Lorsque le soir descend, le pitcheur prend des chemins vicinaux pour rejoindre le théâtre de Marens où se déroule la soirée RTS. Peu de flonflons, un verre de blanc et trois flûtes au sel à la sortie, mais beaucoup d’amis dans tous les coins et, sur l’écran, deux produits RTS de qualités.
Avec Marco Dellamula, Patrick Chapatte a adapté en animation un de ses reportages en BD que publie Le Temps. Rehaussé de quelques mouvements discrets et de voix off, La mort est dans le champ, consacré aux bombes à sous-munitions, menaces de mort tapie dans les collines odoriférantes du sud-Liban, permet d’apprécier sur écran les qualités graphiques du dessinateur genevois.
Elisabeth Aubert Schlumberger a pris le MOB pour rallier les Alpes bernoises. Elle en ramène L’autre versant de Gstaad, une fable helvétique sur la globalisation, l’improbable collision de Nous, paysans de montagne et de Diamants sur canapé. Au commencement, il y avait un vert alpage, des montagnes de neige, de l’air pur et des vaches qui donnaient du bon lait. Les poètes y sont venus chercher l’inspiration, les puissants le calme. En 1913, on érige le légendaire Gstaad Palace, un bâtiment digne du château de la Belle au Bois Dormant planté au milieu des masures des gueux. Les stars, Sydney Bechet, Marlene Dietrich, Liz Taylor et Richard Burton, Roger Moore, David Niven, établissent la réputation mondiale de la station, la jet set débarque. Parfois la vue imprenable les séduit moins que les arrangements fiscaux...
Le beau linge (les «Gäste») et les indigènes font bon ménage pendant des décennies. Aujourd’hui, l’équilibre est rompu. Trop de pognon (« La quantité a remplacé la qualité”), trop de voitures, trop de résidences secondaires, trop de boutiques de luxe. Les prix explosent, les indigènes n’ont plus de bistrots et pas assez d’argent pour fréquenter les commerces locaux. En même temps, les Gäste leur permettent de faire des affaires (la menuiserie, l’hôtellerie) ou de nouer les deux bouts (baby sitting, entretien du domaine skiable).Entre l’aéroport qui voudrait s’agrandir et les agriculteurs prêts à vendre leur domaine plutôt que de se ruiner la santé pour tirer le diable par la queue, la station bernoise saura-t-elle préserver sa traition paysanne et ne pas perdre son âme ?
A travers quelques personnages, un menuisier rieur, une paysanne philosophe et sa famille, le directeur lucide du Gstaad Palace, la réalisatrice brosse un portrait sidérant d’une station victime de son succès, construite à outrance et qui risque de voire. A quelques reprises, elle oppose les deux mondes à travers des images symboliques, mais sans insister sur le contraste, tellement frappant: certains pataugent dans le jacuzzi, d’autres dans la merde. Tandis qu’une paysanne coupe une salade de son jardin, une commerçante arrange une vitrine de luxe. Viande séchée et fromage d’un côté, homards sculptées dans le saindoux de l’autre...
Ce sont les nantis qui prêtent à rire, comme ce Gast qui trouvant la fenêtre de sa suite trop haute, a fait rehausser de 30 centimètres le plancher. La sagesse, elle vient de ceux qui travaillent la terre. La paysanne évoque la vieillesse, l’accepte. Elle dit que les gens sont comme la nature, ils poussent au printemps, produisent en été, s’étiolent en automne, et puis après, c’est l’hiver.