Le premier quart d’heure est délectable: comment un caméléon un peu mytho passe véritablement de l’autre côté du miroir, arraché à la quiétude de son vivarium douillet pour se retrouver sous le soleil impitoyable du désert du Mojave. Slapstick au carré, squash & stretch déchaîné, offenses aux lois de la gravitation et de la physiologie - voir ce tatou écrabouillé, coupé en deux par un pneu, mais toujours apte à vaticiner. Et puis place au struggle for life pour rire. Le dadais verdâtre en chemise hawaïenne mue deux fois de suite tellement le cagnard tape fort. Pris pour cible par un rapace, il s’en tire de justesse grâce à une bouteille de coca (remember, Les Dieux sont tombés sur la tête?).
L’esprit de Tex Avery règne sur le prologue. Il s’arrête net lorsque le sympathique reptile tombe sur une sémillante dame lézard et que l’anthropomorphisme commence à exercer ses ravages. Notre héros se retrouve dans une petite ville du Far-West, qu’habite la faune grisâtre du désert – insecte, reptiles, batraciens, rongeurs crasseux…-, personnages desservis par l’hyperréalisme que l’image de synthèse confère à leurs plumes, poils et écailles. Caméléon dans l’âme, il aime changer de peau, endosser des rôles. En l’occurrence, il opte pour celui de dur à cuir et gâchette habile. Il se dégotte un nom, Rango (apocope de Durango), il est nommé shérif de Poussière, ce bled auquel l’eau manque cruellement.
Et le film de s’effondre en une interminable parodie de western - principalement Il était une fois dans l’Ouest, puisqu’on recherche des sources et que le méchant est en fauteuil roulant. Les références se succèdent à un rythme soutenu, provoquant moins l’amusement cinéphilique qu’une fastidieuse impression de déjà vu. Comme Johnny Depp prête sa voix au caméléon, on l’aperçoit rapidement au volant d’une décapotable, dans le rôle de Hunter Thompson, in Las Vegas Parano. Et Clint Eastwood tient le rôle de «l’esprit de l’Ouest». Quelques gags scatologiques viennent tempérer la parodie et faire rire les plus jeunes spectateurs. Tout ça au service d’une éternelle morale du dépassement de soi, susceptible de faire vomir le plus impassible des hélodermes granuleux. Pour son premier film d’animation, Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes) remplit à la perfection le cahier des charges…
Et l’eau? Elle a passé où? Elle coule dans les vasques vénitiennes, les bassins japonais et les baignoires en or de Las Vegas, ce scandale écologique absolu que le film ne dénonce pas assez fort…
Son lever, son départ pour l’institut où il passe chaque jour quelques heures, la tendresse et la lassitude de sa femme. Son identité se défait, sa vie se finit, Fini reste facétieux.
Rédigé par : oakley frogskins | 06 août 2011 à 05:26
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Rédigé par : Coach Outlet | 31 mars 2012 à 05:33