va de Thomas Mann à Hugo Pratt. Aujourd’hui a lieu le
traditionnel raout où le monde politique suisse enfile ses habits de lin pour
un déjeuner champêtre qui, soit dit en passant est une hérésie en matière de
diététique puisqu’avant le succulent risotto tant apprécié de Couchepin on sert
un plat de spécialités tessinoises dont le taux de lipides frôle le code, suivi
d’une humble tourte à la crème.
A propos de Couchepin, et bien c’est fini, il n’est plus
conseiller fédéral et il ne met plus le feu au festival avec son verbe haut et
ses âmes damnées, Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l’Office
Fédéral de la Culture, et Nicolas Bideau, démissionnaire de son poste à la
Section cinéma. D’ailleurs les deux hommes ne regardent plus dans la même
direction, comme le montre notre photo…
Les temps changent. Olivier Père succède à Frédéric Maire,
Didier Burkhalter à Pascal Couchepin, plus rien ne sera jamais comme avant et
une ombre de nostalgie passe sur le Monté Verità.
Ah si ! Il y a un homme qui résiste aux tempêtes,
dressé fièrement à la proue du Festival ; Marco Solari. «Le temps des
discours est révolu», nous disait-il l’autre jour dans la rue. Le président ne
s’embarrasse plus de circonlocution. En quelques minutes, il s’adresse à
Burkhalter pour rappeler que le Festival n’est pas qu’une vitrine pour Locarno
ou le Tessin, mais pour la Suisse entière, et que cette lutte pour la qualité
artistique et la reconnaissance internationale a un prix.
Il cite aussi Proust citant Hugo, selon lequel «il faut
que l’herbe pousse et que les enfants meurent». La parabole hugolienne reste un
peu obscure. Certes l’herbe du renouveau doit pousser (à moins, comme le
suggère malicieusement un politicien vaudois, qu’il ne s’agisse du cannabis
dont il appelle à la dépénalisation) ; mais qui sont les enfants morts?
Les anciens directeurs artistiques (Frédéric Maire et Irena Bignardi sont attablés).
Et à quoi servent-ils? De compost à gazon?
Les orateurs s’étaient promis de ne pas dépasser quatre
minutes. Tout à son plaisir de découvrir les joies de Locarno, Didier
Burkhalter outrepasse allégrement ce temps imparti. Délaissant un instant sa chère
moitié, habillée d’un tissu rose qui ne déparerait pas Hugo Koblet pédaleur de charme, le nouveau conseiller fédéral en
charge du département de la culture commence par rappeler son amour du cinéma.
Il célèbre la capacité du 7e art à faire émerger des sentiments forts, personnels, et aussi un peu
d’histoire et de culture».
Drôle de discours, tranchant forcément avec les propos à
l’emporte-pièce de son prédécesseur. Le Neuchâtelois alterne quelques truismes
oecuméniques et acratopèges avec un humour bizarre, une ironie déroutante. Il
rappelle que le point culminant du Monte Verità est plus bas que le niveau du
lac de Neuchâtel. Il dit de Solari qu’il n’est pas seulement un homme de Piazza
mais aussi de passion grande. Olivier Père est un pêcheur de talents «d’où son
trait pour les festivals au bord de l’eau (il a passé de Cannes à Locarno…). Il
estime encore que Locarno est un endroit d’ouverture aux arts de la politique,
des arts et de la table et, continuant à tresser la métaphore culinaires, cite un
film dans lequel on donne le secret de la gastronomie française: «Du beurre, du
beurre, du beurre». Il s’agit vraisemblablement de La Cuisine au Beurre, avec Bourvil et Fernandel, car on ne met pas
tant de beurre que ça dans le Poulet au
Vinaigre. Quant au vilain qui suggère Le
Dernier Tango à Paris, et bien il devrait avoir honte !
Bon, une fois rappelé que le secret d’un bon risotto est
dans la cuisson, et c’est aussi le secret de la politique et du cinéma
(zzzz….), l’orateur passe au plat de résistance. Il évoque le nouvelle loi sur
la culture, garantissant les vertus de plurilinguisme et de pluriculturelle qui
font la force de la Suisse, souligne l’importance de l’alphabétisation pour
l’intégration et la démocratie, encourage les échanges scolaires e prédit des
partenariats toujours plus féconds entre le privé et le public.
Il revient au cinéma. Il s’émerveille que les films aient
«la capacité de nous transporter dans un autre univers», et se demande «si la
vie elle-même n’est pas un film?». Oh oh, Dick le visionnaire aurait-il déteint
sur le conseiller fédéral ? «J’aime les films et les arts autant que la
vie. Ils font rire et pleurer. Un bon film ne laisse jamais indifférent. Comme
disait Cocteau, la pellicule est un «ruban de rêve”»… Attention de ne pas
marcher sur les plates-bandes d’Inception…
Enfin, il parle de politique culturelle. Neue Anfang pour
l’OFC: « On souhaite que la Confédération ait un rôle important, mais on a
remarqué que les cinéastes souffrent lorsqu’elle joue le rôle des vedettes. Le
rôle principal appartient pleinement au monde du cinéma». Autrement dit, si
l’on se hasarde une dernière fois du côté du populaire de qualité prôné par
Bideau, «si la qualité est au rendez-vous, ce sera la vôtre ». Sur ce
Burkhalter entend se donner le temps nécessaire, car la politique culturelle
est comme le risotto, alors nous aurons des films aussi beaux que ce paysage
tessinois».
Beaux films, beau risotto, belle vue sur la Lac majeur, la
vie est belle. Si l'on osait rajouter un point aux visions d'avenir évoquées par Didier
Burkhalter, on pourrait dire que s’il y avait plus d’amour sur terre, tout
serait plus facile.