Les discours d’ouverture d’Ivo Kummer sont toujours très attendus et délectables. La 46e édition n’a pas failli à la tradition. Après cinq ans d’empoignades colorées et de vives polémiques, Nicolas Bideau, qui nourrissait de grands rêves de blockbusters helvétiques, est parti voir ailleurs. Le directeur des Journées de Soleure, son principal contradicteur, attaché à une cinématographie qui réfléchit la Suisse, est toujours là. Il a le triomphe modeste. Il se dit désemparé. Il dit que c’est toujours triste un acteur qui quitte la scène. Il dit encore que pour faire des films populaires et de qualité, il y a trois règles d’or, mais que personne ne les connaît. Ça rigole de bon cœur.
Il faut toutefois relever que Bideau le honni a laissé des traces de son passage à la section cinéma de l’Office fédéral de la culture. L’air de rien, le festival soleurois a pris des couleurs. Lui qui affectionnait le gris se pare de jaune à présent. Et pour sa soirée d’ouverture, le festival a présenté un film de qualité et deux grandes stars germanophones, Klaus Maria Brandauer (Colonel Rendl) et Sebastian Koch (La Vie des Autres)
La partie officielle n’explose certes pas les records du glamour. Présidente de la société suisse des Journées de Soleure, Christine Beerli souhaite à chacun une «merveilleuse soirée pleine de réflexion, de rire, de discussion et de poésie» et à Micheline Calmy-Rey de «se distraire un moment de la vie politique en se plongeant dans un film». Pas de chance: Manipulation, est un thriller paranoïaque situé dans la Berne anticommuniste de 1956.
La présidente de la Confédération prononce un discours politique rappelant la place que la Suisse doit occuper dans les discussions importantes sur l’avenir de la planète. Elle souligne qu’aux stars le système politique de notre pays préfère la concordance. On relèvera un lapsus significatif: évoquant le «strass et les paillettes» qu’adore le cinéma, Calmy-Rey dit «stress».
Tiré de Das Verhör des Harry Wind, un roman de Walter Matthias Diggelmann basé sur des faits authentiques, Manipulation, de Pascal Verdosci, rouvre les dossiers noirs de la police fédérale au cœur de la guerre froide. En 1956, l’inspecteur Rappold procède à l’arrestation d’un journaliste de la radio, soupçonné d’être un agent à la solde de Moscou. Il se suicide. L’enquête révèle une invraisemblable machination, ourdie par le major Wind, champion de l’intox qui cherche à attiser la phobie du rouge pour pousser la Suisse à acquérir la bombe atomique.
Film relativement théâtral (on ne sort guère des locaux de la police) sur le modèle de Garde à vue, irréprochablement interprété par Brandauer et Koch, Manipulation a un peu de mal se mettre en place, car la matière est complexe. Et puis cette mécanique paranoïaque à rebondissements multiples, rappelant Usual Suspects se met à fonctionner avec une admirable efficacité. Outre e plaisir d’une bonne histoire, le film a le mériter de retracer la folie collective suscitée par le communisme, ainsi que ce projet démentiel (abandonné en 1988 seulement…) de fabriquer 200 bombes atomiques suisses susceptibles d’être lances sur Moscou…
Faisant écho aux vœux de Christine Beerli, Klaus Maria Brandauer, plus pragmatique, a souhaité, en français, aux spectateurs de la Reithalle de bien manger, de bien boire à l’apéro, et puis de bien dormir et de faire de «bonnes rêves».
Son lever, son départ pour l’institut où il passe chaque jour quelques heures, la tendresse et la lassitude de sa femme. Son identité se défait, sa vie se finit, Fini reste facétieux.
Rédigé par : oakley frogskins | 06 août 2011 à 05:27
If art museums are the new churches, perhaps they should end the veneration of ambiguity and start serving our inner needs.
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Rédigé par : Coach Factory | 31 mars 2012 à 05:35